Le grimoire et la danseuse de corde

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- C'était la ruée vers l'or, le grand rush des arrivées de diligences, les duels de rapidité et d'avidité étaient monnaie courante  [+]

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Un vieux grimoire alité sur une étagère poussiéreuse grommelait dans son coin.
Il égrenait quelques formules anciennes retenues dans les plis de son corps épais.
Il désespérait de voir apparaître son maître, soufflé par un nuage de fumée blanche, s’abandonner sous ses ongles crochus, pour y recopier des sigils magiques sur une peau de velot et disparaître encore une fois, le laissant seul à son désarroi.

Il lui semblait parfois entendre sa voix grave résonner dans le grenier, s’approprier la pièce et se matérialiser sous la forme de maléfices entachés de magie s’imprégner dans les murs.
L’instant d’après, s’effacer de cet endroit clos couvert de toiles, que ces artistes-peintres se sont appropriées.
Elles avaient pris le soin de tisser chaque recoin, de signer leurs œuvres au fil de soie, au nom de la corporation des arachnides.

Chaque jour, il regardait une araignée parcourir sa reliure de cuir, elle traînait son brin de soie derrière elle.
Il était las de sentir ses longues pattes fines lui courir sur le ventre.
Il s’imaginait jeter un sort à cette horrible bestiole, pour qu’elle se transforme en cruche.
Il en voulut au sorcier de l’avoir abandonné dans ce grenier tendu de toile du sol au plafond, et d’avoir disparu après avoir prononcé, les véritables paroles cabalistiques, un soir d’orage.

Il s’était recroquevillé sous sa couverture en cuir, en faisant appel à sa mémoire, afin d’y puiser quelques sorts entendus, jadis par le grand sorcier.
Au-delà de ses paroles muettes, il observait le grenier de ses centaines d’yeux que lui avait offert son maître, afin qu’il ne soit pas qu’une peau reliée à des feuilles.

Il lui semblait qu’elle s’était multipliée aux quatre coins de la pièce, tantôt sur sa reliure, l’instant d’après au plafond.
Une acrobate doublée d’une équilibriste hors pair.
Il la voyait arpenter le boulevard du ciel à travers le carreau de la fenêtre où la lune se reflétait.
Elle ressemblait à une funambule jonglant avec ses huit pattes filiformes au plus près du rebord de la lucarne.
En prenant soin de lustrer son fil pour descendre en rappel, absorbé par les dernières retouches mortelles de son piège.

Il n’avait que ses soupirs à suspendre dans l’air et un ventre rebondi plein de secrets, qu’il garde jalousement sous sa robe de cuir patinée.
Pourtant, il était certain de détenir sous son manteau de peau, la clé à l’intérieur de ses pages, des signes, des formules magiques à jeter à une araignée qui s’amusait à le faire frissonner de peur.
Elle qui n’en avait rien à faire de sa reliure machiavélique et se servait de lui comme d’un raccourci pour atteindre le mur.

Alors qu’il commençait à désespérer de ne voir aucune planche de salut s’offrir à son martyr
Un soir, la lune a caché sa grossesse à la terre, la nuit est devenue noire, absorbant le grenier d’une chiquenaude.
Il s’est retrouvé seul dans le grenier, il n’a plus revu la danseuse de corde et sa troupe.
Un long soupir s’est échappé d’entre ses pages, comme un léger frémissement.

Le silence s’est figé en prenant bien soin de ne pas déranger le gros livre qui s’est endormi pour des siècles…

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