Le dernier espoir

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Imaginer jusqu'à la dernière seconde  [+]

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Des livres, des archives, des éprouvettes, un bureau renversé : toutes ces choses qui me paraissait autrefois utile... Même ma blouse me parait ridicule sur moi, qui voudrait voir une chercheuse en blouse, quand la moitié de la population à muter... Mon regard balaye la pièce avec découragement ; tout ici prouve que j’ai échouée. Rien n’y personne ne pourra trouver le remède si précieux à mes yeux. Soudainement, un bruit sourd résonne à travers les couloirs déserts de l’hôpital. Ce bruit me tétanise immédiatement sur place, ça y est, ils sont là. Je me laisse tomber au sol, dos contre le mur et je ferme les yeux. Ils vont m’avoir, ils vont me trouver... Des larmes perlent autour de mes yeux cernés de noir, je ne veux pas finir comme eux, je ne veux pas... Ma détresse est palpable ; je sue à grosses gouttes, un goût métallique empli ma bouche. La lumière des néons continue de clignoter comme un animal qui agonise par soubresaut. Un nouveau bruit, plus proche que les autres résonne au loin. Que faire ? Attendre la mort ou se battre jusqu’au bout ? Je me relève subitement ; j’ai fait une promesse, je ne peux pas me défiler, pas maintenant. C’est avec la peur au ventre que je récupère tous mes anciens dossiers; la peur au ventre certes, mais avec détermination. Je dois tenter le tout pour le tout. Avec le peu de lumière, je feuillette avec vivacité mes documents, mes yeux cherchent avec l’énergie du désespoir et avec obsession une révélation. Des vibrations dues à la course de quelque chose se rapprochèrent à grand pas. Avant que je ne puisse faire quoi que ce soit, la porte de mon bureau s’ouvrit en grand. Une petite fille de 6 ans aux joues roses et aux cheveux blonds, me souriait avec espièglerie. Ma petite fille, mon trésor.
« Que fais-tu ici ?! Rentre vite, les morts arrivent ! »
Je la pris par le bras pour l’entraîner dans un coin de la pièce.
« Assis-toi ici et ne bouge pas. Je t’avais dit de ne pas sortir Annabelle ! »
Elle me regarda mi-inquiète et mi-amusé, elle réussit pendant quelques secondes à me faire oublier la menace qui pèse sur nos frêles épaules. Je fermai à double tours la fragile porte en bois qui sépare le monde des morts de celui des vivants. Il ne faut pas que je me déconcentre de ma tâche, trouver le remède est ma priorité avant qu’ils arrivent. Je rouvris mon dernier carnet avec rapidité pour trouver une erreur. Peut être qu’il fallait mettre trois gouttes de cette solution au lieu de deux ? Je réessayais en modifiant la formule. Encore un échec, le microscope ne trompe pas. Peut être que la température du mélange est trop élevée ? Non, ou peut être pas assez ? Encore un échec. Des bruits animaux firent trembler les murs de la pièce. Le petit visage d’Anna se contracta avec horreur ; elle aussi savait. C’est avec un cri rageur que je balançais toutes mes fiches. Pourquoi ?! Pourquoi... Mon regard tomba sur ma première page, la page sur la construction de mon homogénéisateur. Une illumination se fit en moi, peut être que le problème vient de lui ?
Avec vivacité je me mis à démonter entièrement l’appareil, avec un peu de chance je trouverai ce qui ne va pas. Bien sûr si le problème vient de lui...
« Allez mon petit, tu dois fonctionner ! Fais le pour ma fille au moins ! »
Pièce après pièce, j’observai chaque courbure, chaque éclat de chacune des parties. Jusqu’à l’hélice.
« Au mon dieu j’ai trouvé ! »
Mon cœur fit un bon dans ma poitrine quand je vis que l’hélice était en partie bloquée par une minuscule petite visse dessoudée. Un cri roque se rapprocha encore un peu plus, jusqu’à être dans notre couloir. Mon teint devint immédiatement blanc, c’est avec ardeur que je me mis à raccommoder mon homogénéisateur. Puis pièce après pièce, mon appareil reprit forme. Il reprit forme en même temps que l’apparition des grattements contre la porte. Avec encore plus de fougue, mes gestes s’accélérèrent. Mettre telle quantité avec tel produit avec telle dose.
« Dépêche-toi, dépêche-toi ! »
Enfin je réussis mon mélange. J’eus à peine le temps de vérifier au microscope que le remède était le bon que de violents coups commencèrent à faire céder la porte.
« Une seringue vite ! »
Un soulagement m’envahit quand le produit fut enfin dans la seringue. Je me dirigeai à grand pas vers ma petite Annabelle terrifiée. Je pris son visage à deux mains pour qu’elle me regarde dans les yeux.
« Anna, ne regarde surtout pas les morts quand ils entreront. Mon trésor, tu ne risques rien j’ai enfin trouvé le remède après 68 jours de recherche ! Il faudra que tu sois forte mon Anna, il faudra que tu sois courageuse mon petit ange. Maman ne sera plus avec toi, il faudra que tu rejoignes le centre international médicinal. Fais-le c’est très important, tu pourras sauver des milliers de gens grâce à ton sang.
Les larmes commencèrent à rouler sur mon visage, elles s’écrasèrent dans les cheveux de la dernière personne pour qui je me bats encore. Je pris son petit bras maigrelet et lui injecter la dose de la seringue. La porte craqua une dernière fois derrière moi, les éclats de bois se projetèrent partout dans la pièce.
« Et surtout, n’oublie jamais que je t’aime ».
Je m’écartai une dernière fois de mon Anna ; elle se retourna face au mur pour ne pas assister à mon agonie. L’agonie d’une mère aimante.
Les bras des morts me tirèrent avec force vers le sol, je sentis un mélange chaud se déverser autour de moi, je sentis la douleur se propager en moi à chaque morsure. Pourtant je n’avais qu’une crainte, voir ce mort se rapprocher de ma fille pour humer son odeur. C’est avec soulagement que je succombai en voyant le mort se détourner d’elle.
Oui je l’ai sauvée.
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