Le lac des perches

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Elle avait voulu revoir un lieu paisible où des scènes de son enfance s'étaient imprimées dans sa mémoire. Il était temps de faire un retour en arrière, elle arrivait à un âge où il lui semblait nécessaire de se recueillir sur son passé. Ce lieu était
extraordinaire : sur une chaume vosgienne, difficilement accessible, un hôtel s'était installé sur les bases d'une ancienne ferme ; si les chambres étaient confortables les étables étaient toujours là, remplies de l'odeur chaude des vaches, éparpillées aujourd'hui dans les prairies. Elles constellaient, de leurs petites tâches noire et blanche, les ballons bleutés qui se dessinaient tout autour de la chaume. De sa fenêtre, elle sentait déjà le parfum inimitables des Vosges fait de myrtilles et de serpolet.

Dès qu'elle posa son bâton ferré sur les sentes, elle se sentit revivre : plus question d'avoir mal au genou, de penser à la vieillesse toute proche : l'amour qu'elle portait à cet endroit la rejetait de façon violente dans l'enfance : elle était une gamine édentée, la main dans celle de sa grand-mère. Le grand panier qu'elle portait à son bras halé, se remplissait de « petits gris » ou « pieds bleus », des champignons qu'il fallait découvrir au milieu d'aiguilles de sapin.
Dans ses oreilles, résonnaient des mots mille fois entendus « tu vois ceux là on ne peut se tromper : ils poussent sous les sapins sont bien gris et ont le pied bien bleu tu prends ton canif et tu le coupes à ras, comme çà, il pourra se reproduire ! »

Ces mots amènent des larmes à ses oreilles : elle farfouille dans son sac à dos : son canif, le même qu'il y a cinquante ans est là un peu rouillé mais performant ; elle le déplie avec délice, ce petit déclic qu'il émet, est ce que les champignons l'entende, est ce qu'ils frissonnent d'horreur comme autrefois ? Elle se baisse un peu sur la cendrée : bien cernés par les sapins, ils sont là : elle s'assure qu'ils ont bien le pied bleu puis les coupe, les ramasse, elle en a un joli sac.
En rentrant à l'hôtel, elle demande au cuisinier de lui faire une fricassée pour le soir. Comme c'est la cousine du patron, elle est chouchoutée et on ne sait pas quoi faire pour lui faire plaisir.

Pourtant à l'heure du souper, lorsqu'elle déplie la serviette, toute heureuse de manger le pur produit du terroir, son cousin se penche discrètement vers elle.
« c'est toi qui as cueilli ces champignons ? »
« oui, dit elle fièrement »
« et bien cousine, ils sont tous toxiques on n'a pas du tout envie de t'empoisonner ! »

Est ce que inconsciemment elle avait cherché la mort dans un endroit parfais pour elle ?
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