Le lac

il y a
3 min
2
lectures
0
Un petit vent frais caressait la surface du lac ce matin-là, balayant les quelques feuilles qui s’y étaient déposées délicatement et créant imperceptiblement des ondulations qui apportaient au paysage une certaine touche de fébrilité malgré sa sérénité.

Mac Enzie avait fini par sortir de sa torpeur bien tard le soir. Il avait trouvé refuge dans la cabane restée ouverte à l’orée du bois, et s’était endormi paisiblement, comme un bébé, roulé en boule, jusqu’au petit matin parmi les tondeuse, sécateur et taille-haie du jardinier. Quiconque l’aurait vu dans cet état, au détour d’un chemin entourant le lac, l’aurait qualifié de rebutant, au bas mot... du sang et de la terre, séchés sur les mains, la chemise déchirée par endroits, les cheveux en bataille, tout cela ne laissait aucun doute sur ce qu’il venait de commettre. Pour sa part, il se fichait éperdument de son apparence, même quand il essayait de se soigner un minimum pour donner une meilleure image de lui-même, il semblait malade, le teint blafard et des yeux noirs d’ébène, cernés qui ne pouvaient que faire ressortir le mal qui était en lui.

Mais pour l’heure, il s’était senti rassuré, en paix avec lui-même, peu importe la souffrance de sa victime lors de ses dernières heures sur cette terre ; elle l’avait cherché avec son legging moulant de joggeuse qui l’invitait à la caresse, avec son maquillage provoquant, et son sourire enjôleur, il n’avait pu résister à répondre à sa provocation. Il s’était pourtant juré de ne plus recommencer, ne fut-ce que pour préserver sa vieille maman qui était bien malheureuse, chargée d’un fils qui filait du mauvais coton. Il savait qu’elle aurait plutôt voulu partir tranquillement, en sachant son « petit » guéri, mais rien n’y faisait, aucun suivi psychologique qu’il avait entrepris, toujours pour lui faire plaisir. Il savait maintenant être devenu un psychopathe véreux et le cercle vicieux ne pouvait plus prendre fin.

Le jardinier, tout à sa tâche de veiller à la propreté du site, avait taillé méticuleusement les arbustes entourant le lac, la semaine précédente, enlevé les mauvaises herbes et ramassé les quelques déchets abandonnés, manque de respect le plus total selon lui, des randonneurs et sportifs qui fréquentaient l’endroit. Il aimait son métier, on ne pouvait rêver d’endroit plus idyllique, paisible à entretenir. Il ne manquait jamais de bavarder un peu quand il était en avance sur son timing, avec des gens corrects venant se recueillir sur les bancs en bois placés aux endroits les plus ombragés, sur le site.

Son regard fut cependant attiré par un objet qui dépassait d’un bosquet qu’il venait à peine de ratisser. Comment avait-il pu ne pas voir cette chose saillante, qui lui sautait maintenant aux yeux !? Le chien d’un promeneur venu à sa rencontre confirma ses craintes, reniflant ce qui s’avéra être une main... Le cœur en vrille, il courut chercher son portable, resté dans le 4x4 avec ses affaires personnelles, et exigea de son chef qu’il appelle au plus vite la police...

Une camionnette de patrouille arriva très vite sur le domaine, elle sécurisa les lieux pour éviter d’éveiller toute curiosité de badauds passants par là et de fournir des éléments contaminants qui n’auraient rien à voir avec le crime. Des fouilles approfondies commencèrent. Le soir commençait à tomber et les policiers s’armèrent de torches pour ne passer à côté d’aucun indice susceptible de les aider sur une enquête qui s’avérait d’ores et déjà compliquée. Un portrait-robot de la victime fut établi aussi fidèlement que possible, vu les circonstances et l’état du corps, et diffusé instantanément sur les chaînes principales de télé.

Le corps de la jeune femme commença à être examiné minutieusement par un médecin légiste. Il avait subi d’intolérables sévices et portait des traces de lutte. Sans doute la joggeuse, avait aussi rampé pour essayer d’échapper à son tortionnaire, mais une pierre pleine de sang avait été retrouvée non loin du corps et témoignait de la lutte finale. Du sang coagulé avait séché à différents endroits sur ses membres luxés ou fracturés, son visage défiguré ne permettait plus aucune identification, son ADN allait devoir être utilisé pour ouvrir l’enquête et établir de qui il s’agissait. Cette femme, portait aussi des traces de strangulation autour du cou, et son pantalon déchiré ne laissait aucun doute sur comment s’était soldée la confrontation. Qui avait pu s’acharner à ce point sur une personne innocente ?

Juste avant de rentrer préparer le repas de sa petite maman, Mac Enzie ne put s’empêcher après sa journée de travail – qui l’avait laissé amer, à ressasser sa dernière conquête ratée – d’aller la voir une dernière fois sur son lit de verdure, reposée et tranquille...quand il vit à la présence des torches aveuglantes sur les lieux, que quelque chose s’était passé pendant son absence. Il devait vite s’enfuir de cet endroit malsain où il n’avait plus sa place et aller chouchouter celle qui occupait encore tout son cœur, malgré toutes ces années.

Maman Mac Enzie avait visionné le journal de 19 heures, en attendant la venue de son fils et comprit très vite qu’il avait encore une fois de plus, laissé libre cours à son besoin malsain de crime...Cette fois, elle ne pouvait plus supporter l’idée que son protégé puisse encore et encore semer la terreur, la douleur et pire, la mort, autour de lui et elle se décida...

Le coup de fil reçu ne laissait planer aucun doute. La doyenne était chagrinée mais elle n’avait plus le choix, elle allait envoyer son fils tout droit vers la case prison. Les policiers iraient se terrer dans des voitures banalisées non loin de chez elle et le cueillir à son arrivée. Ce serait le bouquet final, lui qui, dans un élan de générosité arriverait, chargé d’un arrangement floral des plus doux pour se faire pardonner de sa faiblesse.
0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 1 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Nathalie Alexandre
Nathalie Alexandre · il y a
Soyez indulgents, je débute dans l'écriture, je suis des cours par correspondance d'Ecriture créative et n'en suis qu'à la moitié de mon syllabus...mais j'avais envie de lire d'éventuels commentaires et me suis donc laissée embarquer dans cette aventure à cette seule perspective...Bonne lecture. Nathcel

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Obsession Dentition

Maia Acklins

L'impact des gouttes sur le métal blanc de la table de jardin avait toujours fasciné Philippe Toussaint, et en ce jour de pluie, comme à son habitude, il s'était posté devant la fenêtre du... [+]


Très très courts

Rapport de police

Aléanore D.

Tchak tchak
Bruit de machine à écrire.
— Vous vous nommez Byron Merden, est-ce exact ?
J’hésite même pas, je réponds, d’un ton enjoué :
— Oui m’sieur !
Il me regarde... [+]