Le couloir du rien

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Nom d'une fée de l'eau, âme d'une fille de l'air, vous pouvez m'appeler par mon pseudo, Alphafoxzankee, à prononcer le plus mal possible. Mauvaise poète. Fana d'envolées lyriques sans fin  [+]

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Au début on ne savait pas trop ce que c’était censé être.

Peut-être que quelque part dans un labo très blanc et très propre, il y avait vraiment deux ou trois scientifiques en blouse très blanche et très propre qui savaient parfaitement ce qu’ils faisaient.
Moi, ma blouse n’était plus blanche depuis longtemps, et logiquement plus très propre. Et par conséquent, je n’avais pas plus que quiconque la moindre idée de ce que ce truc brillant et vibrant allait faire.

C’était un monstre de gros truc, celui qui faisait hystériquer sévère dans toutes les religions du monde à ce moment-là. Et que le père, le fils, et le saint-esprit venaient nous punir de nos péchés. Il faut tout de même avouer que ça faisait peur avec sa fâcheuse manie d’avoir l’air beaucoup plus vivant que ça ne devrait l’être.

Pourtant, l’Apocalypse n’est pas arrivée. Pas comme l’Apocalypse arriverait en tout cas. Y’a bien eu des morts piétinés ou écrabouillés contre les murs des bunker à cause du nombre, plus quelques étouffements en prime, mais on ne pourra jamais vraiment qualifier ça de châtiment divin ou d’un autre truc du genre. C’était juste les humains en train de faire les humains comme d’habitude. Sinon c’était juste un jeudi.

Bon, là c’est un peu moins marrant.
En fait pas du tout.

C’était une porte.

Un genre de porte, de portail spatio-temporo-machin comme dans les films avec la lumière et la spirale de vide. Et ça vivait — je le jure, c’était parfaitement vivant. Je m’en suis approché tout près. Je l’ai vu de mes propres yeux, je l’ai touché de mes propres mains, je l’ai traversé.

C’est là que ça devient bizarre.

Le portail était une espèce de tunnel spongieux et dégoulinant une fois qu’on avait passé les dix secondes d’étoiles mauves qui flashent dans tous les sens. Je devais me plier en deux pour y passer, et mes épaules raclaient les murs boursouflés de ce couloir d’horreur. Plus j’avançais et moins j’avais d’espace. Je finis par me déplacer en convulsant vaguement au sol, respirant à peine, le corps comme broyé par ces parois musculeuses, quand enfin l’air atteint à nouveau mes poumons et la lumière ma rétine.

Je me trouvais dans une sorte de pièce blanche, vraiment très très blanche, qui ne contenait rien d’autre qu’un vague trou rose vif palpitant dont je venais de sortir, trou qui s’évanouit bien vite dans le néant. Ne restait que moi dans la salle.

Je ne sais même pas combien de temps j’ai passé à tourner, et tourner, et tourner dans cette foutue pièce si blanche et si immaculée. Est-ce que la notion de temps s’applique seulement à elle ? Pas de réponse. Pourtant j’ai hurlé. J’ai pleuré. J’ai supplié, murmuré, prié, j’ai demandé, exigé, réclamé à corps et à cris qu’on me fasse sortir de cet enfer couleur folie, et je n’ai jamais rien entendu en réponse d’autre que l’écho de ma voix.
Douze. Depuis douze je suis sorti de la salle. Treize. Treize de liberté. Tic, tac. Quatorze, quinze.

Je suis simplement passé à travers le mur. Rien n’était plus réel, et je me suis senti glisser le long de la perspective d’existence de ce mur pour me retrouver dans le couloir du rien.

Tout dans ce couloir n’est.

Pourtant c’est une porte.
Je le sais.
Je le sens.

Tic, tac, fait le rien. Tic, tac, lancine-t-il dans le vide. Tic, tac, rit-il de moi.

Et je passe plus loin. De l’autre côté de la porte. Je fuis le tic-tacage abrutissant du couloir du rien, et la porte se ferme derrière ma dépouille tic-toquée.

Tout ici n’est que portes. Chacune d’entre-elles débouche sur d’autres, qui débouchent sur d’autres, qui débouchent sur d’autres, et celles-ci débouchent sur les premières, qui mènent à encore d’autres portes, qui conduisent à des portes de plus en plus nombreuses ; et dès que j’en passe une, une autre se ferme, une autre disparaît, une autre naît, et puis j’en passe une autre.

Je perd l’esprit.

J’étais un scientifique autrefois. Avant. Loin. Longtemps.

Pourtant, rien ne m’aide dans ces portes. Tout est abscons, idiotique et flou. Elles se ressemblent toutes, et mon esprit ne peut pas les séparer. Ce casse-tête douloureux ne s’arrêtera donc jamais ? La logique ne m’y est d’aucun secours.

Combien y’en a-t-il eu ? Combien y en aura-t-il ?

Je dois passer la prochaine porte.

Peut-être qu’elle me mènera quelque part ?

En tout cas j’espère que les scientifiques de dehors s’amusent bien. Je ne sais toujours pas ce que c’est censé être, ce portail. J’aimerai juste que quelqu’un d’autre se le demande un peu trop.
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