Le départ

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Je voyais le sang flou, s'écouler sur le bitume, tel une rivière à la recherche de son océan. Le fluide cramoisi s'infiltrait entre mes doigts, et je sentais les battements mon cœur ralentir. Ma vision devenue brumeuse, m'empêchait d'apercevoir l'homme vertical à mes pieds. L'ombre dressé devant moi restait inerte. Immobile. Comme s’il appréciait le spectacle. Je sentais mon âme m'abandonné. Il cherchait à rejoindre un autre univers, car celui-ci s'éteignait. Les pulsations de mon cœur ralentissaient encore et la silhouette devant ma carcasse n’avait toujours pas bougé. De glace. Il devait attendre mon départ.

 
Je ne sais pas depuis combien de minute je suis allongé sur cette surface froide et rude. Car le cours du temps semble s’être arrêté. Le ruisseau temporel avait cessé de s’écouler dans la rivière de ma vie. J’avais froid. Des frissons arpentaient tout mon épiderme et des tremblements prenait possession de mon corps. Je me sentais dépossédé de mes muscles mais mon cerveau semblait fonctionner a plein régime. Tel un ordinateur en marche, mais sans écran. Exceptée que le moniteur de mes souvenirs, lui, continuait sa besogne. Il agissait comme un projecteur qui défilait le récit de ma vie. Je me suis vue enfants, jouant avec mon paternel dans la grange familiale. Mon premier chien ; Biscuit, poursuivant les petits rongeurs du terrain. Plus vieux, jeune adulte, alors que je demandais ma future femme en mariage. Mes deux magnifiques enfants, qui avait changé pour le mieux, le destin de ma vie. Tout ces souvenirs, au fur et à mesure qu’ils paradaient dans ma tête, créa une certaine joie dans mon esprit. Une paix intérieure venait emmieller ma douleur.

 
Alors que je ressentais l’équanimité grimper en moi, cette sérénité grandissante me donna la force Herculéenne d’ouvrir mes paupières. Lentement, la noirceur faisait place à la lueur des lampadaires éclairant la sorgue. Ma vision s’éclaircissait, peu à peu, jusqu’à ce que je puisse différencier les formes devant moi. Des bâtiments était érigé à ma gauche, et à droite, d’autres habitation. Sans surprise, l’ombre était toujours dressé à mes pieds. Mais elle n’était plus une silhouette, mais bien un être entier. Je pue même différencier quelques traits. Cheveux longs, yeux dantesques et le visage inanimé. Mais, le tout restait brouillardeux. La personne semblait tenir dans sa main droite, une espèce de canne. À son sommet, une énorme lame en forme de griffe animal. Elle portait aussi une longue toge, qui donnait une illusion de grandeur. Je me sentais minuscule, au côté de cet immense individu. Il n’avait pas bougé depuis. Il patientait.

 
Mes paupières, redevenu trop appesantis, se fermèrent sans mon consentement. Mais une lueur resta. Cette lumière grandissait. Mais a vrai dire, c’était moi qui s’en approchais. Je me sentais léger, et assouvie. Je ne sentais plus mon cœur. Comme si les battements n’était plus nécessaire. La froidure du bitume était maintenant remplacée par une chaleur douillette. Enivrante et réconfortante. Mes frissonnements avaient aussi disparu. La relaxante plénitude. Plus je m’approchais de cette illumination, et plus mon sentiment de sérénité se renforçait. La lueur était devenue si éblouissante, que tout était maintenant blanc. Je le ressentais maintenant. Je comprenais ou j’étais. Cette blancheur pure, était ma destination, et tout ce que le projecteur de mes souvenirs m’avait montré, n’était que mon chemin pour m’y rendre. J’y était. J’étais rendu. La fin de mon corps, et le départ de mon âme.
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