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Le lendemain perpétuel

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Au lendemain d’une semaine éprouvante, Luna décida de se promener en ce bel après-midi d’été : le dimanche était fait pour ce changer les idées après tout. C’étaient surtout les landes bretonnes qui l’avaient attirées et qui lui promettaient le calme et la sérénité dont elle avait besoin. Cela faisait plus d’une heure qu’elle marchait en direction des tours du château féodal de Combourg qu’elle avait aperçut, surplombant les bois luxuriants de la région. Le soleil était haut dans le ciel dépourvu de nuages, les grillons chantaient et les abeilles fredonnaient, lorsqu’elle arriva devant cette imposante forteresse. À sa gauche, un petit étang se cachait dans l’ombre des arbres et la fraîcheur qu’il lui offrait l’attira. Elle s’installa tout près, sur l’herbe chauffée par les rayons lumineux et s’attarda à la contemplation du lieu.
D’innombrables jonquilles et marguerites effleuraient les majestueuses murailles percées d’étroites ouvertures où la mousse était parvenue à s’imposer. Les lierres grimpaient et caressaient les murs de leurs membres doux, bienveillants, réconfortants. Ils dissimulaient en partie les croisées cristallines et atteignaient presque le sommet des quatre tours coiffées en poivrière. Ainsi, le visage tourné vers les cieux, baigné de lumière et emplit d’un profond sentiment de plénitude, elle s’assoupit.

Elle fut réveillée par le hululement pénétrant d’une chouette et fut déconcertée par les changements subits de la forteresse inhabitée. Le soleil avait sombré et disparaissait dans un flot de sang, laissant Luna prise au dépourvu dans la sinistre obscurité d’un soir sans lune. Les sommets des tours vertigineuses étaient si fourchus qu’ils semblaient éventrer les lourds nuages noirs qui s’étaient accumulés pendant son repos, écrasants et menaçants. Les fenêtres étaient grisées, tels des étaux retenant le mal dans sa lugubre prison. Les lierres serraient la muraille jusqu’à l’étouffer. Luna remarqua quelques roses rouges de velours incarnat aux longues épines effrayantes qui imposaient leur supériorité aux autres fleurs. Celles-ci avaient l’air d’avoir été privées de toute joie de vivre. En effet, elles tournaient leur visage vers le sol dallé, anxieuses, frissonnantes. Le chant des grillons, lui aussi, s’était tu, détrôné par les pleurs du vent contre les murs.
Luna se leva : elle crut entendre le cri strident d’une voix provenant de l’intérieur de la bâtisse. Faisait-elle l’objet d’une hallucination ? Les derniers habitants, dont le comte de Chateaubriand, étaient morts au cours du XIXème siècle. Elle s’approcha de la haute porte noire en bois d’ébène et posa sa main sur la poignée froide et rugueuse. Soupirant pour apaiser son angoisse, elle l’ouvrit brusquement et fut projetée en arrière par une tempête de poussières, cendres et vieux parchemins. Les yeux écarquillés d’effroi, elle se redressa et tourna les talons. Elle n’était pas consciente de la direction dans laquelle elle courait mais elle souhaitait avant tout s’éloigner de cet endroit étrange. Lorsqu’elle fut à une distance quelque peu rassurante, elle se retourna une dernière fois pour entendre un coup de fusil qui la fit sursauter et mit fin aux cris épouvantés de la chouette. Elle continua sa course et se persuada que tout serait probablement plus tranquille le lendemain.
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Hervé Mazoyer · il y a
Je tombe au hasard sur ce petit texte...j aime beaucoup la façon dont ce lieu mystérieux si agréable et ornementé le jour se transforme en lieu d épouvante et d angoisse la nuit tombée...merci pour ce moment en tout cas..
Je suis en finale d automne de la catégorie nouvelle avec le péril vert. A la condition que ce texte vous plaise vous pouvez lui apporter votre soutien si ce n est pas encore fait. Trés amicalement.

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