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Le grec

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Alain Rougé

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Chez Françoise et Richard au mas du tinal,
à l'ombre des grands arbres, nous étions cette belle tablée d'invités, "comme à la maison"; mieux encore,
pour votre serviteur un temps naufragé de la vie,
c'était une arche de Noé !
"Entre la poire et le fromage", entre deux galéjades,
Richard s'adressa au plus ancien d'entre nous :
<< Claude, raconte-nous l'histoire du grec...>>
- Là je m'efface pour laisser parler Claude "ave l'acen d'ici" !
Claude : << J' étais tout jeunot lorsque mon copain marin pêcheur m'invita pour une promenade en mer à Palavas-
les-flots, ( notre résidence d'été quand nous venions
de Montpellier dans ce petit train rendu célèbre
par les dessins de Dubout ) . Et donc, même si je redoutais
ce baptême de la mer, j'ai finalement embarqué ;
sortant du port, nous avons pris la mer au rythme rassurant
du moteur : " bop bop bop bop... " il faisait beau,
les vagues étaient légères et mon copain tenait bon la barre .
J'ai vu la plage s'éloigner, s'éloigner, s'éloigner,
puis j'ai réalisé que nous étions au large... et j'en menais pas large !!
D'un coup il me dit : << voilà le grec ! >>
Moi, surpris : << qu'es aquel grec ? >> imaginant la visite improbable d'un grec...
Lui : << Ah tu connais pas le grec "eh bé" tu vas le connaître ,
regarde là-bas >>
Je découvris alors une espèce de brouillard lointain barrant
l'horizon côté Grau du roi ; je le vis s'approcher rapidement,
poussé par un vent devenu fort, un vent venant de l'est
et peut-être de Grèce ? d'où son nom "le grec " !
Sans y penser, mon copain venait de me refiler sa trouille,
mais de force huit comme celle du vent, surtout que la mer
commençait à bouléguer notre barque !
Et le brouillard nous est tombé dessus ;
rideau, spectacle terminé ! Nous étions plongés dans un inquiétant silence où même les vagues se taisaient...
Sans repère visuel, nous étions perdus, complètement perdus !
Jusque là plein soleil, il faisait brusquement presque nuit...
Moteur coupé pour ne pas naviguer à l'aveuglette,
nous sommes restés plantés là une heure ou deux peut-être,
avant que le capitaine réagisse :
<< envoie les fusées de détresse >>
"détresse " , rien que d'entendre ce mot j'étais moitié mort !!
Et j'ai lancé la première fusée : pschitt ..
puis la deuxième : re-pschi-itt...
et la dernière : re-re-pschi-i-itt....
Au dessus de nous c'était feu d'artifice !
Mon copain, capitaine toujours : << sonne la corne de brume >>
Et moi de souffler :<< Ouh, ou, ou>> et plusieurs fois encore
<< Ouh, ou, ou, ou >> jusqu'à m' époumoner... Aucun écho....
Les minutes passant, il me semblait que la barque
était moins agitée ; silence et barque immobile,
la trouille que j'avais ! On n'en était pas au " sauve qui peut"
mais pas loin ; et la certitude que mon copain, bon capitaine,
sauterait le dernier ne me rassurait pas du tout...

Mais voilà que soudain, plus vite encore qu'il était arrivé,
le brouillard s'est levé ! Et miracle, la plage était à nos pieds !?...
La barque dans la brume, avait dérivé jusqu'à se poser
sur un banc de sable !!!!
Et comble d'ironie, un groupe de copains attablés à la terrasse
du bar en bord de mer, avaient visiblement apprécié notre son
et lumière ; tous rigolaient en levant leurs verres.... >>

Fin de l'histoire ; à la santé de Claude et avec lui,
Richard et nous autres, nous avons trinqué à l'amitié
en attendant la prochaine tranche de vie que l'un ou l'autre
nous raconterait .
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