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Le crayon qui voulait devenir écrivain

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Vasy07

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Un jour, un petit crayon, fut las d’écrire des mots et des histoires pour une main qui le dirigeait sans jamais lui être reconnaissante de sa bonne mine et de son courage. Il s’exerçait la nuit, et traçait des lettres, des mots, mais n’arrivait pas à construire des phrases, et, encore moins des histoires.

Jaloux, il décida alors d’arrêter de travailler pour cette ingrate, et fit en sorte que sa mine se cassa chaque fois que la main de l’écrivain se servit de lui. Pourquoi, lui, petit crayon, si serviable, ne pouvait-il pas partager la gloire de cet auteur, alors qu’il participait à chacun de ses récits ?

Il sentit, avec un certain plaisir, l’énervement des doigts qui le serraient chaque fois que sa mine cédait. Mais sa joie fut de courte durée : il atterrit dans la poubelle, sans autre forme de procès. De loin il vit la main se saisir d’un de ses semblables, et, se remettre au travaille, sans plus attendre.

Déçu, il se mit à pleurer devant tant d’indifférence, quand, derrière lui, une petite voix attira son attention. Il réalisa, alors, qu’il n’était pas seul dans cette poubelle. Une feuille de papier froissé le regardait tendrement, et, lui demandait :“— Hé! Bien! Pourquoi pleures-tu ? ”

Sans attendre de réponse elle enchaîna :
“ — C’est notre destin de finir ainsi. Mais ce n’est pas la fin du monde. Moi-même, je suis du papier recyclé, j’ai connu tant de belles histoires, je connais tant de choses sur le monde! Toutes mes amies les pages te le diront, ta vie n’est pas finie. ”

Le petit crayon se mit à sangloter :
“ — Je m’en fiche, je veux devenir écrivain! Moi aussi, je connais les histoires! Je veux les écrire, je veux la gloire, je veux qu’on dise :
— C’est lui le petit crayon! C’est lui qui, par ses mots, nous apporte du rêve et de la poésie. ”

Et la page de répondre :
“ — Mais regarde, regarde-moi, les mots que tu vois là, c’est toi qui les as écrits cette nuit, et la nuit dernière : arbre, château, rivière, pont, cheval...Il faut plus que des mots pour savoir écrire. Les lettres deviennent des mots, les mots deviennent des phrases, les phrases des récits. Mais pour cela le talent est nécessaire, c’est lui qui leur donne une âme. As-tu du talent ?

— Heu!...! Non. Je ne crois pas, reconnut le crayon. ”Devant cette triste révélation ses larmes se mirent à couler de plus belle.“ — Mais tu as d’autres qualités, renchérit la page, tu sers ce talent, avec nous les pages, tu es l’une des plus belles inventions de l’humanité. Les hommes le savent bien, mais ils ne vont pas le rabâcher sans cesse, dans chaque ouvrage. ”

Les pleurs cessèrent, le petit crayon comprenait, il voulait se racheter, mais il était trop tard.Une main saisit la poubelle et l’emporta pour la vider dans une plus grande encore, celle qui se trouvait devant la maison, dans la rue...“ Ha! Non! Se dit le crayon. C’est trop tôt, j’ai du travail!”Et, d’un soubresaut désespéré, il s’échappa de sa prison pour retomber sur le trottoir.

Là, il resta longtemps, seul ou presque: des tas de chaussures le piétinaient, le bousculaient, le maltraitaient, tant et si bien qu’il finit par rouler dans le caniveau.
“ Quelle fin tragique! Ah! Qu’il était bon le temps où cette main chaude l’utilisait! ”...

...Soudain il réalisa qu’il était de nouveau dans une main, froide peut-être, mais une main! C’était bien des doigts qui le manipulaient, et, l’amenaient tout près de deux yeux tristes et vides.

Il aurait bien voulu redonner du courage à ces deux yeux là, mais que pouvait-il faire, lui, petit crayon? Il avait cessé de pleurer sur son sort et aspirait à redonner du bonheur par le bout de sa mine. Le regard de l’homme le fixait intensément, quand, du fond de ces prunelles sombres, il crut voir jaillir une étincelle. Mais oui! Les yeux s’illuminaient!

Et, bientôt, il se retrouva à recouvrir du bout de sa mine des pages froissées et sales.Il écrivit longtemps, longtemps, des contes, des nouvelles, des récits. Toute la richesse d’une vie d’orphelin, devenu clochard, abandonné de tous; et, qui décida, un jour, grâce à un petit crayon trouvé dans la rue, de se battre en apportant du bonheur à tous les enfants du monde par de belles histoires.

Tous ces ouvrages furent édités, le regard triste se remplit de bonheur, la main serra fort le petit crayon, et, avec lui, traça ces mots de dédicace sur la première page de l’histoire de sa vie :

Petit porte-mine
Grâce à ta bonne mine
Tu m’as sauvé la vie!
Nous avons réussi!
L’inspiration tu m’as donnée,
Ma reconnaissance tu as gagnée!
Mon pseudonyme sera
Mr. Porte-mine!

Le petit crayon, très fier, ne pleura plus jamais. Son plus grand rêve s’était réalisé, il était devenu écrivain.
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