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Le goût des cerises

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Yves

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Ne me dites pas que vous n’en avez pas fait autant dans votre enfance : je ne vous croirais pas !
Si, si ! Vous est venue l’idée d’avoir un œil sur le vieux cerisier aux confins du verger.
Vous regardez votre compère des après-midis de vacances à la campagne.
Sans un mot pour ne pas éveiller les soupçons du voisin, vous croisez vos mains sur votre nombril et votre complice de larcins dépose son pied au creux de vos paumes. La courte échelle lui permet d’atteindre la branche basse et de se hisser ensuite le corps collé au tronc. Un peu de sève visqueuse suinte et dégouline sur votre culotte courte.

Pour peu que les merles et passereaux ne se soient pas encore totalement goinfrés de toutes les griottes, il récolte en un éclair plusieurs poignées et les envoie dans votre panier improvisé avec un pan de chemise retroussé.
Un juron éclate et le fermier accourt, une fourche à la main.

D’une pirouette, votre acolyte vous rejoint dans la prairie attenante.
Dissimulés entre les épis de blé pas encore mûrs, vous vous empiffrez, grimaçant parfois en mordant dans une cerise plus acidulée, suçant le noyau avant de le recracher plus loin que votre copain.

Bien sûr, vous en garderez quelques-unes pour votre petite sœur qui s’admirera dans le miroir de la cuisine après avoir passé les boucles écarlates autour de ses lobes d’oreilles.
Maman entrera à ce moment précis, la grondera pour la tache qu’elle vient de laisser sur sa robe vichy...avant d’apercevoir votre chemise ensanglantée de jus de cerise et votre pantalon gluant de résine.

Vaudrait mieux aller se rincer les mains dans l’ancien abreuvoir à côté du puits dans la cour et puis proposer de mettre le couvert pour apaiser le tourbillon d’agacement -parsemé d’un rire intérieur qu’elle se gardera bien de montrer- de maman à qui reviendront en mémoire les souvenirs de bêtises semblables...

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Image de Hiver 2013
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