Le coucou rose

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Mon déménagement est proche, les cartons sont faits, il ne reste plus qu'à...
Avec une amie, nous décidons d'aller faire du shopping, voir ce qu'il y aurait de beau pour agrémenter mon nouvel intérieur.
Dans la masse de bibelots de tout genre qui appellent à l achat, mes yeux se posent sur un objet étrange, un coucou rose bonbon.
Il est moche et beau en même temps, vieux et moderne, il ne va avec rien et de fait avec tout, de mauvaise facture et pourtant si attendrissant. Une tête de cerf prône en haut, un cerf rose quelle idée, deux écureuils mangeant des noisettes sur chaque côté du cadrant et des edelweiss aussi, 3 pives de pins y sont suspendus. La couleur est unie, le concepteur n'a pas voulu faire d'effort pour mettre en avant un élément, mais que lui est il passé par la tête ?
La flemme peut être, plus qu'un choix ? Je craque; il me ressemble, inadapté dans ce décor sensé plaire et donner envie, il devient mien, je ne réfléchis plus qu'avec l'envie, l'envie de montrer qui je suis à travers un objet de décoration, idée toute aussi folle que ce coucou.
Arrivée dans ma nouvelle antre, je l'installe en bonne place au milieu de rien pour qu'il soit bien au centre de l'attention.
Les invités de passage chez moi ont diverses réactions, mais une en particulier; ils ne l'aiment pas, car il est trop singulier, trop voyant et ne comprennent pas mon achat.
Chaque heure, le petit oiseau en plastique sort et chante son coucou, 3 fois pour 1h00, 12 fois pour 10h00, il n'en fait qu'à sa tête, en plus, il me ressemble.
Je ne cesse de l'admirer, comment peut on s'attacher à ce point à un objet?
Un soir, un des invités casse un bois du cerf. Je ne fais que l'aimer encore plus, le repare avec un peu de colle et lui parle de mes blessures, collées par des sourires. On ne voit rien, même si la fissure est bien présente.
Il fait coucou, je ris à gorge déployée, jamais dans le bon timing mais qu'importe, nous exécutons ce pour quoi on nous aime.
Puis il fatigue, il faudrait changer les piles, mais je suis fatiguée moi aussi alors je me sens moins seule, l'oiseau ne se donne plus la peine de rentrer il est en position prêt à chanter, tandis que moi je ne me donne plus la peine de sortir, en position prête à abdiquer.
Maintenant, il sonne aux moins 10, je me demande pourquoi ? Déjà qu'il n'a jamais sonné les bonnes heures, maintenant, il est en avance de 10 minutes. J'aime cet avertissement des heures piles qui vont tomber, cela me donne l'impression d'être plus alerte que les autres.
Le changement à l'heure d'été est fait depuis 2 mois, je me décide enfin à faire le changement sur mon rose coucou.
Je décide de le régler pour qu'il sonne à l'heure, il faut bien faire un effort pour être comme les autres.
Il ne sonne plus, vexé peut être, serait il en colère car j'ai voulu changer son disfonctionnement ? Un silence comme une invitation à l'introspection. Je suis triste de ne plus l'entendre chanter, je le regarde avec tendresse et décide de l'aimer encore malgré sa bouderie. Et puis la différence ça fatigue, c'est un effort de chaque instant, il faut avoir du caractère et de la force pour être unique et rester soi même, rose bonbon au milieu du gris, anxieuse au milieu de l'insouciance.
Demain, je changerai à nouveau ses piles, je lui donnerai une nouvelle jeunesse, et j attendrai avec impatience qu'il me fasse un nouveau caprice, me montre une nouvelle facette de lui, de moi.
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