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Le mal né

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Stéphanie Aten

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Ses yeux crissaient de haine mais je restais debout. Son souffle pesait lourd et m’étranglait le cou. Il raillait ma peine avec un rire de crécelle et l’intégralité de mon être bouillonnait de dégoût. Pourtant c’était son tour de porter mes chaînes. Elles le plombaient à sa chaise, écrasant sa superbe. Ils étaient mes prisonniers, le monstre tortionnaire et son cœur de ténèbres. Je l’avais rapetissé, pour qu'il endure le tumulte de ce tout qu’il avait brisé, pour qu’il en devienne sourd, jusqu’à ce que le silence dévorant de son inhumanité lui fasse hurler son vide.
Entre les murs de notre face à face, la tempête faisait rage. Vociférant la colère explosive de l’un, et la cruauté hautaine de l’autre. La moindre parcelle d’air, ses moindres électrons, jouaient les balles de revolver percutant nos émotions.
C’était l’heure du grand chambardement. J'étais en train de renverser le Monde, telle une boule à neige, effondrant ses immeubles et déplaçant ses pôles. Je pulvérisais la donne et faisais table rase pour écraser ce diable qui vivait dans l’extase. Je rendais justice à la pauvreté, à la désespérance. Je les convoquais au procès de l'indécence.
Je m’approchai de lui. Mes pieds nus ébranlèrent le sol, scandant le glas d’une ère révolue. Je le vis devenir flaque sous sa chaise, se purgeant de ce qu’il était et invoquant ce qu’il n’était pas. Le petit nègre devenait roi, et le bourreau se muait en proie. Je chantais intérieurement, porté par la liberté totale et triomphante de faire de lui ce qui me plairait . Il se mit à gémir sa peur et ses regrets, tel le chien galeux qu’il avait fait de moi. Je souris de tous mes crocs, et engloutis son visage avec voracité. Ma bouche déborda de lui, avalant d’un seul trait son esprit putréfié. Je comprimai sa tête, comme il avait comprimé nos vies, et sentis son crâne craquer pour devenir charpie ! Je jouis de puissance et gerbai ma victoire !
Mais c’est sur ma paillasse que se répandit mon fiel. Je revins de sa geôle pour mourir dans la mienne. Je revins de mon rêve pour crever de ses chaînes.
Je continuerais à brûler dans les jours de mon enfer. Il continuerait d'attiser les flammes de ma fournaise. Je n’étais rien d’autre qu’un homme mal né. Je ne serais jamais le jugement dernier, qui lui ferait endurer son inhumanité.
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Catherine Madeleine Logette · il y a
Whaou! C'est intense... On dirait mes dernières engueulades avec mon ex (mdr) Mais toujours aussi bien ressenti!
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Cyrille Marais · il y a
Savoir là où nous voulons aller, c'est affirmer fortement, posément, impulsivement, puissamment, intelligemment, ou passionnément notre volonté. Là où il y a une volonté, là il y a un chemin...
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Ichigo Samuru · il y a
Ah comme je me reconnais dans ce petit texte puissant et dur. Ma haine de ce monde bouillonnais en moi, mais c'est sur scène que je hurlais ma rage, que je dévorais la tête de l'hideux, son goût était infecte alors ma guitare hurlait dans mes solo, j'étais en guerre. Mais une guerre vaine. Cela a passé, maintenant, j'ai changé, je n'aime toujours pas ce monde, mais je fais ce que j'ai à faire: une guerre sainte, pas contre la chair et le sang, mais efficace et déjà victorieuse. Je le sais. Merci pour ce texte chère Stéphanie Aten.
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Stéphanie Aten · il y a
Merci à vous pour votre vote et ce commentaire édifiant Ichigo ! :)
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