Le collectionneur d'instants

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J’aime le temps, tic, tac.
L’horloge dans la cuisine de ma mère marque 6 heures, 6 heures du soir, je précise.
J’ai attendu comme tous les jours qu’elle rentre du travail. Je l’ai aidée à retirer ses souliers déformés par ses oignons.
J’aime cet instant où l’odeur un peu âpre de ses chaussettes humides effleure mes narines.
C’est un rituel entre nous, une danse langoureuse. Pour rien au monde je ne manquerais son retour à la maison. C’est pour cela que je ne travaille pas. Je ne cherche même pas d’ailleurs. Quel employeur peut dignement embaucher quelqu’un qui doit impérativement à 6 heures enlever les chaussures à sa mère ?
Je précise que je ne suis pas un fétichiste. C’est mon père qui m’a formé. Lui non plus n’a jamais travaillé. On ne vit pas aux crochets, mais simplement aux pieds de ma mère.
Telle une statue adorée, nous nous prosternons.
Et puis un jour, ma mère n’a plus voulu me donner son pied.
«  Il est temps que tu ailles prendre des pieds ailleurs » qu’elle m’a dit. Sur le moment, je n’ai pas tout compris. Je me suis pris les pieds dans le tapis en voulant encore une fois l’adorer. Mais elle faisait une drôle de tête, une tête de six pieds de long.
« Arrête de faire ta tête de mule » qu’elle m’a dit.... que ce tête à tête l’entêtait... qu’elle en avait plein le dos... qu’elle avait suffisamment courbé l’échine....qu’elle se faisait un sang d’encre pour moi... qu’il fallait que j’arrête d’avoir la tête dans les nuages....et qu’il valait mieux que j’ai les pieds sur terre.
Je ne sais pas comment c’est arrivé...
Mon pied a explosé la tête de ma mère. Elle git à mes pieds... j’ai adoré cet instant
Je crois que je vais devenir collectionneur.
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