Le grand bois

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La chaleur est étouffante en ce milieu d’été à Grenoble. Les volets sont clos et on entend le ronronnement incessant des ventilateurs qui essaient désespérément de rafraîchir l’air ambiant. Affalé sur le canapé, Patrick sue à grosses gouttes. Il a vraiment envie de changer d’air, de pouvoir respirer et ne pas transpirer comme un bœuf au moindre mouvement. C’est décidé, demain il amène toute sa petite famille dans la forêt de Bonnevaux. Il appelle son oncle pour savoir s’il est disponible pour une partie de pêche. Rendez-vous est pris pour le lendemain. Isabelle prépare un pique-nique. Les enfants sont tout excités à l’idée de sortir et de revoir leur grand-oncle.
A huit heures pétantes ils se retrouvent tous dans la voiture, direction Bossieu où l’oncle Albert les attend avec la tante Joséphine. Ils arrivent un peu avant 9 heures. Pas le temps de s’épancher en accolades, les deux véhicules sillonnent les chemins jusqu’au Graal, l’étang du grand bois. Ils installent le matériel de pêche et s’asseyent sur de petits fauteuils. Une bière à la main, Patrick respire enfin. Il remplit ses poumons d’air frais tant convoité et écoute un instant le chant des oiseaux. Albert le sort de ses rêveries et les conversations commencent. Les deux hommes gardent néanmoins un œil sur les bouchons. Ceux-ci flottent tranquillement sur l’eau. Il y a plusieurs familles qui se sont également données rendez-vous au même endroit mais l’étang est assez grand pour que tous puissent trouver un endroit où s’installer. Les enfants commencent à s’agiter. Joséphine s’éloigne de l’étang avec eux et leur propose une petite balade dans le bois. Ils suivent le sentier principal et Amandine cueillent çà et là des fleurs. On entend un bruissement de feuilles pas très loin. Joséphine leur recommande de ne pas s’éloigner du chemin pour ne pas faire de mauvaises rencontres. Il y a toutes sortes d’animaux par ici, principalement des chevreuils pour le gros gibier mais également des sangliers et bien entendu il y a des petits animaux comme les serpents entre autres et Joséphine n’a aucune envie de se retrouver nez à nez face à un représentant de cette espèce. Normalement avec le bruit que font les enfants et les coups de bâtons qu’elle donne à chaque pas cela ne devrait pas se produire mais la prudence est la meilleure conseillère. L’appétit commence à se faire sentir et ils rebroussent chemin. Amandine est toute fière de donner son petit bouquet à sa mère. Celle-ci humidifie un mouchoir en papier et l’enroule autour des fleurs pour qu’elles ne fanent pas trop vite. Une fois les estomacs remplis, Joséphine et Albert font une sieste dans l’herbe au bord de l’étang. Isabelle fait le tour de l’étang avec les enfants en leur donnant pour consigne de ne pas faire trop de bruit car certains pêcheurs n’aiment pas qu’on les dérange. Ça fait fuir les poissons. Patrick reste à surveiller les cannes.
Il apprécie d’entendre le vent flirter avec les feuilles des châtaigniers. Rien à voir avec le bruit du ventilateur. Tout comme il se prend à avoir un frisson alors qu’une bourrasque un peu plus importante que les autres commence à lui chatouiller les pieds et remonte le long de son corps. Il savoure ces instants de communion avec la nature et il s’enivre des bruits de celle-ci. Le chant des grillons le ravit. Il entend aussi le pépiement des oiseaux. Son esprit vagabonde en regardant le calme qui règne sur l’étang. Ici il n’y a pas de bruits de circulation incessante. Isabelle est de retour avec les enfants. Amandine saute au cou de son père. Elle lui raconte comment une libellule s’est posée sur son bras. Elle ne l’a même pas chatouillée. Soudain un bouchon commence à bouger. Il s’enfonce un peu dans l’eau et remonte. Le même processus recommence à plusieurs fois formant des ronds d’ondes dans l’eau. Patrick se met d’un seul coup sur ses deux jambes et attrape la canne à pêche. Il commence à faire tourner le moulinet. Amandine saute dans tous les sens et crie à tout le monde qu’il y a un poisson. Réveillé par les cris de la fillette, Albert sort de sa sieste. Il vient aussitôt donner un coup de main à son neveu. Il arrive avec l’épuisette. Patrick attire le poisson près du bord puis redonne du mou. Amandine n’en peut plus. Elle trépigne d’impatience et lui dit d’arrêter de jouer avec le poisson. Joséphine calme la petite et lui explique que c’est comme ça qu’il faut faire si on ne veut pas que le fil casse et que le poisson se retrouve avec un piercing. Le moment fatidique arrive enfin. Albert récupère le poisson tant convoité. C’est une belle carpe. Après pesée celle-ci fait quasiment les dix kilos. Après la séance photos, la carpe est remise à l’eau sous les yeux éberlués de la fillette. Son père lui explique que pour la pratique de la pêche en no-kill, le poisson est rejeté à l’eau afin qu’il puisse continuer à grandir. Le plaisir se trouve juste dans la bataille avec le poisson pour le sortir, ensuite on lui redonne sa liberté et le poisson ne souffre pas.
La fin de la journée approche. Le corps et l’esprit reposés, Patrick n’a cependant pas très envie de retourner dans la fournaise de leur appartement. Ils dinent chez Joséphine et Albert, dehors, à la belle étoile. Lorsque les enfants commencent à tomber de fatigue, la petite famille prend la route du retour.
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