2
min

Le "Merdeux", LA "Dactylo", les souvenirs...

14 lectures

1

Je m'ennuyais ferme dans mon village et voulais « monter » à Paris comme les copains qui allaient travailler aux « PTT ». Reçue à un concours de sténodactylographe en 1974, (les PTT offraient le billet de train et logeaient leur personnel en foyer à leur arrivée à Paris) . C'est donc pas peu fière que je pris le train pour la capitale . J'ai gardé un souvenir de la gare de Lyon au mois de Mars qui me parut d'une épouvantable tristesse, des murs sales, « tagués » de partout. Affectée un premier temps dans un Ministère je découvris les rudiments du métier – une salle d'une vingtaine de « nanas », (on appelait çà à l'époque des « pool-dactylos ») . La plupart, provinciales comme moi, (des Corses qui ne parlaient qu'en corse, une Pyrénéenne qui ne pensait qu'à retourner dans ses Pyrénées, etc ...) et donc nous tapions sur le clavier Azerty toute la sainte journée. Nous avions une superbe vue sur la Tour Eiffel ce qui nous faisait d'ailleurs une agréable distraction – Mais le boulot me déplaisant fortement, je décidais de changer d'administration et me retrouvai par hasard (cela existe) dans un cabinet ministériel à deux pas de l'Elysée. (Ah les beaux quartiers, je m'en souviens encore comme si c'était hier, -les jardins de l'Elysée, le pont Alexandre III, les Invalides, le Grand Palais-). Mon nouveau patron était un homme charmant. Magistrat, âgé de 50 ans, originaire de la Manche , celui-ci avait vécu le débarquement des Alliés en 1944 – il en souffrait mais n'en parlait jamais . J'avais 20 ans donc , il me prit « sous son aile » et tout se passait pour le mieux. Tout était nouveaux pour moi . (L'ambiance, le boulot, les collègues) . Je m'appliquais dans mon travail de « dactylo » ou plutôt de secrétaire-sténo-dactylo (y' a pas de sot métier). Je travaillais tard le soir, jusqu'à 22 heures parfois. J'avais la chance d'avoir un chauffeur à disposition (celui-ci deviendra d'ailleurs mon mari) qui me ramenait à mon domicile . Sauf qu'un jour, -enfin nous y voilà- le patron part en mission et son adjoint, que j'appellerai « Merdeux » assure donc son intérim, ce qui est normal pour un adjoint . Profitant de l'absence du patron, « Merdeux » se sentant pousser des ailes, me confie un dossier à traiter (je travaillais au sein d'un service dit « sensible ») . Au moment d'envoyer le dit-dossier à la personne concernée je décide, (c'est quand même mon travail), de le photocopier, pour garder une trace cela va de soi. Hurlements (c'est vrai) du « Merdeux » qui me dit que je n'ai pas à prendre d'initiatives, qu'il s'agit d'un dossier « confidentiel », qu'il ne doit pas rester de « traces », etc, etc... Je me rebelle et suggère quand même d'en faire une copie. A ce moment-là « Merdeux » se dressant sur ses « ergots », me dit textuellement « Vous n'êtes qu'une « dactylo », vous m'obéissez un point c'est tout. Je lui réponds « Bien Monsieur » et nous en restons là . Quelques jours plus tard le patron rentre de sa mission. « Paule, s'il vous plait (et non pas SVP je précise) (il était toujours respectueux avec « le petit personnel »), apportez-moi le dossier « untel » . « Mais, Monsieur, je ne l'ai plus, je n'ai aucune trace » « Comment çà, vous n'avez aucune trace ? » . Je lui explique que « Merdeux » (je n'ai évidemment pas employé ce terme) n'a pas voulu que j'en fasse une copie, « Merdeux » m'a dit que je n'étais « qu'une dactylo » et que je devais suivre ses instructions. Furieux le patron appelle « Merdeux » - Comment avez-vous osez traiter ma secrétaire, vous lui avez dit qu'elle n'était qu'une « dactylo » - « Je ne veux plus entendre ce terme. Paule ne faisait que son travail ». Il m'appelait toujours par mon prénom, ce qui déplaisait fortement à « Merdeux » . « Merdeux » m'a fait des excuses, le patron a réussi à récupérer une copie du dossier . « Merdeux » a depuis ce jour « tenu les distances » avec les « dactylos » du service – L'histoire a fait le tour du bâtiment. Je me souviendrai toujours de ce patron « humain », sensible........... « Merdeux » a quant même poursuivi sa carrière..........d' Enarque.
1

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Gina Bernier
Gina Bernier · il y a
Et oui, "le petit personnel" avec une sacré conscience professionnelle, cela existe encore heureusement. Et les pistonnés montent les échelons...
·