Le marchand de couleurs

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écrire, pas seulement des lettres mais exprimer des visions,des personnages . Les évoquer dans le baroque ,le décalé ou le réel . Délayer dans l'encre l'intime et le rêve, quel plaisi  [+]

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Comme tous les matins,elle monta sur son vélo , inquiète du sombre chemin à parcourir pour rejoindre la supérette où elle travaillait . Depuis des semaines elle n’espérait plus voir l'aube se lever. Des ténèbres perpétuelles remplaçaient les premières lueurs du soleil . En franchissant le seuil de son magasin , elle chercha dans la rue l'enseigne: -Marchand de couleurs- les lettres étaient délavées , illisibles dans cette constante obscurité .Pensive, elle s'émut de ces inscriptions qui s’effaçaient si vite .

Bientôt , aucune trace pour se souvenir , pensa -t- elle . Le couple avec leur jeune fils n’étaient – ils partis que depuis deux mois? Dans ce hameau , elle seule se souvenait de leur départ précipité dans la nuit . Elle aimait leur rendre visite , s'extasiait sur les couffins en osier , les bocaux en verre remplis de poudre pourpre , jaune d'or , céladon tant de teintes qu'elle en oubliait les noms égrenés par leur fils érudit. Il lui avait confié la raison de leur arrivée en ce lieu retiré . A l’atmosphère baignée de couleurs .
La légende locale disait qu'avec un drap de lin immaculé on attrapait l'azur des cieux , le rouge du coquelicot , le vert de la prairie. Chaque fleur , arbre, bête offraient leur coloris . Mais comme dans toute légende , chacun en parlait mais nul n'avait rencontré ce magicien des couleurs. L'air revêche, les villageois parcouraient les allées du marchand de couleurs , maugréant contre ces étrangers qui se permettaient de leur voler leurs mystérieuses couleurs .Pourtant depuis leur arrivée ,le ciel, les blés même la laine blanche de leurs brebis éclataient d'une splendeur inconnue .Le terne, gris, noir semblaient avoir disparu à jamais . L'aube se paraît d'orange, de mauve, les rayons du soleil s’immisçaient dans la nuit bleue et déposaient de l'or sur les champs, des faisceaux mordorés sur les hautes herbes .
Loin de s'enorgueillir de cette beauté, les habitants cherchaient le coupable de cette métamorphose , de crainte d'un châtiment céleste.
Le jeune fils du marchand de couleurs , préparait les couleurs, imprégnant ses ongles, ses cheveux , son vêtement d'un arc en ciel . Discrètement ,elle le regardait faire et lui le sourire ,les traits ciselés par la poudre , paradait, joyeux de sa présence .
Chaque matin , la pointe du jour se paraît de voiles pour accueillir l'aurore et celle ci s'inclinait devant le jour qui inondait le village et la campagne de sa clarté .
La nuit de leur départ ,on entendit un vacarme intense venu du magasin de couleurs . Un bref instant un nuage multicolore plana au dessus et disparut. Et la nuit s'installa. Plus jamais l'aube ne se leva avec son camaïeu coloré , plus jamais le jour n'éclaira cette contrée .
La jeune fille fit demi tour et pénétra dans le magasin de couleurs abandonné. Les pigments, les poudres , liquides avaient disparus mais les murs , sols étaient immaculés . Surprise, elle s'immobilisa , le silence du lieu , sa propreté l'intriguait . Impossible, le marchand de couleurs était parti trop brutalement pour faire un tel ménage. Un bruit discret l'attira dans l’arrière boutique. Un masque surgit au-dessus d'un demi cercle aérien étincelant de violet ,d' orangé .Une exclamation lui échappa . -On dirait!oui comme... -
-L'aube - compléta le faux masque qui s’épousseta . Heureuse, elle reconnut le visage qui apparaissait . Le fils du marchand de couleurs . L'obscurité se changea en une miroitante palette impressionniste. Les fenêtres s'ouvrirent sur des rues grenat , des façades empourprées, des vitrines prisme d'argenté . La couleur était revenue avec l'aube . Le jeune fils du marchand de couleurs la prit par la main . Une main enluminée . Précédant leurs pas , les rayons du soleil renaissant éblouissaient chaque recoin, les métamorphosant en une farandole chatoyante. Il était revenu pour rester auprès d'elle . Il lui confia l' ultime secret. Nul n'avait volé la couleur, simplement il fallait la voir en toute chose . Chacun de nous, voit se lever son aube et selon ses humeurs on la pare de couleurs ou de lugubre tristesse .
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