Le Collectionneur

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un rêve jusque là inaccessible, partager avec des inconnus ces instants devant sa page blanche.Un vertige comme un saut en parapente , moi qui claque des dents sur un tabouret....Une affaire  [+]

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LE COLLECTIONNEUR


La Taverne Noire creusée dans une montagne de critorium noir luisait doucement à la lumière douce des boules de lumière. Les petits champignons luminescents posés sur chaque table creusée dans la masse de critorium ajoutaient une ambiance cosy au lieu loin du tumulte extérieur. D'instinct , les clients baissaient la voix. Là se faisaient les confidences. Là se traitaient les affaires légales et les autres. A l'annonce de la Grande Catastrophe, les terriens s'étaient entassés dans le moindre vaisseau, la moindre fusée encore en état de fonctionner pour foncer vers leurs maisons secondaires sur la petite planète d'Adïa, ruinant, ainsi, par leur arrivée massive l'équilibre fragile de l'astre. Les heurts entre terriens et actïans avaient été nombreux et intenses. Une trêve incertaine régnait cependant depuis quelques semaines. Deux amis en avaient profité pour se retrouver dans la Taverne Noire. Baissant la voix, Harus et Thébor s'échangeaient les banalités d'usage semblant attendre un visiteur. Marchands tous les deux, ils se réjouissaient de la trêve permettant la reprise des affaires. Mais, le commerce fragile pouvait s'arrêter à tout moment. Pour faire un maximum de profits, il fallait pouvoir taper vite et fort sur le marché. Les riches d'Adïa se lassaient vite. Il fallait leur apporter sans cesse des nouveautés pour espérer gagner leurs faveurs pécuniaires. Le commerce des denrées de première nécessité ne les intéressait pas. Les pauvres c'étaient pas pour eux. Ils pouvaient aller se faire voir ailleurs avec leur misère. La rareté était leur credo.
Un nouveau client s'arrêta devant la porte cochère de la Taverne Noire. Une petite créature, le narbonnier, sortit de sa guérite placée au dessus de la porte. Une petite créature toute mignonne aux plumes multicolores muni d'un long museau faisait office de vigile. Son odorat d'exception faisait passer à chaque arrivant un examen olfactif poussé. Rien ne lui échappait. Si quelqu'un s'avisait d'avoir sur lui une substance illicite, le narbonnier se jetait sur lui ouvrant sa gueule pourvue de dents acérées arrachant , dans un cri de douleur, un lambeau de peau pour prix de la traîtrise. La sévérité extrême de ce vigile très spécial avait remis de l'ordre dans la Taverne Noire, autrefois un bouge infâme. Si trafics, il y avait, prière de les faire ailleurs, le message du nouveau tenancier était limpide. Le nouveau client avait passé l'examen et pénétrait dans la taverne sombre, promenant son regard sur les clients attablés. Satisfait, il approcha d'Harus et de Thébor et s'asseya à leur table. Attablés, ils commandèrent trois verres de vipurine, une sorte de liqueur provenant d'une fleur. La macération avec de petits insectes lui donnait un goût boisé très apprécié et augmentait le degré d'alcool. Silencieux à l'arrivée du serveur, ils reprirent leur discussion lorsqu'il se fut éloigné.
Qui êtes-vous ? Demanda Harus
Je souhaite rester anonyme. Sachez seulement que je suis terrien et que je viens d'arriver sur Adïa, répondit l'inconnu
Comment devons nous vous appeler alors ? Poursuivi Thébor
Appelez moi le Collectionneur
Que voulez-vous ?
J'ai apporté avec moi une collection dont je souhaite me séparer.
Pourquoi ?
Le voyage coûte cher. S'installer ici aussi. J'ai un besoin urgent d'argent frais.
Qu'est-ce que c'est cette collection ?
Une centaine de fioles
Allez les vendre ailleurs. On n'est pas des brocanteurs, s'emporta Harus en faisant mine de se lever.
Alerté par cet éclat de voix un autre narbonnier plana au-dessus, chargé d'assurer la sécurité et la sérénité à l'intérieur de l'établissement. Immédiatement, Harus se rassit calmement.
Attendez un peu, ce ne sont pas les fioles qui comptent mais leur contenu, chuchota le collectionneur.
L'homme se pencha en avant et révéla son secret à l'oreille d'Harus éberlué. Stupéfait, personne ne lui avait proposé un telle marchandise.
Pourquoi ne pas vendre la marchandise aux enchères ? Demanda Harus
Disons qu'il me manque certains papiers officiels pour une vente publique. Le vrai proprio des fioles n'a pas eu le temps de me donner les papiers avant de passer l'arme à gauche. Vaut mieux rester discrets, révéla le Collectionneur
Va falloir prouver tout cela dit Harus.
Avec des gestes presque tendres, le Collectionneur sortit de la poche intérieure de sa veste une petite fiole grise comme une petite gourde de fer blanc cabossée. Le goulot, très large, avait une petite manette sur le côté. Le Collectionneur la tendit à Harus. Celui-ci la prit et la porta à son visage près de son nez. Il tourna la manette provoquant la sortie d'un masque qui s'ajusta, automatiquement à son visage . Harus inspira et inhala le contenu de la fiole. Il ferma les yeux et sembla irradier de bonheur. Le temps fut suspendu. Plus de Taverne Noire, plus d'atmosphère étouffante,il était là ou il aurait tant aimé être, sur le versant d'une montagne dont le sommet tapissé de neiges éternelles étincelait. Les pâturages ondoyaient d'herbe tendre, de graminées chevelus, de fleurs sauvages. Harus ressentait tout, chaque sensation comme si il y était. Un papillon se posa sur le dos de sa main et il ressentit le léger frisson de ses pattes sur sa peau, entendit le bruissement du battement de ses ailes duveteuses. La chaleur d'un soleil sur son visage, il versa sa tête en arrière, ferma les yeux. Chaque sensation exacerbée à l'extrême . Quand soudain, un voile sombre s'abattit. Harus était de retour dans la taverne Noire. Il n’eut plus qu'un mot : encore.
C'est quoi ? fit Thébor
Un peu d'air, répondit le Collectionneur
Quoi, jamais entendu parlé .
De l'air de la Terre, enfermé avant la Grande catastrophe dans ces fioles spéciales. Celui qui les respire a les sensations augmentées d'un grand bol d'air aiguisant tous ses sens, à un point jamais ressenti dans la réalité, comme le goût d'un bonheur à jamais perdu.Certains sont prêts à payer des fortunes pour respirer un bol d'air de leur Terre natale aujourd'hui à jamais dévastée. Une nostalgie d'un monde perdu, tous les déracinés la voudront à tout prix.
Ils se sourirent, sûr de leur coup. Le coup du siècle assurément. Ils se levèrent, quittèrent la Taverne Noire, dissimulant leurs traits dans leur pardessus sans la remarquer. Elle , la policière de la brigade interstellaire, à l’œil aiguisé souriait. Elle résoudrait l'affaire des « fioles d'air », elle n'en doutait pas. Elle leur emboîta le pas et la brume épaisse d'Adïa se referma définitivement sur eux.


