Le coupable

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Le gratte-papier était innocent. Il le clamait du haut du toit de la pagode dans une harangue tonitruante. Les mots tombaient comme des larmes, sur les curieux, le nez en l’air, qui regardaient le petit homme recroquevillé sur sa gouttière. Quand il eut fini de parler, des larmes tombaient encore, vides de mots et se brisaient en mille éclats sur l’asphalte. Cela faisait des petits débris craquants sous la semelle des passants qui suivaient le regard des curieux, toujours le nez en l’air, guettant le gratte-papier qui avait fini de parler. Il s’était assis dans la gouttière, jambes ballantes sur le vide, berçant son innocence en arrondissant ses deux bras. L’innocence était transparente, vierge de rayures, lisse, tellement nue qu’au regard des curieux, elle n’apparaissait pas. Et les voilà qui crient : « Supercherie ! Nous sommes trompés ! ».
L’innocence s’était endormie dans les bras du petit homme qui la berçait prudemment. Il la voyait si parfaite, si recueillie dans son sommeil et malgré son désir de l’effleurer du bord sensible de ses lèvres, il retenait son souffle, figé dans une posture suspendue.
Les passants n’étaient pas contents, ils s’attendaient à un scandale, un forcené sur sa gouttière mais l’innocence était endormie, le petit homme ne criait plus, il balançait les jambes là-haut, au dessus d’eux. Alors les passants crurent à l’insolence, ils ramassèrent les cristaux de larmes éparpillés sur l’asphalte et les tassèrent en boules. La cible était immobile, incrédule, doublement innocente. Le tir était imprécis, malhabile, obstiné, bête mais le hasard voulut que l’innocence fût touchée au cœur de sa transparence, qu’ainsi meurtrie, elle se dissipe, fluide comme un gaz très volatil et disparaisse.
C’est ainsi que le gratte-papier fut déclaré coupable.
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