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Le Louvre

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Camali

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Le Louvre


Premier émerveillement de ce musée, dès la porte d’entrée : c’est la Vénus de Milo qui l’ouvre.
Les bras m’en tombent !
Heureusement, une personne marchant dans mes pas, les récupère, et me les tend à bout de bras, en affichant un sourire étrange.
Je lui prie de me les remettre en place, en faisant bien attention à l’ordre et au sens, puis lui demande de sortir de ces pas, que je compte récupérer à la sortie.
Sans se départir de son sourire, elle acquiesce, et me laisse sa carte de visite : Mona Lisa, spécialiste du sourire étrange, dit : La Joconde.
Tout ceci en italien.
Je reste figé, le regard cheminant de cette carte à ce sourire, jusqu’au moment où une femme, brandissant seins nus et drapeau tricolore, invite la foule à la suivre pour la visite.
Tout ceci érotiquement.
Le peuple des touristes, hypnotisé, oubliant l’étendard, se met en marche derrière ce guide, qui se présente avec le joli prénom de liberté.
La liberté guidant le peuple à travers les couloirs du musée, je m’échappe de la multitude pour engager mon propre parcours.
Peinant à me déplacer dans ce dédale de couloirs, j’avise un groupe de personnes plutôt mal habillés, navigant de salle en salle sur un radeau.
Médusé, je les regarde passer. Il semble lancer à mon encontre, de grands gestes ressemblant à un appel à l’aide. D’ailleurs ils crient « à l’aide ! ». Quelques-uns, anglophiles ajoutent « help ».
Tout ceci en français.
Le temps de la surprise passé, le radeau de la Méduse disparaît déjà, emporté par un flot de touristes submergeant la pièce, pour se rendre à la buvette du musée. Ceux-ci, guidés par la femme aux seins toujours aussi nus.
Là bas, un homme auréolé, émerveille les consommateurs, en transformant de l’eau en vin pour le mariage de Cana, un de ses amis. Ce mariage aspire vers lui, tous les visiteurs peu enclins à l’art, délaissant la soif de connaissances pour une soif d’ivresse collective.
Je passe mon chemin, en maudissant ces béotiens qui transforment mon parcours artistique en chemin de croix.
Tout ceci en colère.
Tout à ma colère, je suis les croix, aujourd’hui remplacées par des flèches, qui m’emmènent dans une salle où se déroule un autre repas. Treize personnes sont assises, dos à une fenêtre, que traverse la seine. La mise en scène est parfaite, et le suspense terrifiant. Un homme barbu déclare aux 12 autres, que l’un d’entre eux va le trahir, et le faire condamner à la crucifixion.




Je me sens mal à l’aise, et Judas le gardien de la salle, m’aide à quitter cette cène, en m’indiquant le chemin, contre une petite rétribution.
Tout ceci en hébreu.
Mal remis de mes émotions, je m’égare, quand soudain j’aperçois au loin, une salle, dont l’entrée est signalée par une lanterne rouge. Mon côté luciole s’affole, et je me dirige vers cet endroit particulier, où une jeune femme me tourne le dos, en me lançant un regard langoureux. Prenez un moment pour imaginer cette attitude.
Allongée, dénudée,  très jeune, elle me fascine. Je m’approche, pour me retrouver face à un gardien turc, moins fascinant mais plus dissuasif, qui m’enjoint de m’éloigner de l’Odalisque. Tout ceci en turc.
En quittant la salle malgré moi, je remarque un petit panneau, que, captivé par la jeune fille, je n’avais pas vu : Interdit aux non sultan. C’est très insultant.
Je me promets de devenir sultan pour ce désir de conquête, et poursuis ma quête de culture.
Dans la salle suivante, un petit bonhomme pose une couronne sur la tête d’une femme. La  solennité est telle, que personne ne remarque mon arrivée. Ce sacre de Napoléon est impressionnant, on se demande comment tous ces personnages ont fait pour rentrer dans le tableau. Aucune place pour assister à la fête, et pas un bruit. La solennité est telle, que personne ne remarque mon départ.
Tout ceci en silence.
Je recule doucement, et me heurte à la cousine de Milo : La victoire de Samothrace qui garde les sorties.
Dans les familles grecques la perte des bras est une tradition, mais Samothrace possède deux ailes pour cette tâche, qu’elle effectue, à tour de rôle dans l’aile nord, puis sud du musée.
Je la suis à la trace, jusqu’à la porte de sortie.
Tout ceci en grec.
Avant de me faire jeter dehors, je passe obligatoirement par la boutique, où une jolie dentellière, brode des milliers de souvenirs uniques représentant la tour eiffel.
La dentellière me souhaite une bonne journée, en n’oubliant pas de me vendre un billet pour sortir du musée.
Tout ceci en flamand.
Un peu abasourdi par les beautés contemplées, je rentre chez moi retrouver ma femme qui m’accueille à bras ouvert, seins nus, avec un petit sourire étrange et langoureux.
Tout ceci, le regard à musée.



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