Le dilemme du Mauvais Sang

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Je serai brève, promis ! Tu es le-a bienvenu-e ici même si, je te l'avoue, tu ne trouveras pas grand-chose de gai dans mon bric-à-brac... N'hésite pas à laisser un commentaire derrière toi  [+]

-Pose ça.

-Tu te la joues grand frère, maintenant ?

-Non. Mais maladroite comme tu es, tu vas réussir à te blesser. Donne-le moi. Et sans soupirer.

-T'es chiant quand tu t'y mets. Il est quelle heure ?

-Une heure du mat'.

-Hm... C'est pour ça que tu es là. C'est ton heure de sortie.

-Tu m'as appelé.

-J'ai fait ça ?

-Tu comptes faire l'innocente à chaque fois ?

-Oui. Rien que pour voir ton air exaspéré.

-Qu'est-ce que tu me veux, Ennaej ?

-J'en sais rien... Te parler ?

-Me parler de... ?

-De tout et de rien...

-Tu ne m'aurais pas fait déplacer pour si peu. Tu sais comme Il rechigne à me laisser venir par ici, depuis ce qui s'est passé...

-Oui, je sais. Tu as toujours la cicatrice, sur ton front. Je ne pensais pas que vous pouviez avoir des cicatrices...

-De quoi veux-tu me parler ?

-... Il est revenu. Vivre ici, avec nous, je veux dire. Je sais que rien n'a été prouvé mais... Son regard. Il a changé. Quand je suis près de lui, j'ai l'impression que ma peau s'épaissit, qu'elle devient le mur qui nous sépare. Qui me protège.

-Quel est le problème ? Ta famille est au complet et tu te sens en sécurité...

-Ce n'est pas ce que je veux dire ! Tu prends toujours tout au pied de la lettre.

-Si les humains arrêtaient de faire mille détours pour exprimer ce qu'ils ont dans la tête, on perdrait moins de temps.

-Bien. Je n'arrive plus à regarder mon père comme avant. Quand j'étais petite fille, je l'admirais. Il était le commencement et l'aboutissement de toute chose. Le monde n'existait que par lui, il n'y avait rien avant lui, il n'y aurait rien après lui.

-C'est stupide de penser ainsi. Le monde ne l'a pas attendu pour être...

-Tu vas arrêter, oui ? Laisse-moi finir avant de faire tes commentaires désabusés !

-...

-Maintenant, ce que je vois quand je le regarde dans les yeux... C'est cette fêlure, cette violence latente qui me terrorise. S'ils l'ont soupçonné, c'est qu'il y a forcément une raison... Ce que j'essaye de te dire, c'est qu'il est coupable à mes yeux et que rien ne sera plus jamais comme avant.

-Tu n'arrives plus à voir ton père comme un père parce que tu as pris conscience qu'il était avant tout un homme ? Un homme avec ses désirs et ses pulsions, ses côtés sombres et ses erreurs ?

-Non ! Ça n'a rien à voir ! Et un assassinat n'a rien à voir avec une pulsion ! Tu mélanges tout !

-Tu es sûre ? Sois honnête avec toi-même.

-Mais enfin ! Ce n'est pas une question d'honnêteté ! On parle de la vie d'un homme ! Ce qu'il a fait est mal !

-... Je suis assez mal placé pour juger les mauvaises actions des Hommes... Quoique, comparé à nos patients habituels, ton père est un saint !

-Arrête de pouffer comme ça !

-Arrête de crier comme ça. Je ne suis pas certain que ta mère aimerait trouver sa fille chérie en grande discussion avec le vide.

-Elle a bien d'autres soucis à gérer que ma santé mentale...

-Le fait est que tu n'es pas folle.

-Non, j'ai juste un ami démon. Rien de bien inquiétant.

-« Ami », seulement ? Tu m'avais pourtant montré une certaine affection qui...

-C'est interdit par tes lois.

-Hmm... Je suis supposé t'obéir lorsque tu m'appelles, tu sais. Ça aussi, ce sont les lois...

-Je t'en prie... Personne n'a réussi à prouver qu'il était coupable. Mais je sais qu'il l'est. Et maman me reproche de ne pas me comporter normalement avec lui. Mais je n'y arrive pas. J'ai l'impression qu'il a trahi ma confiance, mon amour.

-Si tu l'aimais vraiment, ses actes t'importeraient peu.

-C'est vrai... Des fois je me demande si j'ai un cœur. Je ne ressens rien pour ceux que je suis censée aimer.

-Je ne crois pas que le problème soit là.

-Où, dans ce cas ?

-Tu es lâche. Tu as tellement peur de l'échec et des difficultés que tu préfères t'enfuir avant qu'elles ne surviennent. Tu as quitté ton petit ami quand c'est devenu trop sérieux, tu as abandonné la fac quand tu as douté de ton niveau, tu as renoncé à tes rêves pour ne pas te les voir volés par un autre, tu ne regardes plus ton père parce que tu as peur de l'image qu'il te renvoie.

-...Depuis quand la psychanalyse fait partie de tes attributions ?

-Je lis dans les âmes alors...

-Je sais, c'était une blague. Tu n'as pas l'impression de nuire au business en me disant tout ça ?

-Avec d'autres je me serais abstenu mais toi... Je te connais. Tu n'auras jamais la force de changer les choses. Ton destin est scellé. N'est-ce pas Ennaej ?

-Je ne peux rien te cacher, décidément...

-Je l'ai perçu dès que je suis arrivé.

-Oui. C'est de lui que je tiens ça, cet instinct prédateur... C'est peut-être à cause de cela que je suis persuadée de sa culpabilité. Tu ne trouves pas que mon regard a changé ?

-Il est plus intense. Ça me plaît.

-Tu t'en vas ?

-Il est trois heures...

-Oh... Je te rappellerai.

-Tu dois mieux aiguiser le fil de ta lame pour un travail efficace.

-Je le ferai.
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