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Le domaine De Belleville

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Hibernia Boann

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« Ana... Ana... » Instinctivement je regarde vers la porte. Une silhouette se faufile entre les invités et sort sans se retourner. Encore cette satanée migraine... Je ferme les yeux et prends ma tête entre mes mains. Je respire profondément. Dans le brouhaha des gens qui m’entourent, les cris et le vacarme des enfants, mon cerveau déraille. Mon esprit cherche une échappatoire mais mon corps, prit soudain d’une grande fatigue, ne répond plus. « Par ici...» Un homme d’un certain âge vêtu d’un étrange costume, coiffé d’un chapeau m’invite à le suivre dans la direction que pointe sa canne. Je décide de lui emboîter le pas si cela peut me sauver de cette situation embarrassante. Nous passons, dans une sorte de brume légèrement colorée entre les invités sans encombre et sans qu’ils nous remarquent. Je distingue à peine leurs visages pourtant je les reconnais. Tout est flouté sauf lui et le chemin menant à la dépendance de la propriété, la maison du jardinier. Arrivés devant la bâtisse dont je constate l’état de vétusté, mon guide pénètre à l’intérieur sans aucune crainte. Malgré mon appréhension ma curiosité me défit d’y entrer. Stupéfiant ! C’est si différent de ce que je pensais trouver derrière ses murs délabrés ! La pièce semble appartenir à une autre époque. Tout y est parfaitement entretenu. Serait-elle toujours habitée ? Deux coups sur le sol retentissent dans ma tête et me sortent brutalement de mes réflexions. Le vieil homme demande toute mon attention. Toujours à l’aide de sa canne, il me montre un des tiroirs de la commode. Je me dirige droit vers le meuble et l’ouvre. Je découvre un tas d’objets et, un peu gênée, je les énumère à haute voix : Des lettres attachées en paquets par des rubans, une loupe, un ouvre-lettre, de l'encre, une plume, un sceau... A chaque fois que mon regard interroge le sien, il insiste pour que je continue mes fouilles, mais il ne reste rien. J’aimerais tant l’aider. Il a l’air triste. Est-ce un objet caché ? Je déboite le tiroir et le pose sur la table. Je vide son contenu et vérifie le fond. Rien. Désolée, je m’apprête à tout remettre en place. A cet instant, deux nouveaux coups frappent le sol et font vibrer toute la pièce. Le tiroir en morceaux jonche le tapis et nous livre son secret. Une enveloppe cachetée ! Tout tourne autour de moi. Encore ces satanés vertiges... Je m’adosse contre le mur de la maison en essayant de ne pas paniquer. « Ana tu vas bien ma chère ? » Je lève les yeux et voit la propriétaire des lieux se diriger vers moi. Je me ressaisis et la rassure en lui expliquant que j’avais juste besoin d’un peu d’air et de silence. Elle me propose de faire une petite balade dans les jardins, histoire de se dégourdir les jambes et j’accepte avec plaisir. Tout est si confus. Les mots d’Isa ne sont plus qu’un bruit de fond, absorbée dans mes pensées à assembler les fragments de mes souvenirs de ce que j’ai vécu quelques minutes auparavant, je suis dans l’incapacité de répondre à la question qu’elle vient de me poser. Pour ne pas la blesser, je change de sujet en l’interrogeant sur l’existence possible d’une maison de jardinier dans sa propriété. Un peu surprise, elle me parle alors d’une petite bâtisse attenante à leur maison que son mari a préféré faire démolir au lieu de rénover étant donné son piteux état. Puis, je lui suggère de reprendre là où nous nous sommes arrêtées. « Finalement acceptes-tu de dormir à la maison ? Tu sais je suis inquiète quand tu prends le volant » me confie-t-elle avec un air soucieux. Je ne peux pas refuser et la nuit commence à tomber. Heureuse de me garder auprès d’elle en l’absence de son mari, Isa se précipite dans la maison pour ordonner la préparation d’une des chambres d’amis à mon égard. Plus tard, dans la soirée, après un léger souper, je laisse mon amie seule au salon et je monte à l’étage pour gagner ma chambre. En ouvrant la porte, je suis rassurée et plutôt contente de son aménagement simple avec ses meubles contemporains. Je referme la porte et en me retournant c’est le choc. Je me suis malgré moi dans la pièce de la maison du jardinier. Rien n’a changé. Mais cette fois, je suis seule. La première pensée qui m’effleure l’esprit est de chercher Isa pour qu’elle voit ce phénomène étrange de ses propres yeux. Je me hâte d'en sortir et abasourdie je me rends compte que je ne l’ai pas quittée. Lentement la peur m’étreint et mon corps tremble. La revoilà cette sacrée migraine... « Ana tout va bien... » Une brume légèrement colorée envahit la pièce. La silhouette d’abord diaphane se métamorphose petit à petit en l’homme mystérieux que j’ai rencontré dans l’après-midi. Il semble si réel. J’essaie de garder mon sang froid et lui demande ce qu’il attend de moi. Encore, il pointe le tiroir de la commode de sa canne. Puisqu'il y tient J’obéis. Assise sur le lit, je commence à lire. « Ma petite Marie, Je suis navré de devoir te quitter si tôt mais je suis heureux de rejoindre ta mère au ciel. Ne t’inquiète pas, j’ai laissé des instructions à mon épouse Géraldine afin que vous ne manquez de rien, toi et Albert. Tu pourras grandir au domaine avec lui, l’aider dans ses travaux de jardinage et faire des études plus tard si tu le souhaites. Tu ne devras révéler notre secret à personne, sous aucun prétexte jusqu’à ce que mon épouse quitte ce monde à son tour. Ensuite, tu solliciteras l’aide de Monsieur Bourbon pour revendiquer tes droits d’héritage sur le domaine et ton titre de noblesse. De là-haut je contemplerais la belle jeune femme que tu es devenue. Je serais encore plus fier de toi ma fille bien aimée. Adieu. Signée : Comte Jean De Belleville » Émue, je fixe l’homme en face moi et, après un silence, son nom comme un murmure s’échappe de ma bouche « Comte Jean De Belleville » A ces mots, la brume se dissipe peu à peu, la figure fantomatique s’évapore et la pièce reprend son décor initial. Mes paupières s’alourdissent. Je suis si fatiguée...

