Le dernier geste

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Un simple mot peut devenir Une larme solitaire de tristesse, Un ruisseau filiforme de joie, Une rivière ronflant de surprise, Un torrent destructeur d'émotions, Un estuaire sur la littérature  [+]

C'est fou comme en ce moment je me sens rejeté par tout le monde. Mon travail est critiqué, peu apprécié, je viens de me faire jeter par inadvertance par la fille qui faisait battre mon cœur. Je ne suis qu'un bouche-trou qui permet de faire passer le temps quand on s'ennuie, quand on attend le retour de son ami, quand on a besoin d'un clown pour amuser la galerie.
J'ai vraiment l'impression de ne servir à rien. On m'a répété pendant toute mon enfance que j'étais exceptionnel, que je pouvais faire ce que je voulais à condition de le vouloir. Eh bien j'ai une nouvelle pour les hypocrites de classe internationale qui m'ont vendu cette chimère indigente et complètement débile : je ne suis pas exceptionnel et je ne peux pas faire tout ce que je veux si je le veux.
Le monde cruel dans lequel je vis se charge assez bien de me le rappeler quotidiennement avec des baffes dans la tronche, histoire de balayer les derniers reliquats de naïveté qui subsistaient en moi. J'apprends donc à fermer ma gueule pour ne pas mourir de honte à cause de ma culture défaillante, j'écoute béatement les gens parler dans l'espoir insensé qu'un peu de leur savoir divin vienne illuminer, ne serait-ce qu'un instant, un pauvre connard comme moi, j'essaye de becqueter à toute vitesse des infos diverses sur le net pour les recracher aussi sec devant un parterre de fanatiques décérébrés croyant là que c'est la vérité même, pour voir ce que ça fait pendant une minute illusoire de dominer ces abrutis en mal de culture tout en sachant que j'en suis un moi-même.

Le plus drôle dans tout ça, c'est que même lorsque j'écris et aligne les phrases longues à la Proust ou Butor, que j'ai l'impression de produire quelque chose de moins con que d'habitude, je me rends compte que c'est des foutaises comme tout le reste, que je me branle sur mes phrases vachement longues parce que je veux croire qu'un certain type d'intellos à la manque va les lire pour faire genre que ce texte c'est un style hermétique et qu'il faut en avoir dans le ciboulot pour tout piger mais en fait que dalle, c'est de la poudre aux yeux, une capote qui explose parce que la queue qu'elle protégeait était trop grosse (pour le coup même les globules les plus amorphes auront compris).
La preuve par l'exemple c’est ce texte qui se veut critique et acerbe mais n'est en fait juste que le défouloir pompeux d'un pékin en mal d'utilité sur la voie publique, un jeunot prétentieux qui crache son venin en le couchant sur papier parce qu'il n'a rien d'autre de poilant à faire, un manchot socialement embarrassé, frustré et dégoûté de l'océan dans lequel il vit, luttant à chaque instant pour sauver son cul et ne pas se faire bouffer par les requins qui mènent la danse.
Il n'empêche que l'utilité n'est pas forcément à usage public et si les gens faisaient plus gaffe aux autres, il y aurait moins de glands de mon espèce et moins de suicides aussi, moins de SOS muets et de gâchis de matière grise, moins d’enfoirés assujettis à l'ambition et au pognon, moins de salopards imbibés jusqu'au cul du culte bien-pensant de la thune, moins d'emmerdeurs qui surveillent à la loupe ma productivité pour remplir un peu plus les couilles déjà pleines d'or des actionnaires lubriques.

Je hais ce monde, je vous chie dessus tous autant que vous êtes, les passifs soumis baisés avec leur bénédiction par les cols blancs, les dominateurs dégoulinant d'un appétit insatiable pour écluser le sang des autres lopettes ! Et rien que pour vous emmerder tous bien profond, je vais me jeter sous un RER comme ça ma dernière action vous aura fait au moins prendre conscience de mon existence ! Je vous emmerde !
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