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Le dîner

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Hany

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Natasha : Au fait, Christian, n’oublie pas, ce soir, on dîne chez Nicole et Michel. Enfin quoi, chez le dépressif et la bouddhiste.
Je repondais : Oui, je sais.
En rentrant le soir, je soupire : j’ai pas envie d’aller dîner chez les timbrés !
Natasha : Oh, Christian, arrête ça va ! C’est juste un dîner. Je regardais Natasha dans les yeux et dis : - Bon, je le fais pour toi, chérie.
Une fois arrivés, Nicole nous ouvrit sa porte, avec son tablier de cuisinière maison.
Nicole : Oh, Bonsoir Christian, bonsoir Natasha !
Natasha : Tiens Nicole, c’est un coffret de parfums d’ambiance pour la maison.
Nicole : Mais, c’est trop, merci.

La soirée démarrait, nous étions tous assis sur le divan.
Je demandais alors à Michel : - Comment ça va au bureau ?
Michel : Ca va, on va peut-être déménager les locaux.
Et toi, quand t’achèteras-tu un yacht, avec tous les patients que tu opères pour rien ?
Je me retenais de sortir de ses gongs, et pensais : Qu’est-ce qui lui prend de me parler comme ça ? Il est dans la phase terminale de sa dépression ou quoi ?
Alors je répondait plutôt : - Non, je suis honnête !
Michel : Oh, oui, bon tu le fais peut-être moins que d’autres praticiens.
Je choisis de ne pas répondre et tournais les yeux vers Natasha.
Elle venait d’avaler un toast au chèvre d’un seul coup, et hochait la tête à Nicole. Elle ne pouvait rien faire d’autre vu sa mastication intensive.
Nicole : Bon, allez, le rôti est prêt !
Et voilà que chacun se retrouvait avec sa rondelle de rôti dans son assiette (le même repas depuis qu’on était amis).
On plaisantait, c’est vrai ; mais depuis quelques temps, des répliques piquantes fusaient par-dessus le rôti affaissé dans nos assiettes.
Nicole nous raconta son voyage en Egypte pendant trois quarts d’heure.
Je voyais Natasha sourire avec l’air d’avoir envie de vomir.
J’avais compris qu’elle n’en pouvait plus et redoutait l’instant ou elle devrait certainement montrer à Nicole qu’elle l’écoutait.
Il parait que les gens bien élevés ne regardent pas leur montre, alors je regardais l’horloge au-dessus du canapé.
Puis au dessert, autour d’un tiramisu, on se rappelait nos souvenirs de jeunesse.
Natasha reparla d’une amie qu’elle avait eue au lycée : - Quelle abrutie ! Elle était toujours à dire que c’est elle qui avait raison, à se vanter, elle ne comprenait jamais rien, et c’était l’incarnation de l’égoïsme. Elle s’appelait Claire Rousse, et habitait la campagne avec sa mère Béatrice, sa copie conforme !
- Sa mère, Béatrice... à la campagne ! Mais c’est ma tante, s’écria Nicole.
Tout s’arrêta.
J’entendais l’aiguille de l’horloge, il y avait aussi l’aiguille des secondes.

Eh ! Surprise du chef, c’est le dépressif qui brisa le silence :
Michel : - Oh, elle devait certainement avoir d’autres qualités, cette fille !
Je remarquais tout l’élan inattendu qu’il développait pour casser cette tension qui durait et qui s’installait.
Michel : - Et, au fait, vous saviez que l’inventeur du tiramisu n’a jamais gagné un centime ! C’est parce qu’il n’a jamais déposé de brevet. Ça me fait râler pour lui.
Puis, Natasha prit Nicole par l’épaule et lui dit : - Désolé ! En tous cas toi, je t’adore, même si c’est pas le cas pour Claire !
Nicole : Oh ben je sais, je le prends pas mal ! J’ai été choquée c’est tout.

On finissait le dîner par une cigarette au balcon, comme d’habitude, quand Michel, en pleine conversation avec Christian éclata :
Michel : Mon licenciement ne va pas tarder, si ça se trouve et j’ai une opération du coeur à programmer, j’crois que tout est fini !
Christian : Arrête, allez, ne parles pas comme ça ! Tu vas tous nous enterrer !
Mais, Nicole et Natasha n’étaient pas si loin, et entendaient tout.
Elles ne préféraient pas intervenir apparemment.
Je pensais : Mais qu’est ce qui se passe, ce soir ?
Il fallait encore le calmer, sa femme ne l’avait pas encore converti au bouddhisme.
Il était 23 heures.
Christian : Michel, Nicole peut travailler et toi, être à la retraite !
Michel : Mais je ne veux pas qu’elle travaille ! Elle doit rester ici à la maison.
Christian observe Nicole s’avancer, le regard noir. Postée devant lui, elle dit :
- Tu vas argumenter, s’il te plait, Michel ! Je peux très bien travailler, je te signale que je suis laborantine !
Le pauvre dépressif était perdu dans un désarroi énorme.
Je pensais alors : on n’a pas besoin de les voir faire leur scène !
Puis, j’intervenais, plutôt :
- Discutez-en ! N’en déduisez pas tout, tout de suite !
Puis 10 minutes plus tard, Natasha nous sauva.
Natasha : - Bon, je crois qu’on va vous laisser !
Le manteau au bras, on parti comme des voleurs.
On en reparla dans la voiture et à la maison.
Après avoir avalé une gélule pour la digestion, je m’endormie en disant :
- Bonne nuit, ma chérie, et juste pour dire, on est beaucoup mieux qu’eux.
Natasha : Oui, je sais.
Puis vers le milieu de la nuit, Natasha alla prendre le même comprimé que moi.

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Zurglub · il y a
C'est bien rigolo !
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Ratiba Nasri · il y a
Des amis dont on se passerait bien ! Difficile à digérer :-) Merci pour le partage !
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Ratiba Nasri · il y a
Une invitation à lire ma nouvelle 'Le tisseur de rêves' en finale du Grand Prix.
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/le-tisseur-de-reves-1 Merci d'avance.

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Violette · il y a
Il faudrait avoir le courage de rompre l'amitié quand elle devient pesante !
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Miraje · il y a
Il en est des amis comme du rôti. A la fin, ça lasse ...
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Didier Poussin · il y a
Dîner ennuyeux
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