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Le contrat

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Thara

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1910

FINALISTE
Sélection Public

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— L'impact des gouttes sur le métal de l'évier, glisse lentement, c'est sûr cela me fait penser à vous !
— Je ne comprends pas, madame Causson.
— Il n'y a rien à comprendre, monsieur Flavert.
— Que voulez-vous dire ?
— Je regrette déjà, croyez-moi monsieur Flavert, de vous avoir confié cette affaire. Six mois se sont écoulés, et vous n'avez pas fait votre travail. Je vous ai dit de passer pour mettre un terme à notre contrat et vous informer que j'ai trouvé un acheteur.
— Quoi... Mais, qui est votre acheteur ?
— Creusez-vous les méninges, monsieur Flavert. Vous m'aviez dit que vous connaissiez beaucoup de monde, alors qu'il n'est rien.
— Parlons-en ! À qui la faute? Vous avez voulu faire votre prix, un prix qui est au-dessus du marché actuel. Je vous avais prévenu! Et même si votre maison possède un très grand jardin à l'arrière, elle est en très mauvais état. Il y a des courants d'air partout, les pièces sont glacées en hiver, de même qu'en été : on a la chair de poule. Des travaux de rénovation sont à prévoir, vous devez en tenir compte...
— Voilà qui est dit. Reprenez votre haleine, vous allez vous étouffer ! Je ne vous retiens pas. Au revoir, monsieur Flavert...

Deux semaines plus tard...

— Entrez donc, monsieur Remany. Je vous attendais. Avez-vous fait bonne route ?
— Une agréable route malgré ce froid, madame Causson.
— Je vais nous faire un thé, peut-être que cela vous réchauffera un peu. Vous pouvez faire le tour du propriétaire, en attendant.

Pauline se dirigea vers la cuisine et mit de l'eau à bouillir.
Monsieur Remany passa la tête par la porte.

— Eh bien, vous avez déjà fini votre petit tour ?
— J'avais fait une visite poussée la semaine dernière, avez-vous oublié ?
— Je n'ai pas oublié, mais quelquefois un deuxième regard peut être décisif. Gardez bien à l'esprit que vous ne pouvez pas construire sur le terrain. Même si vous rasez la maison vous n'aurez plus que le terrain. Et il n'est pas constructible. Réfléchissez bien avant que l'on ne signe le contrat de vente.
— Ce n'est pas un problème, madame Causson, j'en suis bien conscient.
— Alors, tout est dit.

Pauline versa l'eau dans la théière et la porta au salon.

— Vous êtes toujours d'accord pour acheter ma maison ?

Monsieur Remany prit place sur le fauteuil et dit :

— Toujours d'accord, madame Causson. Je vous donne quarante mille euros cash comme convenu, plus cinquante mille euros par chèque bancaire.

Pauline sortit les documents de la vente et les déposa sur la table.
Après avoir signé le document, il poussa le contrat vers elle.

— Bon, si cela ne vous dérange pas, monsieur Remany, avant de vous signer les documents, je vais faire l'encaissement.

Il sortit une pochette de son imperméable, et lui dit :

— Dans cette pochette, vous trouverez quarante mille euros en billets de cinq cents euros. Et, dans l'autre enveloppe, vous avez un chèque de banque encaissable de suite, comme convenu.
— Cette vente sera conclue dès que j'aurai fini de compter le contenu de cette pochette. En attendant, si vous souhaitez une tasse de thé, servez-vous.
— Je ne bois pas de thé, merci.
— Vous buvez de l'alcool ?
— Oui.
— Vous avez une bouteille de whisky posée sur le meuble du salon, faites comme chez vous !

Pauline compta deux fois les billets contenus dans la pochette.

— Le compte est bon! Alors, on fête cela ?
— Je serai très heureux de boire ce verre, mais vous n'avez pas encore signé le contrat.

Pauline prit le stylo et signa les documents.

— Je vous laisse tout le contenu de la maison. Je prends juste ma valise et je passe un coup de fil pour appeler un taxi.
— D'accord, madame Causson. Je vous invite à passer tout de suite le coup fil. Le temps que votre taxi arrive...
— Oui, mais ne soyez pas trop impatient de me voir partir.
— Plus vite vous aurez passé votre coup de fil, plus vite nous boirons notre verre, c'est ce que je voulais dire.

Pauline passa son coup de fil et revint au salon.

— Mon taxi arrive dans dix minutes.
— Eh bien, je vous invite donc à l'attendre sur le perron. Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, j'ai quelques coups de fil à passer maintenant.
— Et ce verre alors ?
— Eh bien, je le boirai sans vous, madame Causson.

Il raccompagna Pauline jusqu'au perron et referma, derrière elle, la porte à clé.
Pauline se dit qu'il était bien impoli de la jeter dehors ainsi. Ils avaient convenu un accord à la signature et à la remise de l'argent, elle devrait quitter les lieux et lui donner les clés de la maison. Ce qui fut fait, à son grand soulagement.

Une fois la porte refermée Remany courut ouvrir la porte qui donnait sur le potager, en s'exclamant : « Ah cette vieille bique! Elle lui en a fait baver, avant de lui vendre cette vieille bicoque toute délabrée. Elle croyait avoir fait une affaire, ah ah ah... Si elle avait su que, sous son pommier flétri, dormaient deux millions d'euros, elle aurait eu une crise cardiaque. »

Remany trouva une pelle dans la vieille remise en bois. Il se dirigea vers le cinquième pommier et se mit à creuser tout en pensant à Marco qui l'avait envoyé en mission d'infiltration pour récupérer le colis volé, il y a six mois, par Sophie Causson, la petite-fille de Pauline.
Cette petite garce l'avait intercepté avant une transaction de blanchiment pour leur compte. Elle l'avait payé de sa vie avant qu'elle ne puisse dire où se cachait leur magot.
Des sbires avaient été envoyés et ne sont jamais revenus. Carlo a lancé des recherches dans tout le pays pour les retrouver. Ils se sont tous évaporés.

