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Le masque du sourire

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Et si je sautais ? Aurore était penchée sur le rebord de la fenêtre de son petit appartement au quatrième étage, l’air ailleurs, l’air paumé certes vu la situation, mais essentiellement l’air absolument pas décidé. Elle avait toujours eu le vertige, depuis qu’elle était petite et pouvait généralement à peine regarder par-dessus les ponts. C’est donc les pieds posés sur le sol ferme à l’intérieur de son salon qu’elle se posait cette question, devant l’ouverture de sa fenêtre. C’était juste une option, une possibilité, un chemin éventuel et possible qu’elle pouvait choisir, même s’il ne restait plus qu’un pas dans celui où elle se trouvait. Mais ensuite elle imaginait la stupeur de ses proches, ses parents, ses amis, qui ne comprendraient pas pourquoi une jeune fille comme elle ferait un tel geste fatal. C’est sûr que cela faisait des années que la seule personne consciente de son mal être était elle-même. Le sourire se figeait sur son visage comme un masque de bonheur sur une âme ravagée. Lorsqu’on parlait d’elle, « souriante » venait rapidement dans les descriptions. Mais ce sourire, cette protection extérieure commençait à lui peser. Pourquoi personne ne cherchait à creuser derrière ? Pourquoi tombaient-ils tous dans le panneau de sa façade illusoire. Elle ne voulait pas se plaindre, ou sembler porter le monde sur les épaules, elle avait bien conscience que ses malheurs n’étaient que relatifs et de faible ampleur, mais elle ne pouvait s’en débarrasser. Aucun conseil ne serait utile puisqu’elle s’enfonçait toute seule dans un trou sans bords entouré de brume. Elle s’observait glisser, attendait une main salvatrice, mais aucune ne semblait assez convaincue pour qu’elle ne veuille l’attraper. Après tout, nous sommes par nature égoïstes puisque seuls conscients de notre propre pensée omniprésente, envahissante. Qui se donnerait la peine d'aller la chercher, de dépasser ce mur qu'elle avait créé elle-même ? Certes elle avait l’impression d’en faire plus ou de comprendre plus les autres, mais il n’y a rien de tel. Ce ne sont que les faux dépressifs plaintifs qui arrivent à se faire soutenir par des maso ayant le complexe de l’infirmière, jamais elle n’accepterait cette position de malade imaginaire, même si elle savait son mal réel. Tout dégoulinement de sentiments est factice puisqu’extérieur. C’est dans les pensées que les démons se battent.

Comme dans tout moment de doute, de décision définitive et importante, on cherche des signes, une raison d’emprunter le chemin ou non. Un oiseau qui s’envole, signe qu’il faut le suivre ou signe d’une probable liberté retrouvée ? Un bruit de voiture de pompiers, signe qu’ils seront proches pour la sauver ou signe de détresse ? Au fond, elle ne voulait pas faire le pas, elle ne s’en sentait pas la force, pas l’envie, et n’avait pas perdu l’espoir d’un certain bonheur. Mais alors pourquoi en était-elle obsédée ?
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Séléné · il y a
C'est triste... Mais le texte est bien écrit, bravo! :-D
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Virginie Colpart · il y a
c'est vous l'auteur? Les sentiments d'Aurore sont décrits avec une telle justesse, que ça en est bouleversant. Ce texte m'a profondément touchée. Toutes mes félicitations à son auteur.