Le jeune mouton et le petit oiseau

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Dans les Alpages, un troupeau de moutons paissait tranquillement. Chacun devant son brin d'herbe. Un jeune mouton était là qui regardait le ciel, admiratif. Il observait avec envie les oiseaux qui virevoltaient en survolant l'endroit à ce moment-là. Un petit oiseau vint alors inopinément se poser sur son dos. Amusé, le jeune mouton commença à engager la conversation. Ils parlèrent de la belle journée qu'il faisait et de la fraicheur de l'air, comme tous les gens qui ne savent pas quoi dire au départ. Mais le petit oiseau sentait que son nouvel ami avait besoin de parler et il embraya sur des considérations moins futiles en lui demandant ce qu'il pensait de sa vie et quel était son rêve. Le jeune mouton surpris de tant d'intérêt soudain répondit que sa vie était monotone et que son rêve était de voler. Le petit oiseau ne pût retenir un éclat de rire. Un mouton, voler ! Impossible ! C'est que me disent aussi mes congénères, rajouta le jeune mouton, mais c'est mon désir le plus profond et je sais que je volerais un jour. Face au sérieux de son nouvel ami, le petit oiseau se trouvait un peu décontenancé. Le mouton lui demanda alors s'il était prêt à lui expliquer comment faire pour voler, que ce serait fantastique. Le petit oiseau eût un instant de réflexion et lui répondit que s'il le souhaitait et, dans la mesure de ses capacités, il le lui apprendrait. Pour savoir voler lui dit l'oiseau, il faut d'abord s'exercer. Il faut se jeter d'une hauteur, déployer ses ailes et... En disant cela le petit oiseau réalisa que son ami n'avait pas d'ailes et que ce serait donc apparemment impossible pour lui de voler un jour. Le mouton lui répondit que ce qui lui importait c'était de savoir voler et non pas ce qui lui manquait pour pouvoir le faire, pour cela il trouverait bien une solution. L'oiseau lui expliqua donc en détail chaque geste et chaque mouvement qui lui permettait de prendre son envol. Il lui confia qu'au début il était gauche et qu'il avait échoué plusieurs fois mais que depuis qu'il avait compris il pouvait voler où il le souhaitait et se sentait libre. Se sentir libre, c'est cela que je souhaite dit alors le mouton. Je vis depuis des années au milieu de ce grand troupeau qui m'oblige à me fondre dans la masse et à suivre le mouvement sans que je puisse opiner. Se sentir libre, voilà une belle raison d'apprendre à voler, opina le petit oiseau. Dans les jours qui suivirent, le jeune mouton gambadait comme un fou, sautant de temps en temps comme pour prendre son envol. Un jour je vais voler, disait-il à qui voulait l'entendre. Ses compagnons commencèrent à le prendre pour un fou, à le traiter comme une brebis galeuse. Un mouton qui veut voler, avait-on jamais vu ça ! Mais le mouton continuait à sauter et sauter sans réussir à s'élever plus haut que quelques centimètres. Les autres moutons se moquaient de lui, lui lançaient des quolibets. Plus déterminé que jamais, le jeune mouton n’arrêtait pas ses tentatives. Malgré les conseils quotidiens du petit oiseau, le mouton ne décollait pas. Certes il parvenait à sauter de plus en plus haut mais rien de comparable avec le fait de voler. Mais il continuait à y croire dur comme du fer, il savait au fond de lui qu'il volerait un jour. Les mois passèrent et le jeune mouton décida un jour de se jeter de la falaise qui borde le pré. Ce serait là l'occasion de tester sa réelle capacité à voler et de prouver aux autres que c'est possible. Il se sentait prêt. De toute façon il se disait que s'il mourrait en le tentant il serait mort en essayant de réaliser son rêve. Ce serait toujours mieux que d'attendre sagement de se faire égorger par le berger. Il convoqua alors tout le troupeau et lui annonça qu'il allait voler en se jetant de la falaise. Autres rires, autres moqueries mais tout le monde se regroupa pour voir échouer le jeune mouton rêveur. S'il est suffisamment bête pour se jeter d'ici, cela le regarde finalement disaient-ils. Le petit oiseau ne savait que faire pour dissuader le jeune mouton de renoncer à ce geste suicidaire, il eût alors une idée et parti à tire d'aile. Le jeune mouton voyant son ami partir dans les cieux se dit qu'il avait maintenant une raison de plus de se jeter dans le précipice. Si même son meilleur ami l'abandonnait au moment même où il était prêt, au risque de sa vie, à démontrer au troupeau que les rêves sont accessibles, plus rien n'avait d'importance. Peut-être est-il parti pour ne pas le voir échouer, peut être lui aussi avait cessé d'y croire. Sur ces considérations, le jeune mouton recula au bout du pré et se mit à courir de toutes ses forces en direction de la falaise, arrivé au bord il donna sans hésiter une impulsion qui le projeta en avant dans le vide sous les cris affolés de ses congénères qui pensaient qu'il n'en aurait pas le courage. Il plana effectivement, deux secondes... Avant de tomber vertigineusement dans le vide. Les autres moutons considérèrent que c'était sa perte et commencèrent à faire demi-tour pour éviter de voir cette fin tragique. C'est à ce moment là que le miracle arriva. « Je vole ! Je vole ! » s'est soudain mit à crier le jeune mouton. Tout le monde s'est alors retourné dans un seul geste pour voir qu'effectivement le jeune mouton volait. Pris dans les serres d'un aigle de grande envergure, le jeune mouton survolait maintenant le troupeau, virevoltait dans les airs et ne cessait de crier « Je vole ! Je vole ! » d'une voix extatique. Sourire aux lèvres, il venait de réaliser de la façon la plus fortuite son rêve le plus cher. Le petit oiseau vint se joindre à eux en souriant et fît un clin d'oeil complice à l'imposant aigle qui le lui rendit. La vie accomplie toujours nos rêves les plus fous à condition que ce soit réellement un désir profond et que nous soyons prêt à tout, en dépit de tout et de tous, à le réaliser. Rêvez !
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