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Le livre

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Anna Edelweiss

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Vêtu d’une robe soyeuse, douce, lisse, polie tel le galet sommeillant au fond du lit de la rivière, la surface externe d’un livre met en éveil les sens de l’Homme. L’œil est attiré par cet aspect brillant et étincelant d’une couverture colorée qui emballe soigneusement ledit objet tel un présent. Les doigts malicieux et joueurs courent sur l’ouvrage, se heurtant quelquefois à des reliefs sinueux et incurvés : des formes dorées et argentées, gravées minutieusement sur cette stèle, pareilles au sceau d’un roi sur la cire rougeoyante d’un doux billet. Cependant, l’habit de soirée ne convient pas à tous. En effet, certains revêtent une étoffe beaucoup plus austère, sévère et rêche. Ils sont alors abandonnés et se détournent de l’attention du lecteur au regard errant et divaguant entre les étals de bois sculpté des librairies.
Lorsque cette merveille de sens et de significations s’épanouit, des pages, adaptées à la taille du corps radieux qui le protège, se succèdent. Ces feuilles de papier, dont la teinte varie du gris terne à la blancheur de la neige, sont accolées. Souvent, une odeur âcre saisit nos narines : encre fraîchement imprimée, odeur comparable à celle de l’herbe récemment coupée ou à un matin d’automne sucré. Encore, les doigts dansent et virevoltent de feuille en feuille et un soupir enfantin se laisse entendre, quelquefois, lorsque la main croule sous le poids du mystérieux ouvrage, pourtant encore secret et inexploré.
Mais sous cet enchevêtrement d’os et de muscles, nous percevons l’être du livre, ou plutôt devrais-je dire les êtres qui habitent l’ouvrage : les mots. Les mots, composés de lettres, elles-mêmes de formes diverses : arrondies, pentues, ascendantes, descendantes,..., les mots assemblés, ajustés les uns aux autres comme des formules savantes, ont le pouvoir de composer des phrases. L’amas de cet enchaînement de lettres constituant des mots, créant des phrases, aboutit à des paragraphes qui constituent des chapitres. Et l’amoncellement de chapitres fait naître l’histoire, le récit, la biographie, le conte,... autant de genres divers et variés que l’imagination de l’Homme le permet.
Car le cœur du livre, son âme, sa raison d’exister, de se multiplier et d’assurer la pérennisation de son espèce n’est rien d’autre que l’histoire qu’il nous conte, que le message qu’il nous transmet, que les sentiments qu’il nous procure. Mais ce n’est que lorsque tous ces éléments sont réunis, soudés, dépendants les uns des autres, inséparables et que l’on ressent cette pulsation de vie au creux de nos mains, qu’un nouveau monde se crée : un monde meilleur, idéal et rêvé ce pourquoi nous continuons à vivre ou, au contraire, un monde de violence, de tourment, de peine et de chagrin. Et ce terrible trouble qui nous envahit parfois, lorsque nous réalisons que le monde décrit n’est rien d’autre que notre réalité ! Ô mots de tous les maux de la Terre qui narrent notre malheur !
Pour ces raisons seules mais suffisantes, cet humble écrit entre les mains de l’Homme prend vie : il le purifie et le guérit en lui faisant oublier ses désillusions et ses déceptions. Le livre est donc un met modeste et noble à la fois, à consommer sans modération, qui nourrit notre âme et apaise notre soif de connaissances.
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