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Mathéo Feray

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La vérité est là, le soir, quand tout le monde dort et que le corps n’est plus qu’un ramassis poisseux. On sait ce que c’est, alors, le vide. Quand les autres dorment, qu’il va bien falloir y aller aussi, et que chaque journée qui s’annonce n’est qu’un pas de plus vers la merde... L’angoisse, immuable, partout, toujours... Tous les soirs, j’y songe. L’armoire à pharmacie, le cocktail détonnant, le garage, la ceinture... la ceinture, le garage, le cocktail détonnant, l’armoire à pharmacie... Moi, homme nouveau, néophyte attardé dans cette jungle, je pourrais naïvement songer à l’espoir. Voir quelque chose de frétillant dans l’indécouvert. Mais je n’espère rien. Tout m’emmerde. Je sue des immondices par kilo. Je bande pas ou mal. Que croire ? Que devenir ? Rien et rien ! Juste crever ! Point à la ligne ! Je veux cesser d’être lâche et pantin ! Jouer le studieux baveux gentil, amant de l’existence, c’est un rôle qui va bien cinq minutes... C'est une farce anesthésiante. Plaire aux gens qu’on aime (indigeste formule), c’est une torture de tous les instants. Et pas vouloir leur plaire, c’est encore pire. Je m’en passerais bien. Vraiment... Je ne veux pas. Je n’ai rien demandé. Je le hurle. Je veux que ça se sache ! Tout ça m’emmerde... Un durex qu’il aurait fallu et moins d’égoïsme... le tour était joué ! Ce que je veux maintenant... crever et bien profondément, que les artères pètent en concerto sanguinolent, que le cœur lâche de s’être trop battu... Ça débarrasse le plancher du tas de merde qui s’y traîne. Voilà tout. Je n’ai jamais eu d’autre fantaisie que de me considérer comme ce tas de merde : coûteux, pleurnichard, raté et bon pour le programme T4. D’ailleurs, j’y serais probablement passé à l’époque. Ça se comprend. Hygiène du peuple oblige. Parasitisme en berne. Mon misérable sacrifice contre le bacille.

Et puis d’abord, qu’est ce qu’ils y comprennent, les autres ? Ils m’aiment un peu, c’est bien. Mais à leurs conditions ! Réflexe d’homme ! Quand l’élément défaille, c’est carte blanche ! Tabassez-le ! Faites-lui comprendre sa merde ! Ils s’imaginent peut-être que je suis faible et que je mens. Soit. Je prétends pas le contraire. J’ai dans l’idée néanmoins que le constat est capital. Il découle de l’observation désintéressée. La fugue est vaine. La révolte aussi. Ce qui compte, c’est la mort. Le fait sincère et irréfutable. La fuite vers l’impossible. L’élan vers l’infini... Puer dans une tombe, c’est déjà l’aventure ! Puer ici, inutilité pure. Claquer plutôt. Une capsule de cyanure vaut mieux que tous les billets d’avion du monde ! A ce propos... il y a, à Carentet, un lac perchée sur une autoroute. Vous ne vous douteriez pas, comme ça, au premier regard... Tout est calme, serein, grandiloquent...Puis en en vous approchant du pont bétonnée, vous commencez à entendre... les gigantesques plaintes... les hurlements violents... sous le lac ! La tempête, le râle... Toute l’autoroute déferle, gronde, impitoyable... Prouesse que d’avoir fait tenir la sérénité sur l’usine ! La pensée sur le machinisme ! Parfois, je me penche contre la rambarde et j’observe le passage des véhicules. Je me dis qu’il n’y a pas mieux pour un steak haché. Ici, la mort passe en occasions infinies. Le béton fracasse. Le pare-brise termine. Chaque fois que je recule devant ce gouffre, je me sens un peu plus lâche. Chaque déroute est une défaite. Un coup. Pourtant, la gueule ne demande qu’à aspirer. Elle réclame, presque larmoyante, son connard. Mais un connard reste un connard. Rien à espérer si ce n’est espérer le rien.
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Ray dit Kourgarou · il y a
Pfiouuuu ! Décidément ça tape.
Je ne suis vraiment pas déçu être arrivé sur vos textes, un peu grâce à vous puisque 'ping' vous avez commenté un de mes commentaires donc 'pong' en retour.
C'est quand même bien noir pour moi qui suis un peu facilement déprimé (d'où ma propension à écrire des bricoles que je pense humoristiques). Mais j'aime.
En revanche j'éviterai de vous lire le soir avant de me coucher surtout que j'ai de la corde dans mon atelier, des anxiolytiques dans ma pharmacie et un fusil de chasse hérité de mon père au-dessus de l'armoire (dont papa s'est déjà servi contre lui-même pour guérir son cancer, du fusil pas de l'armoire). Mon père est donc décédé d'une forme fulgurante de saturnisme par conséquent. Moi ça va, merci.
;-))

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Mathéo Feray · il y a
Les circonstances du décès de votre père me rappelle celles de la mort d'Achille Zavatta qui, après avoir fait rire des générations d'enfants, devait se tirer une balle de fusil dans la tête, ne supportant plus d'être malade.
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Chantal Noel · il y a
Une écriture comme un hurlement !
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Mathéo Feray · il y a
Merci Chantal.
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Felix CULPA · il y a
Un texte fort qui sonne comme un burn out ! La " chute " est effrayante, c'est un cri de désespoir affolant ! J'aime ! Une ode au pessimisme.
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Mathéo Feray · il y a
Merci Felix !
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Brocéliande · il y a
un cri...en crescendo et puis le "Rien "au bout....j'ai beaucoup aimė ....peut -etre parce que je sais pas crier ainsi ...et que vos mots sonts forts....
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Mathéo Feray · il y a
Merci à vous.
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