Le son violent, aigu et assourdissant des sirènes, marquant la fin de la récréation venait de retentir dans toute l'école primaire “LE REFLET” et dans ses environs. Dans la cours de pavés, le surveillant pêchait les retardataires par des coups de son fouet long et blanc, un tuyau à gaz que les écoliers appelaient le serpent blanc du surveillant. Ces malchanceux élèves qui emportés par la saveur de leurs goûters et n'ayant pas pu rejoindre leur salle de classe à temps étaient à présent courbés dans la vaste cours de récréation et ramassaient les bouts de papiers et épluchures de cannes à sucre qui ternissaient l'établissement.
Dans la classe de Cours préparatoire, en abrégé "CP" inscrit sur une plaque clouée à l'entrée , maître Tchinda, le plus vieux et le plus respecté des enseignants, décrépi de sa fourrure blanche et grisâtre sur la tête et sur le menton, de ses yeux foudroyants dans lesquels se trouvaient deux points rouges tel un feu mal éteint, faisait des vas et viens sur le podium de la vaste pièce, comme préoccupé. Nul n'osait faire le moindre bruit ni ouvrir la bouche. Certains élèves évitaient strictement de bouger le pied s'il faisait mal, d'autres même retenaient leur respiration de peur d'être fouetté et balancé par le maître qui, était surnommé dans les couloirs de l'école ❝ Pintak❞ qui veut dire ≪Chien méchan≫.
Maître Tchinda était toujours vêtu de son blouson en cuir noir et de son beau soulier déjà terni par le temps. Peu importait les cérémonies et les activités importantes qui avaient lieu dans l'école ou sur tout l'étendue du territoire national, maître Tchinda ne se lassait jamais de son pardessus et de sa chaussure dégradée.
Le vieux maître nageait dans ses pensées. Il détestait que les écoliers partent en récréation car, selon lui ce ne sera pas ainsi qu'on développera Notre beau pays. Il haïssait encore plus les weekends, les jours congés et répugnait davantage les vacances.
Lors de ses nombreux débats entre collègues et parfois en couple, emporté par la colère, déçu et écoeuré de l'étourdissement, de la naïveté et de l'ignorance de ses compatriotes, Maître Tchinda cognait des points fermes la table et d'une voix roque et assourdissante criait que tous ces procédés étaient encore des moyens que l'oppresseur utilisait pour l'endormissement des esprits grâces aux divertissements, aux droits et devoirs à la conne qui n'étaient rien d'autre que des subterfuges servant à piéger et à hébéter les esprits créatifs, à faire pérenniser cet asservissement qui dure depuis des siècles. À chaque fois qu'il faisait sa réplique habituelle et fort connue de tout le monde, Maître Tchinda prenait congé en allant s'engouffré dans ses livres.
Comme toujours, après chaque récréation, les écoliers du CP s'attendaient à une punition de Pintak. Hier, il nous a agenouillé jusqu'à la fin des classes et avant-hier, il a fouetté tous ceux qui n'avaient pas eu une note de vingt à la séquence, donc toute la classe, même les élèves les plus braves devaient davantage exceller, selon lui. Ils se demandaient ce que le vieux maître avait prévu pour aujourd'hui. Il avait plus d'un tour dans sa poche.
Brusquement, le maître s'arrêta de marcher et pivota machinalement et assez violemment du talon en direction des élèves. Ces enfants furent épris d'un léger sursaut puis se ressaisissaient. Maître Tchinda de ses yeux grands ouverts inspectait les lieux et cherchait le moindre mouvement dans la classe. Voyant que les enfants s'étaient bien tenu, il ordonna de sa voix rauque et vibrante:

_ PRENEZ CAHIER !
MARQUEZ DICTÉE !
AUTANT DE FAUTES !
AUTANT DE COUPS !!!
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