Le monstre du grenier

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Chaque année à l’approche d’halloween, elle était terrorisée. Elle en avait pris conscience alors qu’elle avait tout juste 4 ans.
Ce 31 octobre là elle s’était endormie, fatiguée après sa tournée de quête : «des bonbons ou des coups de bâton » avait-elle passé sa soirée à répéter aux voisins qui ouvraient leur porte en prenant un air apeuré.
Elle s’était réveillée au milieu de la nuit. Des bruits incongrus provenaient du grenier au dessus de sa chambre. Des bruissements bizarres glissaient le long des escaliers qui y menaient. Le grincement des marches scandait les battements de son cœur à un rythme qui allait en s’accélérant jusqu’au crissement de la porte d’entrée. Puis... le silence... encore plus effrayant que le bruit. Elle avait eu du mal à se rendormir. Le lendemain matin, ce sont les cris affolés de sa mère qui l’avaient sortie du lit. Des traînées de sang maculaient le sol du porche ainsi que la porte d’entrée restée entrouverte, et des têtes de poulets décapités décoraient l’entrée du pavillon familial. Eva en était sûre, c’était un monstre qui avait fait cela et il habitait dans le grenier, elle l’avait entendu sortir. Ses parents n’avaient pas voulu la croire. Ils pensaient qu’elle avait fait un mauvais cauchemar, sans doute, dans son sommeil, avait-elle entendu la personne qui était entré nuitamment pour déposer les têtes de poulet. On n’avait pas retrouvé le coupable. La police avait classé l’affaire. Il s’agissait sans doute d’une mauvaise blague d’Halloween.
L’année suivante, le même scénario s’était reproduit, mais cette fois avec des lapins. Personne n’avait rien vu ni rien entendu, sauf Eva qui maintenait, envers et contre tout, qu’un monstre habitait dans le grenier. Le grincement de la porte l’avait de nouveau réveillée et le craquement des marches l’avait épouvanté. La perquisition du grenier n’avait bien évidemment, rien donné. Mis à part une vieille armoire aux portes grinçantes remplie de vieux vêtements, un coffre en osier plein de vieilles photos, quelques chaises qui réclamaient un rempaillage et divers jouets d’enfants dont Eva ne se servait plus, le grenier était nickel. Le fils du fermier, un gamin de l’âge d’Eva, avait certifié qu’il avait vu un monstre prendre les lapins la nuit d’halloween, mais personne ne pouvait croire ce môme qui inventait régulièrement des histoires à dormir debout, d’autant plus que la fenêtre de sa chambre ne donnait ni sur les clapiers ni sur la maison d’Eva, d’où était censé venir le dit monstre.
A compter de l’année suivante, les parents d’Eva prirent soin de lui donner un sédatif assez puissant tous les 31octobre afin qu’elle dorme sans être réveillé par un cauchemar ou par « le décapiteur d’halloween » ainsi que l’appelait, dorénavant la police.
Car chaque année le scénario était le même, avec un crescendo alarmant. Ce fût le tour des chats du voisinage, puis des chiens. Les policiers qui surveillaient la maison n’y comprenaient rien. Ils n’avaient jamais vu personne approcher de la maison les soirs d’halloween.
Et si la petite avait raison. S’il y avait un monstre sommeillant dans ce grenier. Un monstre invisible. Un monstre qu’halloween réveillait. C’était la seule explication possible.
Les parents d’Eva avaient fait appel à tous les exorcistes, marabouts et chamans à mille lieues à la ronde pour désenvouter leur maison. Mais rien n’y avait fait. La famille ne pouvait plus vivre dans cet endroit hanté, d’autant plus que la maman venait de mettre au monde un petit garçon et ne supportait plus cette maison diabolique. Même s’ils n’avaient pas les moyens financiers pour le faire, ils allaient déménager bien loin. En attendant, le maire du village allait mettre à leur disposition le logement de fonction au dessus de l’école.
C’était donc le dernier Halloween qu’il passait dans cette horrible maison.
Eva s’était endormie. Cette fois, les cris de sa mère étaient épouvantables. Eva se réveilla en sursaut. Elle était dans le grenier, en face du monstre grimaçant. La peur lui glaçait les sangs. Elle tenta de se glisser hors du grenier. Sa mère et son père, effondré dans les escaliers, tenaient serrés contre eux le corps décapité de son petit frère. Elle referma vivement la porte du grenier et se retrouva de nouveau face au monstre, il semblait sortir de la glace de la vieille armoire. Elle recula d’un pas et se cogna contre la malle en osier. Soudain, la tête sanguinolente de son frère roula jusqu’à ses pieds. Elle se mit à hurler, du moins c’est ce qu’elle crut, mais aucun son ne sortit de sa bouche, en revanche vipères et crapauds s’en échappèrent au milieu d’une nuée de mouches et le monstre continuait de la narguer depuis la glace de l’armoire, brandissant une hache ensanglantée. Le monstre portait une chemise de nuit couverte de sang. La même qu’elle. Cette image la terrorisa.
C’est alors qu’elle se rendit compte que la glace de la grande armoire lui renvoyait son image.
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lucile latour · il y a
je decouvre aussi. j'ai eu peur tout le long m'attendant à un pire inconnu jusque là. cette répétion de dates et ke crescendo. comme un film d'horreur. bravo. pourvu que je ne cauchemarde pas ... voulez vous prendre 1 moment pour me retrouver sur mes 2 textes en lice piur la finale du grand orix de ce printemps?
un poème vers libres et une nouvelle " sur le chemin qui mène au puits ". vous les trouverez sur mon nom. merci beaucoup. vous me direz. cordialement. bravo a vous.

