Le monstre

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Il se réveilla en sursaut. Quelque chose, il ignorait quoi venait de le tirer du profond sommeil dans lequel il était plongé. Son cœur battait si fort, sa respiration était si pressée, qu'il éprouvait de réelles difficultés à se concentrer sur les bruits de la chambre. À la regarder comme ça, tout semblait calme. Il alluma la lumière et attendit assis dans son lit que ses doutes se dissipent. Il aurait volontiers regardé sous son lit, si le courage ne lui faisait pas tant défaut. Pour se calmer, il entreprit de travailler sur sa respiration. Une longue inspiration, suivie d'une longue expiration. Il eut l'impression que le sentiment de peur qui l'oppressait, relâchait doucement son emprise. Il tendit le bras jusqu'à l'interrupteur, près à l'abaisser quand on frappa trois coups contre la porte. Il sursauta si violemment que sa tête vint heurter la tête de lit. Désorienté, il se leva et se recroquevilla dans un coin de la pièce, les yeux rivés sur la porte. Trois coups supplémentaires se firent entendre.
-Il est là, il est revenu, murmura-t-il.
Une larme solitaire venait de couler le long de sa joue. Trois nouveaux coups furent frappés. Ils avaient été donné avec tant de force que la porte semblait sur le point de céder.
-Vas t'en ! Cria le malheureux avec l'énergie du désespoir.
Soudain, la poignée se baissa avec une lenteur insoutenable. Il émit un hoquet de surprise et se plaqua un peu plus contre le mur, comme s'il souhaitait ne faire plus qu'un avec lui. Il regarda autour de lui à la recherche d'une éventuelle arme. Mais rien. Il n'avait rien pour se défendre. Aussi, il attrapa une chaussure qui traînait sur le sol et la jeta violemment contre la porte. Celle-ci, qui commençait à s'entrouvrir s'immobilisa. Tout était silencieux. Tout était immobile.
Brusquement, la lumière s'éteignit et plongea la pièce dans une obscurité quasi-totale. Le pauvre homme se laissa tomber à genoux sur le sol. C'est à ce moment, que la porte s'ouvrit avec force et fracas. Il tremblait de tous ses membres, les battements de son cœur étaient si violents qu'ils en étaient douloureux. Ses jambes semblaient être faites en coton. Respirer lui était devenu si difficile, que chaque inspiration lui brûlait la gorge. Il n'osait relever la tête. Se retrouver face à lui, le regarder en face, il en était incapable. Il entendit des pas lourds franchir le seuil de la chambre. Ou plutôt, il les sentit car ils firent trembler le sol. Une forte odeur de sang et de chair putride envahit la pièce. L'odeur était si forte que le malheureux eut un haut-le-cœur et dû se plaquer une main devant la bouche. Le monstre se rapprochait. Il pouvait désormais sentir le souffle chaud de son haleine fétide sur sa nuque. Désespéré, il rampa sur le sol pour s'enfuir. Ses jambes étant toujours trop faibles pour le soutenir.
Soudain, une main forte et poisseuse le releva et le jeta à travers la pièce. Malgré son étourdissement, il réussit cette fois-ci à retrouver ses appuis plantaires. Quand il regarda devant lui, il se retrouva à quelques centimètres seulement du monstre. Leurs visages étaient si proches qu'ils auraient pu se toucher. Il était comme pétrifié, il lui était impossible de bouger. Il se demanda un instant si ce monstre, comme Méduse n'avait pas le pouvoir de changer en pierre d'un simple regard. Alors qu'il se pensait incapable du moindre mouvement, un liquide chaud coula le long de sa jambe avant de former une petite flaque à ses pieds. Il n'était donc pas pétrifié. Poussé par un courage dont il se croyait totalement démuni, il frappa violemment le monstre au visage avec son poing fermé. Mais quand il toucha le visage du monstre, il ressenti une violente douleur dans sa main qui précéda un bruit de verre cassé. Sa main était couverte de sang et le sol jonché d'éclats de verre. Il se pencha pour en ramasser un. Il vit alors le monstre qui le regardait. Il jeta le morceau de miroir cassé et porta les mains à son visage. Ses traits semblaient plus grossiers, ses joues plus velues, l'espace entre ses yeux plus prononcé et surtout sa bouche était démesurément grande. Avec ses doigts, il examina la longueur de ses dents. Mais il ne s'agissait pas de dents mais de crocs. Il poussa un cri de terreur aigu qui se changea en un grognement bestial quand il franchit ses lèvres. Effrayé, perdu, il tournait en rond dans la chambre comme un lion en cage. Pleurant, gémissant, grognant. Le monstre s'était emparé de lui. Il était devenu le monstre. Soudain, relevant la tête, il aperçut son reflet qui le dévisageait. Envahi par une rage nouvelle, il s'élança avec force contre la fenêtre, la brisa et disparut dans la nuit. On ne le revit jamais et personne ne sut ce qui était arrivé à ce pauvre homme.
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