Le mur d'enceinte

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Solitaire, intuitif, imprévisible, lunatique, créatif, optimiste, excessif, anarchiste, rebelle, réfractaire, paresseux, drôle, austère, contrasté, humaniste, dépressif, enjoué, modeste  [+]

C'est une rue, oh, une rue ordinaire qui ne paie pas de mine comme on dit.
Mais elle est particulière. Particulière et unique. Unique, car c'est la seule rue qu'il m'est possible de voir.
Je viens la regarder tous les jours car je n'ai nulle part où regarder, nul ailleurs où regarder. J'aimerais bien pouvoir regarder ailleurs, mais je ne peux pas, il ne m'est pas permis de voir un ailleurs.
Alors je viens regarder cette rue grise et plate et j'imagine que toutes les rues d'Allemagne sont grises et plates parce que je ne connais rien d'autre de l'Allemagne que cette rue.
Et ce n'est pas tant la rue que je regarde par la fenêtre de la caserne qui m'émeut, ce sont les gens qui marchent dans cette rue, qui marchent librement, qui me fascinent. Ils ne savent pas qu'ils sont libres, du moins ils n'ont pas vraiment conscience d'être libres, car être libre c'est tout naturel n'est-ce pas, il n'y a pas de quoi en faire un plat.
Même si à ce moment précis, la liberté, je l'imagine dans un espace plus vaste.
Encore que, je ne sais pas où mène cette rue, peut-être mène-t-elle à un endroit plus vaste, une place, un parc, ou une forêt. Toujours est-il qu'elle doit mener quelque part. Mais je ne vois pas où elle mène, ni à droite ni à gauche, je n'ai droit qu'à cette portion de rue grise et morne dans laquelle des gens marchent librement.
Tout à l'heure un officier va m'interdire de venir à la fenêtre, perdre mon regard au-dehors, car même le regard n'a pas le droit de s'évader, même le regard doit rester enfermé entre les murs sales et anguleux de la caserne.
Mais pour l'instant je ne le sais pas encore et je m'évade, je me perds dans cette rue, elle représente tout ce qu'il y a au-delà, le chemin vers la forêt, les champs de blé, la rivière, tout ce dont je rêve depuis deux mois.
Dans quelques jours, l'ordre de cet officier va me donner le courage de m'évader vraiment, de m'évader en entier, je vais prendre la décision de passer par dessus le mur d'enceinte, d'aller marcher dans cette rue.

Déserter, est-ce se rendre désert, se rendre au désert ?
Par-delà le mur d'enceinte je vais me mettre au monde.

 

Nuit de désertion
par delà le mur d'enceinte
je me mets au monde

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Randolph B. · il y a
Un grand écart (réussi) entre "Le désert des Tartares" et Raymond Devos ! Ne serait-ce que pour la dernière strophe, je m'abonne !
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Tacitus Setsunateki · il y a
Merci !
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JL DRANEM · il y a
Évasion, j'aime ton nom !
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Tacitus Setsunateki · il y a
Me too !
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Long John Loodmer · il y a
Liberté. Le seul mot qui vaille dans la devise de la république
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Tacitus Setsunateki · il y a
Hélas, foulée aux pieds.
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F. Gouelan · il y a
Je viens relire 🙂
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Tacitus Setsunateki · il y a
Merci F. !

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