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Le jardin de Louise.

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Antadriel

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Les plus petits souvenirs fatigués s'attardent toujours dans le jardin de Louise. Ils n'y partent jamais, retenus par le parfum des mimosas. Louise les arrose chaque matin de son sang, et le sentiment amoureux, comme un épais filet de lumière souffreteuse, y germe, blotti à la rosée opaline.

Dans sa cour, les carillons rient, résonnent et dansent, inventent des fêtes d'ombres, lustrés de la main des séraphins. Et aux fenêtres, les fins rideaux de soie éprouvent un été sans fin. Rien n'est plus fortuné que cette maison de glaise dépouillée d'histoire et pourtant noyée de mémoires étrangères. Pourtant Louise paraît perdue, la pauvreté de ses sourires en témoigne ; Louise ne veut qu'un nid de clartés, pas du vent, n'attend du monde que sa sympathie, mais ne sachant extraire l'éclat du terne, l'heureux d'un peut-être, le bonheur du fiel, elle se sent languide ; la tristesse froisse ses manteaux de soleil. Mais Louise poursuit sa tâche d'orfèvre, prend soin pour nous des petits souvenirs qui blessent, et dont personne ne veut.

L'après-midi croît, s'essouffle, tombe de son perchoir calmement, et l’Éden de Louise, gris d'inertie, se laisse admirer des quelques saints qui s'y engagent.

Plus loin, en marchant : l'odeur de la nuit, la nostalgie des phares érodés, le clin d’œil des astres. Besoin de partances pour se définir. Et aussi des yeux de Louise, notre cap, nos seuls phares feutrés de feux, notre finalité qui se gonfle d'éclaircies. Douceur d'une femme qui n'en reçoit pas. Douceur de ses soucis insaisissables. Douceur à l'envers de sa patience, du climat qui s'invite à ses prunelles mauresques ; à en croire les dernières heures folles, flottantes et crépusculaires qu'elle agite de son éventail.

Ici, ne pouvant rien retenir, ne reste qu'à bâtir son malheur au sable. L'homme n'est plus conscient de son voyage, c'est le voyage qui le nomme et l'élève, et le Diable de le jeter à son envie aux soupers des tavernes. Ici, des cimes de papier côtoient la névralgie fuyante du ciel, et les barques n'ont de temps que pour célébrer leurs marées manquées.

Ce que l'on aimerait s'accomplir, un peu cruels, sel en sa paume, écume qui divague. Attendre un signe, que se dessine le regret qui, comme un barbelé autour du cœur, fait jaillir la tiédeur du deuil.

Aucune promesse : l'enfance est une tombe muette qui a la cambrure de l'olivier, oublieuse de son nom ; la mer lui chuchote son épitaphe, l'embrun de ceux qui ne peuvent plus pleurer.
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Utilisateur désactivé · il y a
Une jolie écriture, un peu triste.
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Lammari Hafida · il y a
Belles images! +1 Je vous invite à soutenir mon poème en finale http://short-edition.com/oeuvre/poetik/voyage-24 et merci!
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Valoute34 · il y a
bel écrit! Nous avons tous nos petites boites à souvenir!
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