« Anastasia le petit déjeuner sera prêt dans trente minutes ! » Isa... « J’arrive ! »

« Merci Isabelle pour ton invitation. Je reviendrais te voir dès que ma santé me le permettra. Ta maison est superbe vraiment c’est un très bon choix. Elle doit renfermer pas mal de secrets, si j’étais toi, je fouillerais un peu partout. Bon sur ce, je te laisse ». Je l’embrasse en lui souhaitant une agréable journée puis je monte dans ma voiture et rentre chez moi.
Quelques mois plus tard, le téléphone sonne. C’est Isabelle. Excitée et impatiente de me raconter ses trouvailles. «...Oui après avoir trouvé une lettre dans la vieille commode que mon mari avait mise au grenier avec d’autres meubles et objets dont ils ne voulaient pas se séparer, j’ai fait des recherches. Et, figure-toi que cette maison aurait dû revenir à une certaine Marie Calmet. D’ailleurs, la prochaine fois que tu viendras tu pourras la voir. J’ai accroché son portrait dans la chambre d’amie dans laquelle tu as dormi lors de notre crémaillère ! »

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Vivipioupiou77 · il y a
un recit tres captivant
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Hibernia Boann · il y a
Pardon je pensais vous avoir répondu. Votre "Sentier non balisé" m'a beaucoup plu :)
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Hibernia Boann · il y a
J'applaudis cette initiative. Cependant même si je suis du même avis, je n'y participerai pas pour raison personnelle.
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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Richard Laurence · il y a
Un très beau texte !
Si vous souhaitez un commentaire précis et argumenté, n'hésitez pas à demander et, de même, ne vous gênez pas pour venir commenter, critiquer ou même détester ma "Frontière de brumes"...

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Hibernia Boann · il y a
Merci beaucoup. Votre "Frontière de brumes" m'a impressionné, bonne chance !
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Richard Laurence · il y a
Merci !
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Abi Allano · il y a
J'ai été happée par votre histoire. Bravo!
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Hibernia Boann · il y a
Votre capitaine déchu est absolument magnifique, il méritait bien d'être recommandé ! Merci de votre visite et pour votre gentil commentaire.
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Pascal Depresle · il y a
Un très bon récit fantastique qui nous entraine. Mes voix. Peut-être aimerez vous "L'héroïne" "Tata Marcelle" ou "Le Grandpé".
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Hibernia Boann · il y a
Un coup de cœur pour "L’héroïne" multiplié par 5 ! Merci pour votre visite et vote.
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Pascal Depresle · il y a
Merci beaucoup
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Coraline Parmentier · il y a
Joli écrit , vous avez mes voix et mes sincères encouragements !
Si mon royaume embrumé vous intéresse pour continuer votre voyage, c'est par ici... (au cas où vous ne l'auriez pas lu)
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-royaume-dans-la-brume

