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Le droit en question

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Melimelo

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Un jour, je sondai mon fils sur son avenir en recourant à la formule la plus éculée qui soit, fruit légitime de l’agacement de tant de jeunes générations. Mais peut-on échapper à cette traditionnelle interrogation : « Que veux- tu faire plus tard dans la vie ? ». Mon fils est un grand garçon, mince, qui se tient toujours droit. Il parle peu même s’il a le droit à la parole.
Il me répondit distraitement, un brin narquois « quelque chose qui soit dans le droit chemin ».
- C’est bien de suivre le droit chemin, mais encore faut-il savoir, où tu veux aller, dis-je d’un air taquin : A droite, à gauche, ou tout droit ?
- Quand je regarde à droite, je ne vois rien de bien, ma foi. Je me méfie des gens de droite, qui exploitent les salariés jusqu’à la gauche, qui prétendent à bon droit ne pas payer l’ISF et s’exonérer des droits de douane, je me défie encore plus de ceux de l’extrême droite qui, droits dans leurs bottes, marchent au pas de l’oie, gauche, droite, gauche, droite, enfin plutôt, droite, droite, droite, droite.
Sans beaucoup de doigté, je lui demandais tout de go(che) : « Tu es de gauche ? »
- Non, je ne fais confiance ni à ces gens de gauche qui prônent l’égalitarisme en droit et en fait, qui font des doigts d’honneur à la police, encore moins à ces gens de la gauche caviar qui vivent comme ceux de droite ; je me reconnais encore moins dans l’extrême gauche qui crache sur le droit canon, se moque des jupes droites et des gens qui obéissent le doigt sur la couture du pantalon. Je préférerai encore être vacher en Argentine que de fréquenter des gauchos en France.
- Oh toi, tu t’es levé du pied gauche.
- Pas du tout, j’ai juste le droit de n’être pas d’accord. Je suis ni à droite ni à gauche.
- Vu sous cet angle, tu es au centre.
- Je suis seulement au centre de mes préoccupations.
- C’est un peu léger pour aller droit devant.
- Je veux simplement aller au devant de mes desiderata et j’y vais tout droit.
- Laisse-moi te dire que pour quelqu’un qui veut marcher droit, tu tournes un peu en rond.
- Mais je ne serai pas comme ces ronds de cuir.
- Tu préfères rester comme un rond de flanc...
- Non, mais je refuse, contrairement à tous ces moutons, à filer droit pour me faire tondre.
- Tu es bien dans le droit fil de ta génération ! Mais enfin, il faut bien que tu choisisses une voie ! Tu sais, tu n’auras pas de passe-droit dans la vie...
- Je sais, j’aurais seulement le droit de passer ma vie... à travailler ! Quelle peine !
- Tu ne crois pas que ça en vaille la peine ? Mais, c’est ainsi, il n’y a pas que les droits de l’homme dans la vie, il y a aussi les devoirs.
- De voir la vie en noir ?
- Tu gauchis mes propos. Je te dis seulement qu’il faut que tu prennes tes responsabilités, que tu apprennes un métier, le connaisses sur le bout des doigts.
- Cela tombe mal, je ne sais rien faire de mes dix doigts.
- Tu n’es pourtant pas gauche.
- Non je tire du pied droit !
- Quel humour. En tout cas, tu es plutôt adroit dans ta façon de t’exprimer. Tu pourrais écrire...
- Gratter comme dans le temps avec une plume d’oie pour toucher des droits d’auteurs. Très peu pour moi !
- Je préfère te savoir écrivain qu’en fin de droits !
- Ecrire pour toucher des droits cela me parait un exercice plutôt vain.
- Oui mais c’est vingt fois plus rentable que de mendier dans la rue.
- Justement, je ne suis pas sûr de vouloir exercer un métier pour pouvoir nourrir mes futurs ayant-droits.
- Si tu penses y parvenir sans rien faire, tu te mets le doigt dans l’œil.
- Tu touches du doigt mon projet : je veux vivre confortablement mais j’entends ne pas être privé du droit de ne rien faire.
- Mais personne ne fera droit à ta demande de parasitisme !
- Ci-fait, je serai parasite de plein droit, le bras droit de mère paresse.
- Regarde-moi droit dans les yeux : il est hors de question que tu exerces une activité professionnelle qui ne soit pas un modèle de droiture.
- Mais de quel droit prétendrais-je cela ? J’entends rester, moi, droit et honnête.
- Si cette remarque est faite à mon endroit, elle n’est pas aimable.
- Non je ne te visais pas personnellement ; tu raisonnes toujours à l’envers !
- Je veux seulement que tu sois franc envers moi et que tu me dises ce que tu vas devenir avant que je ne passe l’arme à gauche.
- Je te le dirai avant et je te rassure je n’irai pas droit à l’échec.
- Bon ! Alors maintenant va droit au but. Dis-moi : que feras-tu ?
- Papa, avec toi, l’angoisse a droit de cité ! Sois calme, sois serein.

Puis, ce voyou, après un long silence, armé d’un sourire déconcertant, me souffla : Finalement, je pense qu’en droite ligne de mon ascendant, je vais faire mon droit. » Alors à bon droit il plaida un long moment pour que je juge avec indulgence ses déclarations effrontées.

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Melimelo · il y a
merci c'est gentil.
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Francine · il y a
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