Le cri du corps

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J’ai beaucoup changé et je pense pouvoir dire que je suis devenu beau. C’est du moins l’impression que fait mon reflet dans un miroir.
Je suis un assemblage harmonieux d’assez jolies choses qui attirent le regard et c’est agréable. Je suis fait de bras, d’épaules potelées, de seins fermes, d’un ventre et d’une taille bien dessinés, d’un dos légèrement cambré, de hanches généreuses, de fesses rondes et appétissantes , de longues jambes et je recèle, bien cachés, des trésors de plaisir. Le tout recouvert d’une peau douce.
Cela a un prix. On me prive, on m’entraîne, on me muscle... On me fait souffrir pour m’entretenir et m’embellir encore. Pourquoi ? Pour provoquer l’envie, le désir, inspirer le plaisir, inviter au toucher...
On me regarde, il arrive qu’on m’admire, je suis à l’origine de compliments et on sait me mettre en valeur. La perfection a même été évoquée... A tort bien sûr. Je veux penser que mes imperfections sont mes charmes.
Dernièrement on m’a même fait voyager. J’ai été envoyé à Athènes et placé dans un décor antique, envisagé comme la représentation d’une divinité. On m’a imaginé comme une source d’inspiration : effleuré sur une toile par les pinceaux d’un peintre, façonné dans de la glaise par les mains d’un sculpteur... Pour finir exposé au musée, caressé par le regard d’une foule admirative.
Tout cela est très beau et très flatteur n’est-ce pas ? Pas pour moi...

Le décor antique est superbe mais en ruines, tourné vers le passé et la divinité n’est qu’illusion. Moi je suis réel, vivant, présent et à l’aise dans un décor quotidien des plus simples.
L’exposition au musée c’est très bien pour une œuvre d’art mais je n’en suis pas une. Je ne suis que maître dans certains arts que je veux pouvoir exercer. Etre un objet inerte que l’on admire accroché au mur ou placé sur un piédestal n’est pas pour moi car je vibre, je veux bouger, servir, donner tout ce que j’ai en moi.
Peu m’importe d’être exhibé et apprécié aux yeux de tous car un seul regard compte. Effleuré, façonné, caressé... Oui mais par tes doigts, tes mains, ton corps, car c’est toi l’artiste qui sait me rendre beau et vivant. Je n’ai besoin que d’un seul peintre, sculpteur, admirateur et je ne le souhaite pas anonyme. Les faveurs inconnues me sont égales, c’est aux tiennes que je veux m’offrir. Elles seules me font frémir et m’insufflent l’envie. Une envie de tant de choses...
Regarde ma façon de me mouvoir, mes postures, mes attitudes... Prends cela comme autant de mots, de phrases et de ponctuations qui te sont directement adressés car je suis aussi doué de la parole, à ma façon. Je ne cesse de m’exprimer et de te parler. M’entends-tu ?
Quant à mon absence de mouvement ce n’est pas un silence... C’est un cri déchirant, un hurlement, un appel au bonheur...
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