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Françoise Mausoléo · il y a
je vous remercie pour votre commentaire
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Dranem · il y a
Je lis bien tardivement ce texte pour n'avoir pas participé à cette mort en cavale - un texte terrifiant... peut -être faudrait-il neutraliser dans ce grenier glaces et miroirs avec des rideaux noirs ?
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Françoise Mausoléo · il y a
merci beaucoup
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M. Iraje · il y a
Un scénario diabolique ... !
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Chateaubriante · il y a
très impressionnant !
super récit vraiment horrible !
mon soutien

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Françoise Mausoléo · il y a
merci beaucoup d'avoir été horrifiée
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Chantal Sourire · il y a
Une tension jusqu'à la chute finale, je vote !
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Françoise Mausoléo · il y a
merci beaucoup Chantal
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Patrick Peronne · il y a
Mission remplie… c'est affreusement bien joué ! *****
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Françoise Mausoléo · il y a
merci Patrick. Avez vous participé à cette foire à l'horreur ?
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Patrick Peronne · il y a
Bonjour. A ma manière, oui. Bon 11 novembre !
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François B. · il y a
Horriblement dans le thème. Je vote
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Françoise Mausoléo · il y a
un grand merci
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JACB · il y a
Un remake de l'exorciste Françoise ? En tout cas tous les ingrédients pour fuir à tout jamais les grniers. Bonne cavale à vous aussi.
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Françoise Mausoléo · il y a
merci beaucoup. Ravie de vous avoir fait (un peu) peur.
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Ginette Flora Amouma · il y a
Donc le monstre , c'était elle ? terrifiant ! Tout y est dans votre récit , épouvante , énigme policière , thriller , et créature malfaisante . On reste galvanisé par la dernière phrase .
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Françoise Mausoléo · il y a
merci beaucoup Ginette
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jc jr · il y a
Tout y est, l'atmosphère et les descriptions gore. On se dit, que c'est plié. Eh bien, pas du tout ! Cette fin est tout bonnement surprenante. Mes voix et je vous invite à venir ouvrir ma porte :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-porte-des-histoires

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Françoise Mausoléo · il y a
merci beaucoup, je vais de ce pas pousser votre porte.