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Le grand silence blanc

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Marie Amina B

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Blessée dans l’âme, déchirée dans ses entrailles, le cœur crevé, vidé de toute sa substance, les yeux gonflés de larmes, abusée dans son innocence, trahie dans sa confiance, lasse, dénudée, sucée jusqu’à la moelle des os, Louisa décida de tourner le dos à son ennemie, d’en finir avec sa vie, de partir loin, très loin, loin de ce tumulte, loin de ce chaos. Elle prit un billet d’avion pour le sud, vers une étendue déserte où elle rencontrerait l’oubli. Elle espérait tomber en amnésie totale, ne plus se souvenir de ses maux, ne plus savoir qui elle était. Elle espérait attraper une insolation qui effacerait toute trace de souffrance, qui mettrait les compteurs de sa mémoire à zéro.
Elle s’isola dans une maisonnette perdue entre la rocaille, le sable et quelques ruines, avec, pour seule compagnie, le silence, le néant. Le soleil intense pour compagnon de jour et la lune ainsi que les étoiles pour amies nocturnes. Elle pensait réellement être seule ou presque dans cette étendue sans fin. Elle savait bien que des êtres vivants, des humains vivaient à des kilomètres de là.
Après 15 jours de complète solitude, la faim et le besoin en toutes choses (eau, nourriture, savon) la poussèrent à sortir de sa réserve en allant dans le 1er village situé à 50 bornes de chez elle. Toute une expédition ! Cela lui prit la journée. Il n’y avait pas grand-chose dans ce village à part un épicier qui vendait de tout, une mosquée qui faisait office d’école pour les quelques enfants, un petit bureau à l’entrée du douar qui servait de poste avec le seul téléphone du coin, de gare routière avec l'unique bus qui circulait, de pompe à essence. A l’autre bout de cette minuscule agglomération, se trouvait une grande bâtisse de style colonial avec quelques palmiers autour. Elle servait de dispensaire avec un médecin et une infirmière qui venaient une fois par semaine. Ils faisaient à eux seuls le tour des villages. Louisa avait entendu parler de deux religieuses qui tenaient les lieux. Elle fût attirée par cette maison dès qu’elle en connut l’existence. Après ses quelques emplettes, elle marcha, tête découverte sous un soleil de plomb, jusqu’à cette maison qui ressemblait à un château comparé aux maisonnettes du bourg. Poussée d’une façon incompréhensible, elle alla frapper à la porte. Quelle fût sa surprise lorsqu’une femme entièrement vêtue de blanc vint lui ouvrir la porte ! Ce n’est pas tant l’allure vestimentaire qui la frappa mais le sourire chaleureux que celle-ci lui adressa. Sans dire un mot, elle la fit entrer dans son havre de paix et son étonnement grandit encore lorsqu’elle entendit une explosion de joie autour d’elle. Une nuée d’enfants s’agglutinèrent à elle en la touchant, en la bousculant. Elle en eut le vertige. La religieuse eut du mal à contenir les enfants, elle appela l’autre sœur pour les calmer et pria son invitée de s’asseoir, lui apporta un verre de thé vert fumant, à la menthe. Elles n’échangèrent que des mots visuels, aucune parole, car elles ne parlaient pas la même langue mais ce n’était guère un handicap, elles se comprenaient fort bien avec le regard, le langage du cœur.
La religieuse pensait que Louisa avait fait un malaise dû à la chaleur, à la soif, elle avait bien remarqué qu’elle n’était pas de la région. Mais Louisa avait l’habitude des fortes températures, elle ne craignait pas la chaleur sèche du désert ; par contre, ce qui la bouleversa, c’est ce flux d’affection spontané des enfants, cette générosité de ces femmes dévouées à donner quand on a rien ou presque rien ; un regard qui remplit les cœurs vidés par le désespoir, un sourire qui embaume l’âme.
Cette rencontre lui apporta toutes les réponses qu’elle était venue chercher dans ce lieu dénudé de forme, de conventions. Cette brève entrevue fût le début d’une longue et belle relation avec sa nouvelle famille. Elle s’installa dans l’orphelinat et se voua corps et âme dans sa nouvelle vocation.

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Leméditant · il y a
Toujours votre écriture en douceur et simplicité qui nous conte la plénitude trouvée dans le don de soi. Un joli moment...
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Marie Amina B · il y a
Merci. Oui, c'est ça, vous avez tout compris.
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Marie Amina B · il y a
Merci Denis. A la prochaine
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Denis Lepine · il y a
très beau texte
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Claudine Lehot · il y a
C'est magnifique, touchant, troublant... Partir peut aider, mais il y a certaines souffrances qu'on ne peut pas oublier, il faut apprendre à les apprivoiser pour vivre avec. J'adore la réaction des enfants.
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Marie Amina B · il y a
Merci Claudine. Je suis contente que mon texte vous aie touché. Oui, les enfants ont le don de vous rabibocher avec la vie et ce qu'il y a de plus beau.
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JPM · il y a
Tu crois que c'est possible ?
Oublier et revivre ?
Si tu réponds oui, je te croirai
Mais sois sincère

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Marie Amina B · il y a
Oui, je crois sincèrement qu'on peut revivre ou renaître de ses cendres, car j'en ai fait l'expérience. En revanche, on ne peut pas oublier à moins d'être amnésique. Mais, quand on a décidé d'aller mieux, d'aller de l'avant, on doit se faire violence pour laisser le passé douloureux là où il est et essayer d'en tirer le meilleur, ou s'il n'y en a pas à nos yeux-du meilleur- au moins, d'en tirer des leçons.
Je te l'accorde, c'est beaucoup plus facile à dire qu'à faire, mais c'est possible. Tout est possible, à condition de le vouloir et d'y mettre tout son cœur. Moi en tous cas, j'y crois.
ai-je répondu à ta question, JPM ? Et je suis sincère :-)

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JPM · il y a
Oh oui
Merci de ta réponse encourageante

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Patricia Burny-Deleau · il y a
Trouver sa vraie place est ce qui peut nous arriver de mieux quelle qu'ait été notre vie.
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