Le français dans le noir

il y a
3 min
5
lectures
2

Ancien professeur de physique à l'université, je m'intéresse désormais à l'écriture d'essais hors champ scientifique sur le sens notre vie et à la pratique du piano classique  [+]

Septième semaine de maintien à domicile. Seconde semaine de fausses vacances à la maison pour les élèves. Mais Sidonie leur avait bien expliqué qu’il valait mieux ne pas s’arrêter. Une cassure de rythme, selon elle, pouvait avoir des effets psychologiques désastreux, sur leur moral. Puisque l’on était en « guerre », alors à la guerre comme à la guerre. Gagner la bataille de l’éducation avec les moyens du bord, sans compter sur une aide extérieure, quel beau défi ! Elle avait eu l’accord des parents et de leurs enfants pour cette solution de continuité. Les premiers, trop heureux de ne pas à avoir leurs ados râblés sur le dos, et les seconds, leurs bobos ou prolos de parents. Là, au moins, elle avait réussi à faire le consensus depuis la cité jusqu’aux cités.
Mais Sidonie avait du mal à s’endormir, à dormir, et à se réveiller. Cette situation la préoccupait. Le présent était suffisamment angoissant, mais quel serait l’après ? Et mes élèves comment vont-ils s’en sortir ?
Sidonie, pour chasser toutes ces pensées calamiteuses, prit sa douche et soin de sa personne. Elle s’habilla en tenue printanière, but son café, et se mit au télétravail sans tarder. Sa classe virtuelle était au grand complet : les 12 garnements, les 12 saintes nitouches, Solarius et l’ange en auditeurs libres. Elle était pressée d’en savoir plus sur le moral de ses élèves. Moteur !

« Ecoutez les enfants, rassurez-vous, le mois de mai arrive, tout va aller mieux. Mais il est vrai que pour vos parents, c’est difficile, leur moral est en baisse. Leur sommeil est perturbé et ils comptent sur votre sagesse ! Tout cela est normal, absolument normal !
J’aimerais maintenant avoir vos avis sur le sens de cette expression française qui illustre très bien cela :

7. « On passe souvent des nuits blanches quand on a les idées noires »

Simon pris la parole :

« Madame, une ‘’nuit blanche’’ veut dire que l’on passe une nuit sans dormir. »

Puis Geneviève :

« Madame, c’est pas ça, c’est parce que l’on n’a pas dormi que l’on a des idées noires. Mon père est infirmier de nuit à l’hôpital. Il y a trop de malades. Il y pense tout le temps, il n’arrive pas à dormir le jour. C’est plutôt un jour noir pour lui, avec en plus des idées noires. »

Et Anne de surenchérir :

« Geneviève a raison, j’ai été me promener dans Paris, découvrir les œuvres d’arts pendant la nuit blanche, l’année dernière, et je n’avais pas d’idées noires, au contraire ! »

Solarius, impatient, intervint doctement :

« Oui, c’est exact. Il peut y avoir une nuit banche et l’on dort parfaitement. C’est le cas pour les populations proches des cercles polaires de l’Arctique et de l’Antarctique. On dit que brille le soleil de minuit, c’est magnifique. Les rares habitants de ces régions glacées ne peuvent pas avoir d’idées noires, car au pôle nord comme au pôle sud, le jour polaire dure 6 mois.
C’est parti ! Solarius sème encore la pagaille, songea Sidonie. Mais, au moins, il fait rêver les enfants. Elle revint au sujet :

« Je crois que tout le monde a compris. On parle de nuit blanche, pour exprimer que l’on saute un temps de sommeil biologiquement nécessaire. Cela veut dire que l’on ne dort pas durant 24 h. Après, nuit blanche peut exprimer que l’on a fait la fête jusqu’au petit matin : à Noël, le jour de l’An, à la fin du Ramadan. Ou tout autre jour pour vivre un événement exceptionnel, comme le carnaval, ou simplement parce que l’on est amoureux. Au contraire, une nuit blanche peut être cauchemardesque, lorsque l’on va passer un examen le lendemain, ou si l’on est inquiet sans savoir pourquoi. Mais le pire, c’est quand on sait que quelqu’un que l’on aime va nous quitter. Alors forcément, on a des ‘’idées noires’’. Parfois les médecins associent cela à de mauvaises pensées vis-à-vis des autres ou de soi-même. Si vous avez de telles idées, il ne faut pas les garder pour soi, mais toujours en parler, en discuter, vous comprenez.»

Alors il eut un brouhaha ; tous voulurent prendre la parole simultanément. Ce fut l’explosion.

Hélène : « Madame, j’ai rêvé que Marie-Madeleine partait avec mon amoureux Jacques, alors qu’elle le savait. Je voulais la pousser dans un ravin ! »

Catherine : « Je n’ai pas dormi du tout. Papa a perdu son travail, on va manquer d’argent, il ne peut plus payer son loyer. Il était tellement désespéré, j’ai peur qu’il ne se suicide ! »

Jeanne : « Madame, mon père s’est disputé avec ma mère, et il a crié si fort que je n’en ai pas dormi de la nuit, j’aurais voulu qu’il ait un accident ! »

Mathhias : « Moi j’ai rêvé que j’étais poursuivi et que je recevais une pierre en pleine tête, je ne sais pas pourquoi !»

Agathe : « J’ai rêvé que j’avais un cancer du sein comme ma mère qui est morte il y a 3 ans. Je revoyais son visage, mais, heureusement elle m’a rassurée, et j’ai pu me rendormir.»

Jacques : « Madame, j’étais dans une tour en flammes et que je me jetais dans le vide. »

Simon : « Moi, on me poursuivait dans une forêt avec une tronçonneuse.»

Thomas : « J’ai rêvé que je me battais en duel avec Mathieu et que je le tuais avec mon épée. Mais je finissais par mourir moi aussi. Il y avait du sang partout.»

Marie : « J’ai rêvé que j’avais un nouveau-né dans les bras et que j’étais poursuivie par des terroristes dans Paris. Des commandos de l’armée sont arrivés et les ont massacrés à la mitraillette. Alors rassurée, je me suis rendormie.»

Pierre : « Madame, j’ai rêvé que mes onze potes étaient mort du coro... et que je me laissais mourir à l’hôpital.»

Le petit ange, peu impressionné, ‘’télépathia’’:

« Tu vois, tu entends, Solarius, tout de même hein, tout de même ! »

Sidonie avait fait mouche ! Ils s’étaient exprimés.

« Calma, calme les enfants tout cela est normal. Rien ne se passera comme dans vos rêves. Il y a la réalité, il y a le rêve, et parfois le rêve s’empare de la réalité et vice versa. Attention ne confondez pas le virtuel et la réalité, car là cela pourrait être grave. La semaine prochaine nous reprendrons toutes vos réponses.»
2
2

Un petit mot pour l'auteur ? 2 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Rood-Djanna Honorat
Rood-Djanna Honorat · il y a
Le rêve s’empare de la réalité.
J’ai aimé.
Passez me lire si vous le souhaitez.

Image de Cristo
Cristo · il y a
Merci beaucoup

Vous aimerez aussi !