Le jour d'avant

il y a
2 min
22
lectures
26
Qualifié
Il est des jours qui marquent une vie.
Cela fait un mois déjà que le cancer a fait irruption dans mon existence, brisant toutes mes certitudes. Un mois qu’il a pris toute la place, qu’il m’a arrachée à mes habitudes et précipitée dans son univers obscur.
Un mois que chaque minute est devenue précieuse et fragile comme la flamme d’une bougie, timide lumière au milieu des ténèbres.
Et toutes ces questions me harcèlent : Que m’est-il arrivé ? Pourquoi moi ? Que vais-je devenir ?
Demain ce sera l’opération, et demain je saurai. Où j’en serai de la vie, de la mort, de la souffrance...
Mais aujourd’hui me voilà les bras ballants, le cœur dévasté, regardant mes enfants barboter dans l’eau de la piscine municipale comme tous les dimanches matin. Tous ces moments éclaboussés, partagés en riant avec eux depuis des années, il n’y en aura pas dimanche prochain, ni le suivant, y aura-t-il seulement un suivant ?
Je me glisse dans le bassin, une longueur et puis deux, j’ai besoin de sentir la fraîcheur de l’eau glisser sur mon corps, j’ai besoin de retrouver des sensations que je connais sur sa surface, puisque son intérieur m’est devenu étranger.
Soudain c’est le drame. Un homme gesticulant en apnée à quelques lignes de moi a fait un malaise. C’est l’évacuation immédiate. Sous les douches, c’est l’affolement. Qui a vu quoi ? Qui n’a pas vu ? Nous n’avons pas compris, pas réagi à temps, que font les secours ?
Mes angoisses s’évanouissent devant la tragédie qui se noue. Plus rien ne compte que cet homme qui me renvoie brutalement la crudité de notre fragilité.
Il était venu serein, le cœur léger, le corps plein de promesses, et puis sur lui s’est abattu le néant.
C’est moi qui portais la mort, et c’est lui qui est venu la prendre.
J’ai perçu alors la vanité de mon désespoir. Qu’est mon mal à côté du sien ?
L’ennemi est en moi mais j’ai une armée pour me défendre : des soins, de l’amour, et l’envie de vivre. Je ne suis pas seule. Tout est réuni pour gagner cette bataille. J’ai le devoir d’y croire.
Une phrase remonte à ma surface : « Les statistiques montrent 90% de survie à 5 ans ». Et combien de centièmes encore pour être soutenue par mes proches si chers ? Pour être entourée d’amis, pour vouloir voir grandir mes enfants ? Et combien plus encore pour sentir que mon corps redevient mon allié ?
La mort m’a frôlée mais je n’étais pas sa cible, je suis là, vivante, mon avenir à portée de main. L’ombre s’est évanouie, je sens une vague puissante me porter vers la guérison, je ne dois plus avoir de doute.
Je me suis séchée, j’étais prête à me battre.
C’était le dimanche 24 mai.
Les années ont passé, mais jamais je n’oublierai cette date, ce jour où un inconnu, en mourant, m’a rendu l’espoir.
26

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,