Après la fusillade qui avait coûté la vie à Sophie, rue de la Gloire, il y a six mois, Carlo a décidé de faire appel à lui.
Et, à force de persuasion et d'entêtement, il a réussi à installer un climat de confiance entre la vieille et lui. Il a fini par acheter cette bicoque, où il savait que Sophie avait caché l'argent.
Ce magot était enterré sous le cinquième pommier chez la grand-mère de Sophie. L'info était venue de Milla la copine de Sophie, qui était aussi la maîtresse de Remany.

Il sentit que la pelle touchait quelque chose de dur, il la reposa et continua à la main.
Ses mains touchèrent une boîte en métal. Il la posa sur le rebord du trou et l'ouvrit. Il y avait une feuille pliée en deux qu'il déplia et lut ce qui y était inscrit :
« Le paquet est enterré sous les pêchers dans un périmètre de six mètres. »
Il se dirigea vers les pêchers et commença à piocher.

Au bout de quelques minutes, il sentit quelque chose de dur. Il gratta à la pelle un corps, puis un deuxième et un troisième... C'est au cinquième cadavre qu'il comprit qu'il ne trouverait plus l'argent.
La vieille l'avait berné. Mais ce qu'il ne comprenait pas, c'est comment elle avait fait pour tuer des tueurs professionnels.
Il se mit à frissonner...
L'argent, il ne le trouverait pas, c'était plus qu'une certitude.

Il déposa la pelle sur le corps du sixième cadavre à peine déterré et se laissa tomber sur la terre retournée.
Cette petite vieille l'avait berné, et force est de reconnaître que c'était un monstre, il n'avait pas encore les réponses.
Ce qu'il savait, c'est qu'elle avait manigancé un scénario glaçant, alignant six cadavres, de quoi faire frissonner le tueur endurci qu'il était.
S'il ne revenait pas avec l'argent, il était sûr d'y passer.

Remany se releva et alla vers le salon. Inutile de fouiller la baraque, il ne trouverait pas l'ombre d'une pièce de cinq cents.
Il se mit à réfléchir, attrapa la bouteille de whisky que la vieille avait laissée sur le buffet et se versa un demi-verre tout en se dirigeant vers le fauteuil. Il s'y laissa tomber, tenant d'une main la bouteille et de l'autre le verre qu'il but d'une traite.
Resservant une autre rasade, un autre verre...


À l'autre bout de la ville, madame Causson dit au chauffeur de taxi :

— Ramenez-moi chez moi, j'ai oublié mon passeport, s'il vous plaît !
— Bien Madame. Mais le compteur tourne et vous avez déjà quarante trois euros au compteur.
— Ne vous inquiétez pas, se sera l'affaire d'une minute... Et, puis je crois que j'ai oublié d'éteindre la lumière de chez moi. Que voulez-vous, je suis tête en l'air ces temps-ci.

Arrivée devant chez elle, elle introduisit la clé et rentra.

Elle aperçut monsieur Remany dans le fauteuil. Elle se dirigea vers lui, il avait les yeux vitreux. Elle lui tâta le pouls, aucun signe de vie.
Elle attrapa la bouteille de whisky et la vida dans l'évier.

Son plan avait fonctionné à merveille, tout s'est déroulé comme elle l'avait prévu.
Le curare avait agit rapidement.

Elle ramassa les contrats de vente qu'elle mit dans son sac, à côté des deux millions d'euros qu'elle avait échangés la semaine dernière contre quelques diamants taillés, plus faciles à transporter.

Sa petite fille pouvait reposer en paix, maintenant.
Son billet pour l'Espagne, acheté la semaine dernière, elle n'avait plus rien à faire ici.
Elle éteignit toutes les lumières, ferma la porte à clé et s'engouffra dans le taxi...

PRIX

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1910

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Rachel Weintraub · il y a
Brrrr, mieux vaut se méfier des apparences ! Simple et efficace la Mamie ^^ J'ai pris plaisir à lire cette vieille nouvelle :)
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Thara · il y a
Plaisir partagé...Merci !
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Charlette · il y a
Machiavélique cette madame Causson !
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Thara · il y a
Merci pour votre lecture et vote !
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Laetitia Beau · il y a
J'ai beaucoup aimé, bravo !
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Thara · il y a
Merci Arcubius, ravie que ce récit vous plaise !
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michel jarrié · il y a
On revisite ce bijou avec autant de délectation.
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Thara · il y a
Merci Jarrié, heureuse que ce récit vous plaise !
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Tonton Harry · il y a
Mon vote j'aime
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Thara · il y a
Merci, pour avoir aimé ce récit et, pour votre vote !
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Maud Garnier · il y a
une petite mémé rusée, et sa petite fille vengée :-)
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Thara · il y a
Merci, d'être passé me lire !
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Crisis · il y a
Ah super ! Merci !
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Thara · il y a
Merci, pour votre lecture !
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Issouf Sankara · il y a
Cool! Mon vote.
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Thara · il y a
Merci Issouf, pour être passé me lire, commenter, et voter !
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Chrys Demange · il y a
Trop tard, mais j'ai aimé.
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Thara · il y a
Il n'est jamais trop, pour lire et, aimer !
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Claire Courtial · il y a
Passionnant et si c'est fini tant pis, j'ai adoré... Thara.
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Thara · il y a
Heureuse, que ce récit vous plaise !
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Claire Courtial · il y a
Encore un grand bravo, Thara !
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