Le monde des flous

il y a
3 min
37
lectures
4

La principale qualité d'un récit est de savoir nous emmener dans des contrées que nous n'aurions pas visitées sans lui. .........Le tome 2 de mes aventures littéraires " Les Temps Composés " va  [+]

Je m’éveillais un matin avec la sensation d’avoir dormi longtemps. Je restais étendu, immobile sur le drap blanc, les yeux grand ouverts, sans avoir réellement l’envie de me lever.
La lumière crue, tombant du plafond, rendait mon environnement blafard, sans couleur, sans relief. J’étais encore tout rempli du bien-être que l’on ressent après une bonne nuit. Je m’étirais paresseusement, laissant mon esprit reprendre contact avec la réalité, lorsque j’aperçus la silhouette. Ce fut bref ! Je m’assis sur mon lit et je fixais intensément le mur qui me faisait face.
D’abord je ne vis rien, puis l’image d’une porte et de son encadrement se dessinèrent soudain. L’ombre entr’aperçue plus tôt était passée devant. Cette vision ne dura que quelques secondes, puis tout s’effaça. Le mur redevint blanc, uniforme. J'ignore ce qui s'était passé après cet incident, j'avais dû me rendormir . Le monde dans lequel je vivais était sans temps. Ma mémoire ne conservait aucun indice qui aurait pu me renseigner. Les minutes, les heures, les jours peut être aussi, passaient avec régularité mais sans consistance aucune. Je dormais beaucoup, j’oubliais tout le reste. Quelquefois j’avais peur ! Autour de moi il y avait des cris!
Plus tard (?) j’étais au fond de mon lit, complètement replié sur moi-même, ne formant qu’une boule, lorsque l’apparition me revint en mémoire. Je me dépliais et après des étirements, je me levais lentement.
Au début il n’y eut rien. Je palpais la surface du mur avec attention, en vain. Puis la porte se dessina, tremblotante, les contours n‘étant pas très nets. L’image était floue.
Je me frottais les yeux pour faire disparaître ce semblant de brouillard qui rendait les choses indéfinissables, mais rien n’y fit. Une poignée floue était à portée de ma main. Sans hésiter, je la tournais et poussais la porte. Une fois le seuil franchi, je me retrouvais dans une vaste pièce, à peine éclairée.
Un personnage asexué s’avança vers moi. Il était presque transparent, Je pouvais voir à travers lui!
– Bonjour, me dit l’apparition.
– Bonjour, répondis-je. Qu’est ce qui se passe ici ?
– Il se passe quoi ?
– Tu es qui? Pourquoi tu n’es pas net?
– Net? C’est quoi net?
– Pourquoi t’es flou? demandais-je encore.
– Moi je suis flou? C’est quoi flou ?
– Ben, moi je suis net par exemple. On voit pas à travers ma peau. Tu comprends ?
– Mais c’est vrai ça. C’est fou ! Hé les autres, venez voir, il est net !
Je vis approcher quelques ectoplasmes aussi transparents que mon premier interlocuteur, Ils firent cercle autour de moi.
Ils commencèrent à se déplacer, lentement, exécutant une sorte de ballet léger, aérien. Ils s’approchèrent ainsi de plus en plus, me frôlant de leurs corps souples, me touchant du bout des doigts. Tout n’était plus que vibration. Ces êtres translucides me fascinaient et m’effrayaient à la fois. Ils murmuraient inlassablement :
– C’est quoi un net? C’est quoi un net? C’est quoi...
– C’est comme moi ! criais-je soudain. Mais dans quel monde vivez vous ? Un vrai monde de flous!
Je quittai la pièce aussitôt et revins dans ma chambre. Cette aventure m’avait épuisé, et refusant de réfléchir, je me jetai sur mon lit.
Le temps passa, sans frontière apparente entre le sommeil et l’éveil. Et au moment où je m’y attendais le moins, une silhouette se détacha du mur et me fit signe de m’approcher.
– Viens, me dit-elle en m’invitant d’un signe de la main.
Tous les flous m’entraînèrent dans leur danse.
Entre deux pas, je demandai à l’un d’entre eux.
– Comment t’appelles-tu ?
– Flou !
– Comment tu dis ?
– Flou,... c’est toi qui me l’as dit !
– Pourquoi vous n’êtes pas dans le monde des nets ?
– Je sais pas !
– C’est vrai, personne ne vous connaît! Vous venez d'où ?

– C’est flou, on n’est pas sûrs.
– Ah bon ?
– On a juste une petite idée, mais il faudrait creuser.
– Dis toujours
– On vient de toi.
– De moi? dis-je interloqué.
– Oui, c’est toi qui nous as inventés.
– Mais c’est fou ça !
– Justement c’est pour ça.
– Pour ça quoi ?
– Parce que tu es fou !
– Vous êtes flous et moi je suis fou ! C’est drôle ça.
– Tu le prends bien, dis donc!
– C’est net!
Je regagnai ma chambre, tout heureux de mes nouveaux amis et je m’endormis d’un sommeil paisible.
Un autre jour pourtant, malgré leurs insistances, j’ai refusé de me lever et de les suivre. J’étais recroquevillé dans mon lit, mal dans ma peau, un peu sonné. Les murs blancs qui m’entouraient me paraissaient gigantesques, démesurés, supportant le plafond immaculé, percé çà et là de sources de lumière violente. Pour la première fois, ils franchirent le seuil de ma chambre et s’avancèrent vers mon lit.
– Viens avec nous ! répétaient-ils, tu seras bien!
– Non, laissez moi tranquille. Je veux plus jouer avec vous. Partez !
– Pas sans toi ! Viens.
– Non, non et non.....
Ils tendirent vers moi leurs mains floues, essayant de m’agripper et de tirer les draps vers eux. Je me mis à hurler.
– Laissez moi ! Partez !
Venue je ne sais d’où, une voix puissante retentit soudain.
– Tu vas te taire oui ! Espèce de fêlé !
Les flous s’éparpillèrent immédiatement. Certains se plaquèrent au mur, presque invisibles.
D’autres collés au plafond tremblotaient imperceptiblement.
Puis, dans un même mouvement, ils glissèrent vers le sol, se rassemblèrent et quittèrent la pièce. La porte disparut !
– Au secours ! je me mis à crier, Au secours !
– Tu vas te taire à la fin ! Y en a marre de t’entendre gueuler!
– Laissez moi sortir d’ici. S’il vous plaît.
– Je suis pas flou, je suis pas flou...


FIN
4

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,