Le mur Céleste

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J'adore écrire! C'est pour moi quelque chose de spontané, sans pensée préalable, un moment tranquille, une demi-heure environ, des feuilles blanches, un stylo et je laisse venir ce qui se  [+]

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Une escalade de rêve et de poésie... Voici ce que vous propose ce conte !
Après avoir grimpé toutes les parois du monde, Campio s'attaque au mur céleste.
En guise de points d'accroche : les étoiles. Pour se reposer : un croissant de lune. Et pour aller plus haut : la voûte infinie !

Il était une fois un grand grimpeur du nom de Campio, qui ne savait plus quoi escalader. Il avait tout réussi, les parois les plus raides, les falaises les plus vertigineuses, les montagnes les plus pointues. Aucune surface verticale n'avait résisté aux ascensions de Campio. Celui-ci avait parcouru la terre entière à l'affût d'une nouvelle grimpe, mais hélas, il semblait aujourd'hui qu'il en avait fait le tour.
— Quel ennui ! J'ai fait tout ce qu'il y avait à faire... Je n'ai plus qu'à aller me coucher... De toute façon, je n'ai rien d'autre à faire...
Il fila vers son lit, ferma les volets de sa chambre tristement. Sa vie allait être bien morne, maintenant. Il plongea dans ses draps, rabattit la couverture et ferma les yeux.
— Hé, psiitt, Campio... Qu'est-ce que tu fais là ? Il est trois heures de l'après-midi, ce n'est pas l'heure d'aller se coucher ! dit une petite voix.
— Je sais, mais bof... Je n'ai rien d'autre à faire, répondit le grimpeur.
— Rien d'autre à faire, ça alors ! Et la paroi verte au Guatemala ? Et la roche abrupte en Indonésie ? Et la falaise sèche au-dessus de la mer rouge ? continua la voix.
— Pfffttt... Déjà fait ! J'ai tout grimpé dans le monde... souffla l'alpiniste.
— Ah non, Campio ! Là, je ne suis pas d'accord... Il faut te lever ! s'énerva la voix.
— Mais qui est cette voix qui me dérange, depuis tout à l'heure ? Vous pourriez vous présenter quand même... râla Campio.
— Certes, je le puis. Je suis Stephan, l'oreiller qui sert d'appui à ta tête. Là, tu m'écrases un peu, mais ce n'est pas grave...
— Un oreiller qui parle ? Ma parole, je dois déjà rêver ! s'étonna Campio.
— Pense ce que tu veux. En tout cas, moi, je connais une paroi que tu n'as jamais grimpé... annonça le coussin.
— Tiens donc ! Parce que toi, l'oreiller coincé dans ton lit, tu connaîtrais un endroit que moi, qui ai voyagé, j'ignorerais... Ah, ah, ah, c'est trop drôle ! se moqua le sportif.
— En effet, cette face-là est infinie, et j'ai l'occasion de la voir chaque jour qui passe... continua l'oreiller.
— Non mais vraiment, ce n'est pas sérieux. A qui crois-tu faire avaler un truc pareil ? demanda Campio.
— Prépare-toi, encore quelques heures et elle ne devrait pas tarder à apparaître. Allez, ne reste pas inerte ainsi... Bouge ! l'invectiva Stephan.
Comme ça ne bougeait pas assez vite, celui-ci se gonfla et se dégonfla successivement. La tête de Campio montait et descendait en rythme. Impossible de dormir dans ce lit-là !
— Tu es vraiment un pénible, toi ! OK, je me prépare... Mais j'espère que tu ne me fais pas déranger pour rien, sinon, gare à tes plumes !
Campio s'équipa, comme il avait l'habitude de le faire, sauf que là, il ne savait pas où il allait. Enfin, dans quelques heures, il serait débarrassé et à nouveau dans son lit. Ça tombait bien, la nuit tombait.
— C'est presque prêt ! dit l'oreiller, tout excité.
Puis :
— Voilà ! Tout est là ! A toi, le mur céleste !
— Le mur céleste ? Jamais vu sur une carte... Où est-ce situé ?
— En face de toi.
— Mais, je ne vois rien...
— Le ciel noir, avec ses étoiles brillantes... Ce sont elles qui seront tes points d'accroche. Allez, vas-y, monte !
Etonné, Campio s'avança vers l'immensité noire. Il monta d'abord le long d'un réverbère, prit appui sur la lanterne, puis avança son pied vers la première étoile. Magique ! Ça marchait ! Le voilà à l'ascension du ciel ! Il s'élevait, toujours plus haut, se saisissant des étoiles avec les mains, les pieds posés sur d'autres.
C'était fantastique, si haut, tellement grand, somptueux... Campio avait de nouveau la joie au cœur. Là, seul dans le ciel, il était heureux.
— Tiens, la lune ! Un peu de repos ne me fera pas de mal... se dit-il.
Il se tint quelques instants, debout, les pieds dans le croissant. Voilà, il allait repartir. Il s'accrocha à une étoile, mais oups ! Celle-ci lui fila entre les mains.
— Une filante ! La coquine... s'écria-t-il, amusé.
Il monta, monta, monta... sans parvenir à atteindre le haut, quand soudain, de tout en bas, il entendit la voix de Stephan.
— Campio ! Faut redescendre maintenant ! Il va bientôt faire jour... Tu vas perdre tes appuis. Reviens !
Campio revint à son point de départ. Juste quand il descendit sur le réverbère, la lumière s'éteignit. Les premiers rayons du soleil apparaissaient.
— C'était fabuleux ! Merci Stephan... C'est la plus belle escalade que je n'ai jamais faite ! se réjouit le grimpeur.
— Cette paroi est à toi, tous les soirs. Et, comme les étoiles changent de place chaque jour, alors tu n'auras jamais la même face à escalader...
— C'est merveilleux... Je suis tellement heureux !
— Moi aussi, je suis heureux pour toi... Allez, viens contre moi, il est temps de dormir maintenant !
— Mais, il est huit heures du matin... sourit Campio.
— L'heure des braves ! conclut malicieusement Stephan, avant de s'endormir, pelotonné contre son champion.

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