Le Devoir d'Amant

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Je regarde les formes de Thérèse allongée nue sous le drap. Dans la lumière presque violette, elle m'apparaît soudain comme la plus belle femme que j’aie jamais vue.
« Chérie ? dis-je.
— Oui.
— Les enfants, tu sais, c’est un fardeau de longue durée. Et il est bien possible que je ne vive pas assez longtemps pour voir mes petits-enfants venir au monde. J’ai 59 ans.
— C’est vrai. On ne sait jamais comment les choses vont tourner. Mais je suppose que vivre, c’est tenter sa chance lorsqu’elle se présente.
— Des enfants peuvent être idiots.
— Tant mieux. Je ne veux pas avoir des enfants qui seraient plus doués que moi.
— Ils sont sales.
— Tu m’as dit que tu es habile avec les couches.
— Ils font du bruit.
— Il nous faut un grand appartement avec des murs très épais.
— Ils cassent les objets, ils abîment tout.
— Je serais là pour faire du shopping et tout remplacer.
— Il faut beaucoup d’argent.
— Ce n’est pas un problème lorsqu’on a un boulot.
— Il y a bien de la misère dans le monde.
— Il faut se fier à Dieu. »
Je n’ai plus d’excuse qui me vient pour le moment. Je me sens bien, comme je ne l’ai jamais été. Le monde me semble chaud et accueillant. J’ai confiance en le futur plus que tout au long de ma vie.
Est-ce une bonne idée de commencer une nouvelle vie à l’age de 59 ans ? Deux nouvelles vies, plus exactement, la mienne, et celle d’un nouveau-né. Si je dois avoir des raisons de regretter ce pas dans l’ombre, je ne les vois pas en ce moment. Je ne vois aucune trace d’ombre. Je ne vois que les flammes artificielles qui luisent en dansant doucement sur les bougeoirs vissés contre les cloisons.
Les enfants. Comment les imaginer dans une telle photo de famille. Faudra t’il un jardin aussi ? Une voiture familiale avec un siège bébé à l’arrière ? Picasso a bien eu des enfants, il a joué avec eux comme s’ils étaient ses jouets. Il a gardé la mentalité d’un sale gosse toute sa vie, et ses propres enfants étaient des camarades de jeu.
J’ai soudain un regain de virilité impressionnant, à ma plus grande surprise... ça faisait bien longtemps que j’avais perdu jusqu’au souvenir d’une telle prestance. Le canon est chargé et amorcé. Je ne dois pas attendre au risque de faire long feu.
« Tu es sûre ?
— Parfaitement.
— Il ne faut pas se tromper sur ce point.
— Je sais.
— C'est très sérieux.
— Oui.
— Nous allons devoir assumer de nouvelles responsabilités.
— C'est clair.
— Parfait. »
Je me livre avec passion et une infinie tendresse à mon devoir d’amant.
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Jo Hanna · il y a
Un texte très sympa à lire et bien écrit, bravo !

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