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Le linge qui sèche.

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Tatiana Poitou

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 Mémé, à quoi tu penses?
 Moi? Eh bien, je regarde par la fenêtre, et je vois la paille à l'abri, le linge étendu dehors et je me souviens de ma jeunesse...
 Tu veux bien m'en parler?
 Avec plaisir, ma chérie.
Quand j'avais ton âge, la vie était différente. Il n'y avait pas tous ces gadgets, ces outils, ces machines qui facilitent tellement la vie, et malgré tout, je ne me plaignais pas des corvées.
L'une des choses que j'aimais particulièrement, c'était la journée de la lessive, en été, avec ma mère.
En général, ma maman travaillait beaucoup, et nous passions peu de temps ensemble; c'est pourquoi cette journée était toujours une véritable fête pour moi.
On se levait aux aurores, on préparait tout le linge à laver dans une brouette, et on partait vers la rivière.
 Oh là là! A pied, avec une brouette, à la rivière?
 Bien sûr! Tout le monde faisait ça. A la rivière ou au lavoir. De chez nous, il y avait environ deux kilomètres de marche.
Lorsqu'on arrivait, j'aidais d'abord ma mère à frotter et à taper le linge; puis une fois que le plus dur était fini, on profitait toutes les deux des joies d'une baignade en plein air, au soleil d'été. Lorsque celui-ci était au zénith, nous trouvions de l'ombre au pied du vieux chêne, et prenions notre petit pique-nique. Ce n'était rien d'extraordinaire comparé à maintenant: juste quelques tomates bien juteuses, des œufs durs, un peu de lait accompagné de pain et une pomme délicieuse en dessert.
On partageait nos secrets, et parfois même, on faisait une courte sieste. Puis nous rebroussions chemin. J'aidais à pousser la brouette, qui cette fois était plus lourde, à cause du linge humide.
Tout était différent à l'époque; l'air était plus pur, les villes moins bruyantes, la vie moins stressante; les produits avaient du goût, mais le travail, cependant, était plus dur, et pourtant chaque petite chose nous rendait heureux. J'étais insouciante...
Au retour, nous étendions le linge,et nous nous mettions à préparer le dîner. Mon père rentrait des champs, avec mes grands frères, et quand toute la famille était réunie, attablée devant un repas simple, je savais quel goût, quelle odeur et quel son avait le bonheur.
Quelques années plus tard, la guerre a éclaté, et a balayé d'un coup cette vie qui me manque tant...
 Oh, mémé, s'il te plaît, ne pleure pas! Et que dirais-tu d'aller à la rivière pour un pique-nique, toutes les deux, puisque maman a déjà terminé la lessive?
 Très bonne idée, ma chérie. Je vais préparer de quoi grignoter.

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