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Le jeu de la vie

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Maudb

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Je ne comprenais pas pourquoi on me disait toujours que la vie est une comédie. Et puis j’ai compris. Je pensais être différente, Je me suis parfois demandée ce que je foutais là. Je pensais que les gens étaient tous forts, qu’ils étaient un peu comme ces bouts de bois au Jenga qui s’accumulent sans jamais s’écrouler. Alors qu’il suffit que j’en pose un pour que le jeu prenne fin. Avant de comprendre. Que la vie est une comédie parce que les gens portent tous des masques et font semblant. Semblant d’être forts. D’être sûrs d’eux parce que ça paraît mieux en société. D’être intelligents parce qu’ils regardent le 20h tous les jours à la télé. D’être indifférents parce qu’on nous a fait croire que montrer ses sentiments est une faiblesse. Les filles veulent des visages plus parfaits, un ventre plus plat, des seins plus fermes, un cul plus bombé parce qu’il faut correspondre aux modèles, ressembler toujours un peu plus à tous ces photoshopés. Les hommes font du sport, se laissent pousser la barbe parce qu’il faut afficher sa virilité, qu’il ne faut surtout pas pleurer. Alors on passe notre temps à faire semblant : de ne pas aimer, d’être indifférent, de ne pas s’attacher, de s’en foutre, de baiser. Il ne surtout pas croire que si on veut se revoir, c’est parce que on est plus qu’un plan cul régulier. Que si on passe du temps ensemble, c’est parce que on pourrait tomber amoureux. Alors on fait semblant de ne pas comprendre comment on peut s’attacher si rapidement. Pourquoi on ne devrait s’intéresser qu’à une seule personne à la fois. Alors on fait croire qu’on pourrait éventuellement rencontrer d’autres personnes juste comme ça. Au cas où on se mettrait à imaginer un autre scénario parce c’est plus facile de prévoir quand on connait déjà la fin. On risque de moins de s’amocher. On fait semblant que l’on n’est pas intéressé. Que les histoires de cœur, c’est dépassé. Qu’aujourd’hui, on parle plan culs en partant du même principe que Snapchat. Qu’après trois secondes, tout finira par s’effacer. On doit parfois s’expliquer quand on remet ça plusieurs fois. On dit que ça passe le temps, que ça change les idées, que ça fait oublier. Parfois si on s’affiche, il faudra l’effacer parce que il ne faudrait pas croire que c’est sérieux. Quand on en parle, on fait comme si on s’en foutait. Comme si ça n’avait pas la moindre importance. Comme si ce ne serait pas vraiment des adieux. Qu’on ne serait pas triste. Que ce n’est pas comme si on se connaissait. Et puis même, qu’est-ce que ça fait ? On fait passer ça pour de la banalité. Un truc auquel on est habitué. Que ce sera facile une fois qu'on sera parti. Il suffira juste de se reconnecter et de choper. Il n’y aura même pas à oublier. On minimise. Et pendant, tout ce temps, il aura fallu camoufler, justifier, tronquer. Faire comme si on pouvait parler de tout. Comme si rien ne nous atteignait. Qu’on voulait se revoir juste parce que le temps nous est compté. Que tout ce qu’on cherchait, c’était un peu de compagnie, de chaleur. On a tourné la tête quand on sentait les larmes monter parce que les yeux ne doivent surtout pas briller, surtout pas être mouillés. On a tenté de contrôler les battements de cœur quand la tête de l’autre se posaient en haut gauche. Il faut bien montrer c’est en bas que ça se passe et que ça n’atteindra jamais le haut. On ne devrait surtout pas s’embrasser. On ne voudrait pas faire croire qu’on est ensemble, encore moins que ça soit sérieux. Et même, il ne faudrait pas que ça soit vrai. Alors on fait semblant de pas vouloir parler juste après. De s’endormir pour ne pas écouter. Si on en a parlé aux collègues, c’est seulement avec désinvolture. Comme un compteur de plus à exploser. Et puis surtout parce c’est un peu comme ça que ça se fait. On a fait semblant, du moins on a essayé. Parce que parfois ça a un peu dérapé, échappé de tout contrôle, de la ligne de conduite qu’on était censé se fixer. On a prononcé ces trois mots, ceux dont il ne fallait surtout pas parler. Après coup, il a bien fallu négocier. Faire croire qu’on ne savait pas trop. Parfois, d’autres mots sortaient comme ça sans raison. On ne comprenait pas trop pourquoi non plus. En soirée aussi, il fallait camoufler. Pour qu’ils ne captent. Parce, jusqu'à présent, ça avait si bien marché. Mais bon, à la limite, si on se loupait parfois, ce n’était pas trop grave. A la fin, surtout pas au début. Comme ça, au moins on pourrait dire que c’était arrivé à la longue, comme par lassitude. Qu’on s’était habitué, peut-être même un peu attaché mais juste au passage. Même si on faisait toujours comme si on ne s’était vu que deux fois. On minimisait encore une fois. Parce qu’au début, il fallait faire croire qu’on partirait pour un oui pour un non. Par exemple, quand le ton montait en fin de soirée. Comme si on ferait demi-tour et qu’on ne remonterait jamais. Il fallait faire croire que c’est toujours les autres qui s’attachent en premier. Qu’on ne sera jamais de ceux qu’on laisse tomber. Et puis, comme on a commencé, autant y aller jusqu’au bout. On fera comme si, jusque dans le taxi et dans l’aéroport, même jusqu’à l’escalator. Il n’y a vraiment, qu’une fois tout en haut, et seulement à ce moment-là, qu’on pourra arrêter tout ça. Et puis, bien sûr, on recommencera.
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