Le lagon

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Je serpente en la foule venue voir le Mystère sur le parvis du monde. Et la gigantesque gueule de démon qui fait le décor a les traits de l’Enfant. L’un après l’autre, au hasard, certains virent à l’amok et, jetés sur les passants, les éventrent à mains nues. Leurs entrailles s’épandent et sont du même bleu que les mers d’avant les déversements de crasses. Je parviens à m’engouffrer dans un immeuble qui tremblent et semblent se contracter dès qu’on frôle un mur. Plusieurs personnes sont entrées avec moi. Je les vois, dans un autre couloir, s’appuyer contre le mur et le couloir se refermer sur eux, instantanément, se chamarrant de bleu. La rampe d’escalier a tout de celle que je tenais – au bord de défaillir – en montant vers la mansarde où m’attendait mon éthiopienne. Le sang bleu de la foule remplit le rez-de-chaussée, le niveau ne cesse de monter. Une porte s’ouvre, un homme m’attrape et me fait rentrer chez lui. « Il n’y a plus rien au-dessus, et maintenant, plus rien en-dessous ». Le niveau du sang bleu finit par stagner, les fenêtres s’ouvrent encore en rasant l’onde. Les heures passent et mes hôtes n'en peuvent plus. Ils sautent par la fenêtre et s’ébattent et s’arrosent. Je me pose au rebord, je les regarde. Un morceau du parvis surnage, et je les vois se hissant, s’allongeant sur ses planches. La femme se tient sur son coude, la jambe repliée, dans la posture lascive qu’avait mon éthiopienne quand elle m’a dit d’entrer, d’avancer, de me dénuder. Sa main se glisse entre ses jambes et la main de l'homme dans son pantalon. Elle se touche, les yeux fermés, il se touche les yeux vers elle, et leurs petits bruits se dissolvent en le bruit des remous, en les appels au secours de ceux qui se noient. Leurs liquides traversent les planches, imbibant l’onde, et comme le sang des poissons les requins, attirent les fous convulsant dans les fonds d’entrailles en houles. Le bleu de leurs corps ouverts se mêle au bleu du lagon nouveau, et je revois, dans sa moire, la moiteur du corps noir de ma belle éthiopienne.
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