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Ozias Eleke · il y a
Une belle plume que j'aime. Au plaisir de vous relire.
Je vous prie de lire mon texte pour le compte du Prix des Jeunes Écritures https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/homme-tas-le-bonjour-dalfred

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Gaelle Ghanem · il y a
Bravo Vic, j'adore votre style! Très beau, vous avez ma voix!
Je vous invite à découvrir mon oeuvre: https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/noir-cest-noir-il-me-reste-lespoir

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DEBA WANDJI · il y a
Votre texte est bien maîtrisé et percutant.
Je vous octroie ma voix et je vous invite à découvrir mon texte en course pour le prix jeunes auteurs https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/etoile-perdue-2
N'hésitez pas de laisser vos impressions en commentaires. Merci!

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Eric diokel Ngom · il y a
J'ai bcp aimé. Un texte bravo original et bien structuré .. un style fluide .. merci de consulter le mien avis et voté pour m'aider à progresser .
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Yanis Auteur · il y a
Bonjour Mes 5 voix bravo pour cette histoire.
Je vous conseille aussi mon histoire pour le concour adolescent.
Voici le lien
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/lhomme-10

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Vic Ricasan · il y a
Merci Yanis. Ma voix pour vous aussi avec ce texte très étrange.
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Hervé Poudat · il y a
Il faut vraiment vivre sur Adïa pour planer avec une bouffée d'air pollué de notre bonne Terre. Il faudrait vérifier la date de péremption sur les fioles.
En tout cas, merci Vic pour cette ballade en science fiction. J'adhère.

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Vic Ricasan · il y a
Merci Hervé. Une super idée ces dates de préemption. J'avais pensé à un trafic d'air pollué par Tchernobyl, nos idées se rejoignent.
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Julia Chevalier · il y a
Très original et bien mené
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Vic Ricasan · il y a
Merci Julia pour votre soutien.
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Keith Simmonds · il y a
Une œuvre de science fiction bien conçue, bien menée
et fascinante ! Mon soutien ! Une invitation à découvrir
“David contre Goliath” qui est en finale pour le Prix Portez
Haut les Couleurs 2020 ! Merci d’avance !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/david-contre-goliath-2

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Zouzou · il y a
Votre SF prend tout son sens aujourd'hui !
En lice aussi si vous aimez...

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Vic Ricasan · il y a
Merci Zouzou pour votre soutien.
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Cristo · il y a
Une nouvelle de science fiction très captivante, imaginative l'air de terre en bouteille) et prémonitoire.
Mes 5 voix sans hésiter.
Solarius ma contribution à 72h https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/un-air-de-rien-1

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Vic Ricasan · il y a
Merci cristo. Espérons ne pas être trop dans la prémonition.
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Vic Ricasan · il y a
Super merci à vous. Espérons que cela ne soit pas trop prémonitoire.