Le lion en cage

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Pour toi, lecteur, lectrice, qu'est-ce qui va bien pouvoir te plaire dans mes très courtes histoires ? Cherche ! Et tu m'en diras des nouvelles. Merci de me lire  [+]

Adossé contre le mur,... le mur, à lui seul, me rappelle mon existence. Je rumine, sans arrêt je rumine, je fais une fixette sur toi, j’ai mal, si tu savais, et je me sens perdu, figé, orphelin. Aujourd’hui, je participe ou plutôt on m’oblige à participer à un atelier d’écriture thérapeutique sur le thème de la poésie. Alors, immédiatement, j’ai pensé à nous, à notre histoire partie en pétard. J’ai commencé à écrire avec des rimes et puis... ils sont arrivés et ont tout gâché, saccagé.
Au diable la rime ! Le diable et son diablotin ont encore gagné la partie.
Je souffre à l’infini, je ne pourrai plus prendre tes mains et les réchauffer dans les miennes, je ne pourrai plus passer faire ma visite de la semaine. Ma peine est immense, j’en crève à petit feu. J’ai la haine, je suis en colère, je n’arrive plus à sourire. J’ai envie de faire un trou dans le papier avec ce crayon mais je m’abstiens. Ici, on nous apprend à se retenir, à ne pas laisser être ce que nous sommes devenus. Alors, bienvenu chez les lions en cage.
Tu me manques, et je sais que tu ressens la même chose. Pardon de t’avoir fait mal, cela n’a jamais été dans mes intentions. Mais le diable et son diablotin m’obligent à agir de la sorte, ils me barrent la route du bonheur sans cesse et m’empêchent de vivre bien. Ce dont j’ai le plus peur, c’est que ce manque nous détruise, toi pour ton grand âge, et moi ma fragilité. Je vide l’encre afin de lisser la douleur, afin de te dire tout ce que j’ai sur le cœur, comprends-tu ? Ils m’ont tout pris, mon travail, mes amis, ma santé, ma liberté, mon chat, il ne reste plus rien de moi. Je suis juste un corps vide qui se déplace. J’ai envie de reprendre ma vie là où j’étais arrivé quand j’étais bien. Malheureusement, j’ai perdu tous les repères. Je ne suis pas malin comme « Le Petit Poucet », difficile pour moi de rebrousser chemin. J’avance comme un paumé. Ma seule lueur d’espoir, ce sont des rêves que jamais je ne pourrai réaliser.
Je regrette ma brusquerie, mes paroles insensées, mes divagations, mes peurs, la confiance que je n’avais plus en toi. Te souviens-tu d’une nuit où je suis venu te réveiller pour chasser mes démons ? Je sais, tu n’y as pas cru, mais tu t’es levé quand même et tu es sorti dans l’obscurité avec ta lampe de poche. Tu m’as dit que j’étais un trouillard, tu m’as encore vexé et je suis parti en crise. Je t’ai frappé, je t’ai bousculé, tu es tombé au sol et je suis parti me recoucher sans me soucier de venir te relever. Encore une fois, je te demande pardon... Je n’ai pas réalisé qu’une telle chute pouvait avoir des conséquences dramatiques sur ta santé. J’avais honte de mon geste, j’ai pris mon bras et je lui ai dit : Pourquoi viens-tu d’agir comme cela ? Depuis un certain temps, tu es à l’hôpital à cause de moi, tu continues à te battre. Tes vieux os vont-ils ressusciter pour qu’encore je puisse leur faire subir ma folie ?

Aujourd’hui, je suis bien luné pour te parler, je parle, je parle, mais qu’en sera-t-il demain? En attendant, je suis une personne psychotique, j’avale les petites pilules, étourdi par la fatigue et les troubles émotionnels, j’espère aller mieux. Viendras-tu me rendre visite un jour ? J’ai envie de connaître ma réaction. J’ai l’impression de ne pas t’avoir vu depuis une éternité. J’imagine notre approche par des phrases banales, des bavardages futiles couvrant les actes passés. De vraies barrières de protection pour éviter les éclaboussures, les projections et tenter de repartir sur de bonnes bases. Les barrières tiendront-elles ? Calme, j’essaierai de rester calme le plus longtemps possible pour te mettre en confiance, j’essaierai même d’esquisser un sourire. Je contrôlerai mes tremblements et j’adopterai la position assise en tailleur sur le lit.
Papa, un fou peut-il se reconstruire ? Peut-il reprendre contact avec la réalité ? Ces questions sont-elles la voie de la guérison ? J’ai tellement peur de sortir, d’être encore traité de bon à rien, de fainéant, de parasite de la société. Vais-je arriver à me prendre en charge sans toi ?
Maman disait souvent en nous regardant bricoler ensemble « tel père, tel fils », quand je reproduisais tes maladresses, tes jurons, et je me souviens que cela ne te plaisait pas. Tu grimaçais, tu ne voulais pas que nous nous ressemblions. Mais dans les moments de lucidité, j’ai beaucoup réfléchi à cette correspondance entre nous, je pense avoir hérité d’une maladie génétique et que tu le veuilles ou non, tu as plus ou moins ta part de responsabilité !

Je remercie mon thérapeute, cet atelier m’a bien réussi. Grâce à l’écriture, je commence à comprendre d’où proviennent toutes ces souffrances.
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Cerise R. · il y a
En effet, votre texte et ma nouvelle se font écho à certains égards. J’aime beaucoup votre plume réaliste, sans fioritures et fluide. Merci Françoise
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Françoise Desvigne · il y a
Un grand merci Cerise !
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Joëlle Brethes · il y a
Votre protagoniste est au bord du précipice de la folie. C'est dur pour lui dans ses moments de conscience, certes, mais c'est au moins aussi dur pour l'entourage !!!
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Françoise Desvigne · il y a
Oui, c'est une bataille intérieure qu'il se livre sans fin et qui a de mauvaises conséquences ;-)

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