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Le cycle de la vie

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Cécilia Navarro

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FINALISTE
Sélection Public

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Comment te dire qu’à trente ans je ne t’envisage toujours pas, que j’hésite à te remplacer par un animal de compagnie, un husky, un chihuahua, je n’ai pas encore fait mon choix.
Comment te dire que la vue d’un nourrisson n’évoque en moi aucune compassion, que si tes cousins sont plus vieux c’est que leurs parents ont été bien plus courageux.
Tu crois que je ne vois pas clair dans ton jeu, tu mets sur mon chemin des gens heureux, mais je ne suis pas dupe, je sais que si l’on creuse un peu...
Pourtant, ton père, je l’ai rencontré plusieurs fois. T’aurais pu être blond, brun ou même roux mais à l’école les gosses t’auraient jeté des cailloux.
Et si un jour j’évoque l’horloge biologique, saisis ta chance, ce sera l’unique.
Je te prendrai en photo, je publierai sur les réseaux sociaux. Je raconterai que tu as le cul tout irrité, que tu viens de vomir ta purée.
Je t’écouterai me raconter qu’on t’a piqué ton goûter et comme il faut donner l’exemple je t’apprendrai à pardonner alors que j’aurai juste envie de te venger : « Dis-moi qui c’est, je te promets, je vais l’attendre à la sortie, j’appellerai quelques amis. »
Je voudrai t’apprendre tout ce que je sais mais tu ne me croiras jamais.
De toute façon je perdrai toute crédibilité le jour où je te raconterai que quand j’avais ton âge Internet n’existait pas... Tu vois tu ne m’écoutes pas !
Comment te dire que mon leitmotiv est celui-ci : « Ce n’est pas faire un cadeau à quelqu’un que de lui donner la vie ». Disons que je t’évite un paquet d’ennuis.
Tu ne sauras jamais qu’à cause de toi avec ton père on a failli se séparer, lui te voulait, moi j’hésitais. Bien sûr, je ne t’en parlerai pas, tu apprendras la culpabilité autrement, tu verras c’est perturbant.
Tu penseras que je suis programmée pour t’amener à ton cours de karaté de danse ou de poney mais la vérité c’est que ça me fait chier, il y avait un truc bien à la télé !
Tu ne liras pas dans mes yeux que je n’en peux plus, à quel point je suis abattue parce que papa est parti avec la voisine de palier, non ça on n’a pas le droit d’en parler, vas-y fais voir ton cahier on va colorier Mickey.
Comment ne pas t’interdire toutes les conneries que j’ai faites, j’ai beau me dire que celles dont je me suis sortie m’ont fait avancer, j’aurai tellement envie de t’épargner, de t'aider à réaliser que t’as des leçons à en tirer.
Je ne te dirai pas que la vie c’est dur, tu l’apprendras tout seul c’est sûr !
Et encore ne te plains pas il y aura pire que toi mais pour comprendre cet argument il faudra que tu apprennes à relativiser sérieusement.
Et attends de rencontrer la frustration, la jalousie ! Même la passion ou l’euphorie ne font pas le poids face à l’ennui.
Il paraît que je t’aimerai quand même, qu’avec toi j’accoucherai d’un instinct maternel jusqu’à présent bien caché, qu’un amour inconditionnel me fera oublier les dilemmes et la flemme.
Alors t’as vu t’as la pression, t’as intérêt d’être bon. Je te trouverai un joli prénom, j’espère qu’il te plaira, on va commencer par là.

Aujourd’hui j’ai quatre-vingts ans, je ne pensais pas vivre aussi longtemps. Tu pousses avec bienveillance mon fauteuil roulant dans le parc de la résidence. Il fait doux, les fleurs répandent dans l’air leur pollen allergisant. Je sens le vent dans mes cheveux gris, j’ai perdu tous mes amis. Mais toi t’es là. Et dire qu’à trente ans je ne t’envisageais toujours pas.

PRIX

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Gwénaëlle Aiello Chambon · il y a
Avec du retard mais qu'importe, magnifique.
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Arlo · il y a
J'étais passé à coté de votre excellent TTC et je vote avec un peu de retard. A L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie 2017. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bonne soirée. Cordialement, Arlo
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Jeanne Djoumpey · il y a
Bien vu! j'en aurais mis une couche supplémentaire dans le cynisme, mais c'est déjà très bien comme ça!!
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Mino · il y a
J'aime beaucoup ! :) mon vote !
si le coeur vous en dit : http://short-edition.com/oeuvre/strips/cabane-2

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Crystael · il y a
J'aime beaucoup ton écriture. Elle semble légère. Continue j'imagine qu'on t'admire.
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Fragment · il y a
J'étais un peu perplexe, je me demandais où tout ça allait mener, et en définitive ça nous mène là où il faut.
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Cécilia Navarro · il y a
Je ne sais pas s'il faut vraiment aller quelque part, en tout cas merci pour ce commentaire !
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Déborah Locatelli · il y a
Un texte qui percute et donne à réfléchir...Bravo pour l'écriture, les mots, la fin...tout.
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Cécilia Navarro · il y a
Merci beaucoup !
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Mick · il y a
Joli texte ! Une jolie façon de décrire les choses puis une belle manière de conclure. Ça donne à réfléchir, ça ouvre un peu les yeux et nous fait dire qu'un jour, on sera nostalgique d'un temps où ne voyais rien venir. Et puis, on sera déjà vieux. Bravo pour ce court mais intense écrit.
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Cécilia Navarro · il y a
Merci d'avoir pris le temps d'écrire ce commentaire, ça me fait chaud au coeur !
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Karine Tamara · il y a
Un texte qui me touche particulièrement et pour cause... Merci ! Un petit tour vers chez moi ?! http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/la-vieille-dame-du-rez-de-chaussee Merci !
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Marie Kléber · il y a
Un texte drôle et plein de sensibilité. Avant d'être mère on imagine, on se pose des tonnes de questions sur à peu près tout. On n'envisage pas le quart de ce que la vie représente avec un enfant à ses côtés. Mais on se demande déjà comment on assurera! J'ai beaucoup aimé.
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Cécilia Navarro · il y a
Merci beaucoup ! Effectivement ce que l'on imagine est toujours loin de la réalité mais il faut se lancer pour savoir ! Merci encore pour ce commentaire
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