Le Mary Céleste

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Je ne crois pas aux esprits, je n’y ai jamais crue, peu importe ce qu’on pouvait me raconter, je n’y prêtais jamais foi. Quand mes frères voulaient me faire peur, en me contant des histoires d’épouvantes, que cela soit avant de dormir, lors de fêtes ou même dans la journée, je n’avais alors ne serait-ce qu’un frisson de peur, aucune réaction faciale ou psychologique. Ce genre de choses ne m’atteignait pas.
Mais ici, c’était totalement différent, j’avais peur, terriblement peur et c’était la première fois que cela m’arrivait.

11h14, c’était l’heure qu’indiquait ma montre, alors que je me trouvai sur le pont du bateau. Je contemplais l’Océan Atlantique, le plus beau des Océans, à mes yeux. On devait arriver dans quelques jours à Gibraltar, l’entrée de la Mer Méditerranée.
Je me dirigeai vers les cuisines du bateau, où les frères Lorenzen étaient en train de préparer un repas pour ceux qui n’avaient pas encore mangé. Ces deux frères allemands étaient originaires de l’île de Frise, un petit archipel des côtes Nord Ouest de l’Allemagne, avec eux il y avait aussi, venant du même coin, Ariane Martens et Gottlieb Goodschaad. Ils étaient tous les quatre d’excellents marins, très gentils, qui parlaient avec quelques difficultés notre langue, mais arrivaient à se faire comprendre. L’équipage était également composé de 4 autres personnes : Le capitaine Briggs, son second, Albert Richardson, son adjoint Andrew Gilling qui n’avait que 25 ans et le steward Edward Head.
Nous étions trois passagers, la femme du capitaine, Sarah et leur petite fille Sophia Matilda, qui étaient montées à bord du bateau une semaine après notre départ de New York, et moi bien sûr.

Je me trouvai sur ce bateau car je rêvais de voyager, mais je n’étais pas riche donc je ne pouvais pas me permettre de monter sur un grand et beau bateau, avec du personnel qui m’aurait chouchouté, et de la nourriture à volonté.
C’était mon premier voyage en mer, et même mon premier voyage tout court. On allait quelques fois à la campagne voir mes grands-parents, quand j’étais plus jeune. Mais, mis à part ça, je n’avais jamais mis les pieds en dehors de ma ville.

Le capitaine Briggs était un homme joyeux, bienveillant avec ses hommes, qu’il appréciait beaucoup et le lui rendaient bien. J’étais moi-même très heureux de participer à ce voyage, en compagnie de ces marins forts sympathiques.
Le bateau transportait 1701 tonneaux d’alcools dénaturés, d’une valeur de 37 000 dollars, que l’on devait rapporter jusqu’à Gène en Italie.
Je rêvais de l’Italie, comme d’un pays rempli de richesses culturelles. Architecture, beaux arts, artistes, intellectuels... j’étais impatient de débarquer sur les côtes d’un pays aussi grand.

11h40, après avoir mangé un bout, fatigué, je retournai dans ma cabine. C’était une petite pièce humide et crasseuse sans hublot, un vrai nid à dépression. Meublé d’un lit, au matelas dur et taché, d’une petite armoire dans laquelle je ne pouvais pas ranger grand chose, mais je voyageais léger, et par chance, une table et une chaise, ce qui n’était pas le cas dans les autres cabines, je me sentais donc privilégié. Je n’avais emporté avec moi que quelques habits, un cahier, trois livres et une photo de ma femme. J’avais rangé mes vêtements, et le reste, je les avais laissé dans ma malle, une vieille malle, qui craquait sous le poids d’une simple chemise.
J’attrapai un livre au hasard, Moby Dick d’Herman Melville, un classique de la littérature fantastique américaine, c’était une histoire connu d’un géant cachalot blanc, qui dévore les navires de pèches aux alentours. Je ne l’avais jamais lu auparavant, un de mes amis me l’avait conseillé et prêté un soir.
Allongé sur mon lit, j’admirai la couverture de ce roman, qui était vraiment superbe. On aurait dit l’exemplaire d’un riche collectionneur de romans rares, mais il ne devait en réalité valoir pas moins de 10 dollars. Je commençais ma lecture, mot après mot, page après page, chapitre après chapitre. Je dévorais ce bijou de littérature, pénétrant dans l’histoire, je ne me suis pas aperçu du temps qui c’était écoulé.
Il était 12h40, plus d’une heure que je lisais, quand je finis par m’endormir, épuisé, assommé par la chaleur. Dans un sommeil profond, je rêvais d’aventures, de voyages, je rêvais que je découvrais le monde. J’étais bien dans ce songe, il reflétait ma personnalité et les sentiments que je ressentais pendant ce périple. J’aurais voulu y rester, mais je finis par me réveiller, il était 13h15 !
Je n’avais pas dormis si longtemps, et pourtant j’avais retrouvé mes forces, comme après une bonne nuit.

En me levant de mon lit, j’eu l’impression que le matelas était plus mou et plus confortable. En me dirigeant vers l’armoire pour me changer, j’avais beaucoup transpiré, je m’aperçu qu’elle avait disparu, et à la place, il y avait une petit table avec dessus un repas.
C’est à ce moment que je pris conscience que n’étais pas dans ma cabine. Il y avait beaucoup de bruits, alors que sur le Mary Céleste tout était si calme, vu que l’on n’était que 10. Mais là c’était différent, il devait y avoir une centaine de personnes.
J’étais complètement perdu, je ne tenais plus sur mes jambes. Où diable est ce que j’étais ? J’avais l’impression d’être encore dans un de mes rêves.
Complètement déboussolé, je sortis de la cabine, je longeais le couloir en me tenant au mur, de peur de tomber, jusqu'à ce que j’arrive dehors. En poussant la porte qui donne sur le pont, plus de doute, il était clair et net que j’étais sur un autre bateau.
Peut-être que ces marins étaient des pirates, qu’ils nous avaient kidnappé ? Mais non, ce n’était pas possible, il m’aurait mis dans un cachot et ils ne m’auraient pas servi de la nourriture.
Le bateau était plus grand et plus gros, il était aussi mieux entretenu et tout avait l’air d’être neuf, pas comme le Mary Céleste qui tombait en ruine. Il y avait un grand mat, avec des voiles majestueuses, d’une blancheur à rendre aveugle n’importe qui les fixerait trop longtemps.
Mon regard se posa sur l’horizon, et au loin, voguant seul sur la mer, je vis le Mary Céleste délabré. Je ne sais plus quelle heure il était, ni quel jour nous étions, mais ce que je savais, c’est qu’à cet instant, j’ai eu peur pour la première fois de ma vie.

Un vieux marin vint à coté de moi :

- Je suis sur quel bateau ? Lui demandais-je
- C’est le Dei Gratia mon petit.
- Comment suis-je arrivé là ?
- On t’a débarqué du Mary Céleste pour te ramener ici.
- Mais, les autres, vous en avez fait quoi ?
- De qui tu parles ?
- De l’équipage.
- Tu était seul sur ce bateau mon petit gars.
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