2
min

Le couteau

Image de Juliane Ginger

Juliane Ginger

41 lectures

4

Ses bras m’entourent, je colle ma tête au creux de son épaule, mon nez renifle son odeur familière comme un chien son maître. Je me surprends même à le lécher du bout de ma langue, ce carré de peau que je connais si bien, sucrée, salée, comme pour m’assurer qu’il est bien là.

Mon corps que je traine depuis des mois me pèse de tout ce poids que j’ai pris, stocké. Mes mains effleurent ma taille, j’y découvre deux bourrelets où mes doigts peuvent jouer à slalomer. Mais je m’en fiche, je suis dans ses bras, c’est le plus important non ?

La chaleur moite du climat finit par m’envelopper et je trouve enfin le sommeil pourtant je ressens une pression au niveau du thorax. Un point qui ressemble à un couteau enfoncé dans ma chair et dans mes os.
Je l’entends me parler dans son sommeil, je suis réveillée, j’écoute ses mots.
Puis soudain, mes oreilles se redressent, à l’affût. Je n’ose pas le croire, il me dit « mi amor ». Ma tête se tourne vers son visage, il dort profondément, il parle en dormant.
Pourquoi pas « mon amour » ou juste mon prénom ?

Le couteau dans ma poitrine n’en finit pas de me déchirer, comme si une main imaginaire s’évertuait à me torturer davantage.

Comme un animal en danger, je me dégage de ses épaules.
Une idée me traverse l’esprit, une petite voix intérieure m’appelle et me dit « vas voir » !

Mes pieds me portent jusque de l’autre côté du lit, pour parvenir à la table de chevet où est posé son portable. Mes mains tremblent, mon cœur s’affole, j’ai peur.
Je fais ce que je n’aurais jamais dû faire et ce que je n’avais jamais fait avant, je fouille les messages de son téléphone.
Ma recherche ne sera pas longue, je découvre une multitude de messages échangés en espagnol avec une femme, ses mots à lui, ses mots à elle.
Je les comprends, ils sont chacun des entailles qui me marquent, me blessent, me tuent.

L’endroit où nous dormons n’est pas sécurisé, un long couteau traîne toujours sous notre lit, au cas où...

Ce cas précis, si quelqu’un venait à surgir dans la nuit.
Je la sens, elle, cette inconnue qui s’est infiltrée entre nous pour nous séparer.
La nuit est si chaude et presque calme, des perles de sueurs dégoulinent sur mon corps, je ne sais plus si c’est d’avoir trop chaud ou d’avoir trop peur.

Le couteau est maintenant dans ma main droite. Curieusement, son toucher me rassure, et affaiblit la douleur dans ma poitrine. Je pose sa pointe sur mon plexus, je le fais tourner un instant. La douleur s’en va. Je le vois là, endormi, je lève mon bras armé de cette longue lame. L’idée m’obsède, je suis trompée, je dois réparer, solutionner ce problème. La colère gronde en moi, la rancœur, l’humiliation, le parjure...Ma tête tourne, je sens un vertige, je vois défiler leurs mots échangés.
Je dois le faire, pour lui, pour nous.


Mon corps se blottit à nouveau dans ses bras et j’ordonne à mon cerveau de tout effacer et il obéit. 5 ANS se sont écoulés depuis, je n’ai pas oublié mais cette nuit là, j’ai failli le perdre.
4

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Juliane Ginger
Juliane Ginger · il y a
moment délicat où une vie peut basculer
·
Image de Patricia Burny-Deleau
Patricia Burny-Deleau · il y a
Génialement décrit cet instant de folie où tout pourrait basculer !! Ouf, la raison l'a emporté !
·
Image de Michele Rizzardi
Michele Rizzardi · il y a
Ah ! Je dis OUI !
·