Le lac

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"Les cons ça ose tout. c'est même à ça qu'on les reconnaît. " Michel Audiard. Loin d'être un con, mais un peu quand même, je me lance à écrire, j'ose. Je ne me prend pas au sérieux. La vie  [+]

L’impact faisait naître des cercles concentriques de plus en plus grands et l’onde se propageait
en de belles courbes très régulières.
La goutte d’eau venait de mourir sur le lac comme toutes celles qui tombaient du ciel. Ciel couvert de nuages de toutes formes et avec une déclinaison de gris qui allait du plus clair au plus foncé. On s’enfonçait de plus en plus dans la nuit.
Je regardais cette pluie tomber à travers la fenêtre de la cuisine, une tasse de café chaud à la main.
« C’est le temps idéal pour jeter le corps dans le lac, la pluie effacera toutes mes traces ».

La nuit s’éternisait. Les enfants étaient partis se coucher et Justine avait fumé cigarette sur cigarette, de temps en temps, elle buvait un verre de vin blanc. L’atmosphère était pesante.
L’inquiétude et la fatigue se lisaient sur son visage. On avait échangé peu de mots avant qu’elle ne décida d’aller se coucher. Pour s’endormir elle avait pris un somnifère.
« Je m’occupe de tout, lui dis-je »

Pour moi aussi, la fatigue commençait à se faire ressentir. Mon café avalé, je passais dans le garage, me dirigeait vers le placard métallique et l’ouvrît.
Dedans, ce trouvait des bottes et un ciré que je mis à la hâte en étant silencieux le plus possible.
Soudain un bruit se fît entendre. J’éteignais la lumière et je restais coi.
Le bruit émanait de la maison. Une porte venait de s’ouvrir, j’étais sur le qui-vive.
J’eu un sourire en entendant la chasse d’eau. Un des enfants venait d’aller aux toilettes.
Lorsque la maison fût silencieuse, je me faufilais hors du garage avec le corps enveloppé dans une bâche.
« Il fait vraiment un temps de chien, j’aurais peu de visibilité sur le lac. »

A une dizaine de mètres de la maison, un ponton avait été construit, les anciens propriétaires de la maison pratiquaient régulièrement la pêche aux gardons, brochets et autres bardeaux. Muni de ma lampe torche, je marchais péniblement le long du chemin boueux qui menait à l’accès au lac.
Il ne fallait pas que les enfants m’aperçoivent depuis leurs chambres avec ce fardeau sur l’épaule.
Un chaland, que j’avais acquis par l’intermédiaire d’internet, était amarré au ponton. Je jetais le cadavre dans l’embarcation. Puis je retournais à la maison par le même chemin. Arrivé au niveau du garage, je récupérais des blocs de béton issus à des travaux d’agrandissement du garage, et retournais au chaland. Cette expédition me donna chaud et dans mon ciré, j’avais la sensation d’être dans un sauna. Ne voulant pas faire de bruit, je ne mis pas le moteur en route, je défis l’amarre, pris les rames et me mis à souquer.
La traversée fût pénible avec une nuit noire, la pluie me fouettant le visage et le bateau se remplissant d’eau. De temps en temps j’écopais pour ne pas m’enfoncer. Je m’étais dit qu’il fallait que je colmate les fuites, avec cette traversée imprévue, je ne pensais pas me servir du bateau aussi rapidement.
A quelques encablures de la rive, je m’arrêtais. A part la pluie qui tombait sans discontinuer, je ne perçu aucun autre bruit. J’écoutais ce silence reposant. Je mis les blocs de béton dans la bâche.
« Je suis assez loin de la maison, je peux balancer le paquet à l’eau, il n’est pas près de remonter ».

Le corps s’enfonça doucement dans l’eau, dans un bouillonnement remplissant la bâche d’eau.
Je reprenais les rames après m’être assuré que le corps resterait bien dans le fond.
«  Tiens ! Il c’est arrêter de pleuvoir »

Dix minutes s’étaient écoulées, quand une lumière bleue déchira le noir de la nuit suivi d’une détonation.
« Qu’est-ce que c’est ? D’où cela peut-il venir ? »
Un autre éclat de lumière, rouge cette fois-ci, envahissait le ciel et une autre détonation se fît entendre.
« Merde, les flics ! Il tire en l’air pour me demander de stopper la barque »
J’arrêtais de ramer. J’avais le souffle coupé. Mon cœur c’était emballé et mon corps n’était plus qu’une caisse de résonnance, aussi bouillant qu’un volcan.

J’attendais qu’une navette fluviale fît son apparition. Je n’osais bouger, j’étais tétanisé, je brulais de l’intérieur. Une suée me brouillait les yeux. On m’avait pris en flagrant délit.
Mais, rien ne ce passa. J’étais seul sur cette étendue d’eau
Quand soudain, un bruit violent déchira de nouveau la nuit. La clarté émise était verte.
Et puis, je me mis à rire.
Un feu d’artifice était tiré depuis un village voisin, proche du lac.
Je relâchais tous mes muscles, je pouvais souffler. Mon corps repris une température normale.
Je pagayais sans perdre de temps, de peur que l’on me vît.

De retour à la maison, je me refis un autre café. Je montais dans la chambre et m’allongeais aux cotés de Justine qui somnolait toujours.

Le lendemain matin, au petit déjeuné avec Justine, nous discutions des évènements de la nuit, quand la sonnette retentit.
J’allais ouvrir.
Deux policiers se tenaient sur le seuil de la maison. Mon cœur battait la chamade.

- Mr Cloadec
- Oui, Jules Cloadec, qu’est-ce que je peux faire pour vous ?
- Ce matin, un pêcheur a retiré de l’étang ; une bâche plastique du fond de l’eau. Dans cette bâche il y avait un corps. Celui d’un homme. Vous n’auriez pas vu ou entendu des choses inhabituelles ces derniers temps?
- Non, désolé. Nous sommes arrivés qu’hier midi. Mais nous ouvrirons l’œil, et vous appellerons si l’on voit des choses pas nettes.
- Merci, Mr Cloadec. Soyez prudent. Bonne journée.
- Bonne journée à vous, au revoir.

De retour dans la cuisine, je racontais à Justine ma conversation avec la police.
A l’étage, j’entendais les enfants se réveiller, ils courraient, riaient et se chamaillaient.
Ils se mirent à descendre l’escalier en courant et nous embrassèrent avant d’attaquer le petit déjeuné.

- Dis Papa, comment va le chien ?
- Je suis désolé les enfants, le chien est mort cette nuit. Il est mort de vieillesse.
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