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Hibernia Boann · il y a
J'ai visité votre royaume dans la brume Coraline, bonne chance !
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Jeanne · il y a
Un domaine, une propriété, une maison, un joyeux brouhaha, une soirée qui bat son plein, une crémaillère que l’on pend. Une maîtresse de maison prénommée Isa, Isabelle, une amie invitée qui répond au doux prénom d’Ana, Anastasia, qui souffre de maux de têtes, de fortes migraines ou quand le cerveau déraille et la raison défaille. Une brume colorée tenace l’assaille, un environnement confus la cerne, l’entoure, un homme d’un certain âge si ce n’est certain, vêtu à l’ancienne, tel un fil conducteur la mène à une bâtisse, la maison du jardinier qui, à première vue ne semble pas avoir été désertée. De sa canne, il la guide à une ancienne commode, jusqu’à un tiroir doté d’un nécessaire à écrire tels du papier, de l’encre, une plume, un sceau… à l’image d’un secrétaire gardien, garant de secrets, de billets scellés, ne livre pas tout de suite son secret : une lettre cachetée. Flash back, retour en arrière, et la séquence s’arrête, la scène se fige et l’instant se suspend, Isa l’appelle et on revient à la réalité du moment.

Elle se promène dans le jardin, prend l’air, s’aère l’esprit en compagnie d’Isa, accepte son invitation à rester dormir, la nuit s’avançant déjà à grands pas. Après avoir dîné légèrement, elle rejoint la chambre d’amie préparée à son intention, la voici soudain transportée, projetée dans la maison du jardinier qu’elle n’avait apparemment pas quittée. La brume colorée revient battre, tambouriner à ses tempes, elle retrouve le vieil homme qui lui désigne de nouveau l’objet précieux, l’obscur objet de son désir. La mystérieuse lettre cachetée se révèle être un testament et nous révèle la présence d’une héritière en la personne d’une certaine Marie, sa fille bien aimée... et à travers les traits, la sihouette de ce viel homme, plane l’ombre du Comte Jean de Belleville. La brume se lève tout comme Ana, la nuit et l’errance au pays des songes s’achèvent. Les deux amies se quittent sur un au-revoir, à bientôt. Quelque temps après un coup de téléphone d’Isa lui fait part de ses découvertes à propos de cette mystérieuse Marie, dont elle a accroché au mur de la chambre d’ami(e) le portrait.

Un tableau flou, flouté, empli d’ombres et de lumières, un conte merveilleux où l’on se perd dans les brumes de la raison, les méandres de l’esprit d’Anna, qui nous conte le temps passé et nous plonge dans un univers fantastique. Au final, j’aime beaucoup et même plus l’ambiance générale qui se dégage de ce récit imaginaire, tout comme la chouette blanche présente sur votre page de présentation Hibernia. Beau début de soirée.

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Hibernia Boann · il y a
Je suis sincèrement touchée par votre lecture et votre commentaire. Merci infiniment Jeanne. J'admire votre plume enchanteresse, poétique et votre immense talent. Votre "Allée des secrets" sans doute me fera découvrir tant de choses !
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Jeanne · il y a
C'est moi qui vous remercie pour ce joli moment. Tous vos fleurs compliments me vont droit au cœur et je me cache pour rougir telle une pivoine. Je suis ravie de votre intérêt envers Louane. Belle soirée Hibernia et à tantôt pour plus de mots sur Brume de lune, où j'ai pris du retard dans les commentaires pour cause d'orage virulent hier au soir. A propos de brume, je n'ai pas vu s'afficher votre minois au compte-cœurs. ;-)
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Solenn Emmvrique · il y a
Très belle plume, merci pour ce beau moment lecture.. bravo
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Hibernia Boann · il y a
Merci à vous de m'avoir lu.
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Keith Simmonds · il y a
Une œuvre bien conçue et bien écrite ! Mes votes ! Une invitation à partir en voyage sur ma “Croisière” si vous ne craignez pas la brume en mer ! Merci d’avance et bonne journée !
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/croisiere-2

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Hibernia Boann · il y a
Merci Keith pour l'invitation :)
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