Le Jeu du Paragone

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Médecin de prison, je fais des cours sur l'art à mes patients/détenus, je suis passionné de littérature et modeste sculpteu  [+]

Le jeu du Paragone.


Extrait de la règle du Jeu :
Sur la place centrale d’un échiquier chryséléphantin, l’un des protagonistes présente une de ses œuvres en vis à vis de celle choisit par l’autre.
Selon le principe de l’annihilation assimilatrice qui veut que, en présence de leurs créateurs, mise en face d’une œuvre forte, une œuvre de moindre intensité instantanément disparaisse, non pour être détruite, mais pour être assimilée et participer à la puissance esthétique de la dominante, les joueurs vont, tour à tour, opposer leurs œuvre, sera déclaré vainqueur celui qui, à l’issue de la partie, régentée par un juge arbitre, conservera une de ces œuvres.

Fondement du Jeu :
L’organisation de la structure moléculaire unifiée par la cohérence esthétique d’une œuvre est susceptible d’être déstabilisée en présence d’une autre de cohérence supérieure, le quantum d’énergie de la première étant alors cédé, sur un mode fusionnel, à la seconde, dont la cohérence s’en trouve accrue.
Bien que souvent remis en cause, l’existence de ce principe semble désormais bien établie sur l’argument de preuves indirectes :
Maintes œuvres, dont la création est historiquement indiscutable, ont disparu au fil du temps, sans qu’un quelconque indice ne les supposât retenues par un collectionneur ou détruite, il est probable qu’elles aient été assimilées lors du Jeu du Paragone.
L’autorité de certaines œuvres s’est affirmée durant les siècles qui les séparent de leur création, boudées par les caciques contemporains, elles furent encensées par leurs épigones. En dehors de la subjectivité des jugements, on peut penser qu’elles soient devenues meilleures au fur et à mesure des victoires remportées au Jeu...On sait que beaucoup d’artistes n’eurent de leur vivant le succès mérité...
....Et sur l’argument de preuves directes, telle ci après, le texte de Vasari relatant une partie jouée début 1516, au Palazzo Vecchio à Florence, arbitrée par Raphaël, entre Michel-Ange Buonarroti et Léonard de Vinci.

Historique du Jeu :
Le caractère ésotérique du Jeu rend compte de la rareté des documents écrits le concernant. On comprend que les artistes n’aient pas consigné l’assimilation de leur œuvres, par fierté et par souci de préserver, selon les époques, qui l’évergétisme qui les faveurs d’un mécène.
Hormis le texte de Vasari nous possédons un fragment de parchemin rédigé de la main de Sophocle dans lequel il est fait allusion à de fameuses rencontres entre Phidias et Zeusis.
Plus tard les traités d’alchimie se font l’écho compendieux d’une théorie de la transmutation des œuvres d’art comme autant d’étapes vers le Grand-Œuvre.

Le texte de Vasari :
Vasari rapporte, avec un devoir de retenue, la partie, sans doute la plus noble que le Jeu compta, entre Léonard et Michel-Ange :
...La partie fut d’une rare intensité : au mépris des commandes effectuées, les deux génies opposaient leurs créations...Le Moïse assimila tour à tour l’Enfant de Baldassaré Turini de Pescia et une Vierge peinte pour Florimond de Robertêt, alors que le Saint Jean Baptiste venait d’absorber le Saint Thomas de la cathédrale de Florence et la Madone Pitti....Bien qu’ils évitassent de les croiser, par pudeur et orgueil, on lisait, dans le regard de chacun, un profond respect irénique et l’admiration tentée de jalousie qu’il portait à l’autre...Ces émotions comme des câbles entre eux tendus, les rapprochaient tout en les maintenant à distance...Soudain , alors que face au David, Léonard amena la Mona Lisa, le ciel s’obscurcit, la foudre fracassant un vitrail fit irruption, frôla les œuvres, suspendit un instant sa course au dessus des têtes de deux Maîtres, et paraissant hésiter entre je ne sais quels desseins destructeur ou auréolé, s’en fut par là où elle était entrée, chacun des protagonistes, dans la part de divin qu’il détenait, perçu de Qui le courroux venait de se manifester.

Raphaël décida d’arrêter la partie.
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